Politique

Candidature de Benflis à la présidentielle : « Nous avons un plan… »

Ali Benflis envisage de se présenter, pour la troisième fois en 15 ans, à l’élection présidentielle. Ses collaborateurs ont retiré les documents du ministère de l’Intérieur pour préparer le dossier de candidature après l’envoi d’une lettre d’intention.

Selon un communiqué de Talaie Al Hurriyet, la participation de Benflis à la course de la présidentielle sera tranchée lors d’une réunion de son Comité central. Selon des sources proches de ce parti, cette réunion aura lieu vers la mi-février.

Cette instance suprême entre deux congrès doit examiner et débattre d’un rapport politique économique et social pour analyser l’utilité d’être présent ou non au scrutin du 18 avril prochain.

La candidature à la présidentielle sera décidée par le Comité central après étude de l’ensemble du dossier dont le programme électoral et la collecte des signatures qui sont nécessaires pour être dans la course.

« Il ne s’agit pas pour nous de sauter sur l’occasion de la présidentielle. Ce qui nous intéresse au parti est d’étudier les moyens de sortir le pays de la crise qui le traverse, pas la présence de telle ou telle personne à l’élection. Nous avons un plan que nous élaborons depuis 2014 après une tournée dans toutes les wilayas. Le Congrès constitutif du parti a voté pour des résolutions importantes sur la sortie de la crise, sur la situation socio-économique et sur l’officialisation de tamazight », soulignent nos sources.

Le rival de Bouteflika

D’ici la mi-février, les choses seraient peut-être plus claires par rapport à la candidature du président Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat et par rapport aux autres candidats.

Selon l’article 140 de la loi sur le régime électoral, tous les dossiers doivent être finalisés et déposés dans un délai de 45 jours à partir de la publication du décret présidentiel portant convocation du corps électoral par le chef de l’Etat qui s’est faite vendredi 18 janvier 2018 (le décret a été signé le 17 janvier 2018). Il a été publié au Journal officiel n°3 du 17 janvier.

Ali Benflis comptera cette fois-ci sur les militants de son parti au niveau des wilayas pour collecter les signatures (600 élus dans 25 wilayas ou 60.000 citoyens dans 25 wilayas aussi).

L’ancien chef du gouvernement s’est présenté pour la première fois à l’élection présidentielle en 2004 en tant que candidat indépendant, appuyé par une partie du FLN.

Il était apparu comme le principal rival de Abdelaziz Bouteflika alors en course pour un deuxième mandat, qui ne faisait pas l’unanimité parmi les décideurs de l’époque, dont le général de corps d’armée Mohamed Lamari, chef de l’état-major de l’ANP.

Benflis a mené une campagne contre le bilan de Bouteflika en l’accusant d’avoir porté atteinte au FLN et d’avoir voulu « décapiter le parti des Révolutionnaires » (invalidation des résultats du 8e congrès du parti, gel des avoirs du parti et organisation d’un « congrès de redressement » pour écarter Benflis du secrétariat général, remplacé par Abdelaziz Belkhadem).

Une pause de dix ans

Durant la campagne électorale, Benflis avait demandé aux votants de « surveiller » leurs voix. D’après les résultats officiels, Ali Benflis avait obtenu 6,4% des suffrages exprimés. Il avait contesté ce score apparu comme humiliant.

Ali Benflis, avocat de métier, s’est accordé une pause de dix ans durant laquelle il a notamment écrit le livre « A ceux qui m’ont fait découvrir le génie de la langue arabe ». Il a préparé son retour sur la scène politique.

En 2014, il est revenu aux devants de la scène pour se présenter une nouvelle fois à l’élection présidentielle en tant que candidat indépendant avec la ferme intention d’aller jusqu’au bout dans la course surtout que la présence de Bouteflika, affaibli physiquement après avoir subi un AVC en 2013, pour un quatrième mandat a été contestée dans la rue avec la création du mouvement Barakat.

Ali Benflis a mené une campagne pour « les réformes » et « le renouveau » à tous les niveaux. Il a évoqué durant ses meetings « la vacance au pouvoir » en soulignant l’absence prolongée du chef de l’Etat de la scène publique. Après le vote, le 17 avril 2014, Benflis a obtenu un score de 12,30 %, loin derrière Bouteflika avec 81,49 %. Le lendemain du scrutin, Benflis a, lors d’une conférence de presse, dénoncé la fraude électorale « à grande échelle » en citant l’exemple des faux-procès-verbaux après le dépouillement et le bourrage des urnes. « Le 17 avril 2014 restera un rendez-vous manqué avec le changement et le renouveau. Il a perpétué la crise de légitimité institutionnelle », a-t-il protesté.

« Livre blanc sur la fraude »

Il a appelé à créer « une institution indépendante » pour organiser les élections et limiter le rôle de l’Etat à la sécurité et la logistique dans la préparation des scrutins.

En septembre 2014, il a rendu public « un livre blanc sur la fraude » de 278 pages contenant des documents et des explicatifs sur « la mécanique » du trafic électoral.

Ali Benflis a créé en septembre 2015 Talaie Al Hurriyet, un parti du courant nationaliste et démocratique qui s’appuie sur la déclaration du Premier novembre 1954 et qui milite pour les libertés politiques et économiques.

Dans une récente interview à El Watan, Ali Benflis a appelé à « un dialogue national » pour « un nouveau projet unificateur et rassembleur ». La sortie de crise passe, selon lui, par des élections libres, un gouvernement d’union nationale, « un pacte de la transition », une nouvelle Constitution et « l’accompagnement et la garantie de la transition démocratique par l’armée ».

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