Politique

Cafouillage au sommet, constance à la base : le paradoxe de la crise algérienne

Face à une contestation populaire qui ne faiblit pas, le pouvoir cafouille et s’enfonce dans une voie sans issue. Le gouvernement Bedoui, nommé par Bouteflika la veille de sa démission et laissé aux Algériens comme un cadeau empoisonné, sans possibilité de s’en débarrasser légalement, ne sait pas où donner de la tête.

Il devient chaque jour un peu plus certain que la sortie de crise ne se fera pas avec un tel Exécutif aux affaires. Sans réelles prérogatives, ses ministres sont rejetés par le peuple. Trois d’entre eux, dont celui de l’Intérieur, ont été chassés par la population à Béchar, celui de l’Énergie encerclé à l’aéroport de Tébessa et celui du Tourisme a dû annuler une visite à Tissemsilt.

Le gouvernement fait mine de s’atteler à la principale mission qui lui est assignée, soit la préparation de l’élection présidentielle, mais il peine à se faire obéir. Des maires ont officiellement déclaré leur refus de procéder à la révision des listes électorales et des juges ont annoncé qu’ils ne superviseront pas le scrutin. Hier, pour la première fois, des secrétaires généraux de communes, qui sont des fonctionnaires de l’État, ont annoncé leur refus d’organiser l’élection.

C’est une véritable désobéissance civile qui s’organise et celui qui est censé être aux avant-postes est porté disparu. La dernière fois que les Algériens ont entendu la voix de Noureddine Bedoui, c’est lors de son show raté en compagnie de Ramtane Lamamra, le 14 mars. Plus d’un mois de silence, c’est un peu trop, un petit record même pour un Premier ministre d’un pays en crise.

Les rares membres du gouvernement qui s’expriment le font pour amuser la Toile et rappeler combien Bedoui a peiné pour trouver preneur pour ses maroquins. C’est le cas du ministre de la Jeunesse qui rassure que l’Algérie est capable d’organiser la Coupe du monde de football ou encore de sa collègue de la Culture qui dit représenter le peuple au sein d’un gouvernement qu’il rejette.

En fait, la crise, ce n’est pas l’affaire du gouvernement. Le président du RCD, Mohcine Belabbas, a fait remarquer que la communication sur les événements que traverse le pays est laissée à l’armée et accessoirement à la police, qui n’en font pas toujours bon usage. Ce sont en effet ces deux institutions qu’on entend le plus et qui, hélas, multiplient les maladresses, la première sur les questions politiques, la seconde sur l’aspect sécuritaire et la gestion des manifestations.

Le chef d’état-major de l’ANP maintient une incompréhensible posture de soutien aux revendications du peuple tout en les qualifiant d’« irréalisables ». En fin de semaine passée, il s’est félicité que la justice ait retrouvé sa liberté mais ne s’est pas gêné d’annoncer à sa place la réouverture de dossiers de corruption expédiés par le passé.

La police, elle, ne sort du silence que pour défendre ses agents. Pour la DGSN, toutes les images montrant des policiers chargeant violemment une foule compacte ou tabasser des manifestants relèvent d’une campagne visant à ternir l’image de l’institution. Le témoignage de militantes qui disent avoir été déshabillées dans un commissariat est mis dans la même case. On a rarement vu une communication plus chaotique et peu crédible.

À bout d’arguments et de solutions, le pouvoir cafouille. Au moment où, paradoxalement, le peuple, sans leaders et sans instances structurées, fait preuve d’une incroyable constance et ne perd de vue aucun de ses objectifs.

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