
Les Émirats arabes unis font feu de tout bois dans leur stratégie d’influence au Moyen-Orient et en Afrique. Quand ils n’actionnent pas directement des mercenaires pour attiser une guerre ou fomenter un putsch, les dirigeants du pays de Mohamed ben Zayed (MBZ) ont recours à leurs ressources financières, à travers notamment des financements qui ne sont pas toujours innocents.
Un récent accord conclu avec le Nigeria, portant sur un prêt de 5 milliards de dollars à la quatrième plus grande économie d’Afrique, est perçu par les analystes du continent comme porteur de risques élevés, et pas seulement économiques et financiers, pour la partie nigériane. Les mises en garde émanent aussi du Fonds monétaire international (FMI).
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Une première tranche de 1,5 milliard de dollars a été décaissée en juin dernier. Il s’agit d’un prêt sous forme de swap de rendement total, un outil financier permettant à un pays d’obtenir des devises étrangères en échange de sa monnaie locale à un taux fixe.
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L’accord a été conclu avec la First Abu Dhabi Bank (FAB). Il permet au Nigéria d’obtenir des liquidités en dollars en contrepartie de titres de dette publique libellés en nairas, remis en garantie par l’État nigérian à la banque d’Abou Dabi.
Risque de mettre la décision politique du Nigéria « entre les mains des banques d’Abou Dabi »
« Derrière un financement présenté comme une diversification des ressources de l’État nigérian, le recours à un swap de rendement total avec la First Abu Dhabi Bank soulève des interrogations sur le coût de la dette, la vulnérabilité du naira et la marge de manœuvre économique et politique du Nigeria », écrit le média Africa Inside à propos de ce montage complexe.
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Sur le plan financier, il est expliqué que, sur le 1,5 milliard de dollars décaissés, les intérêts pourraient s’élever à 119 millions de dollars par an. Il y a aussi l’opacité de ce genre d’opérations, soulignée par plusieurs institutions internationales.
Le FMI a, par exemple, fait remarquer que de tels arrangements sont « difficiles à suivre, difficiles à évaluer en temps réel et peuvent masquer l’ampleur réelle des obligations financières d’un pays », tandis que l’agence de notation Fitch Ratings a averti que l’accord pourrait « accroître les risques liés à la dette souveraine et réduire la transparence des rapports sur la dette publique ».
Et il y a plus grave. Un tel crédit « ressemble à une prise de risque à la fois dangereuse et inutile » et pourrait, à terme, « mettre la décision politique du Nigéria entre les mains des banques d’Abou Dabi », met en garde Africa Inside. Explication : une éventuelle combinaison d’une dépréciation monétaire, d’une hausse des taux américains et d’une baisse de la valeur des titres remis en garantie pourrait conduire le Nigéria « directement vers une mise en tutelle financière sous les conditions d’Abu Dhabi ».
Et si c’était là précisément l’objectif recherché par les Émirats arabes unis, non seulement dans cet accord avec le Nigeria, mais aussi à travers tous leurs financements sur le continent africain ?
L’argent, nerf de la stratégie des Émirats en Afrique
L’interrogation est légitime au vu des risques du prêt en question, tels qu’ils sont expliqués, mais aussi au regard des agissements d’Abou Dabi depuis plusieurs années pour étendre son influence, particulièrement en Afrique. L’argent est le nerf de cette stratégie, avec des conséquences souvent dramatiques pour les pays ciblés. « Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan… », avait accusé le président Abdelmadjid Tebboune en mars 2024.
L’action néfaste des Émirats est particulièrement présente dans l’entourage immédiat de l’Algérie : ingérence au Mali et au Niger, soutien à l’une des deux factions du conflit libyen, rapprochement accru avec le Maroc, particulièrement depuis que les deux pays ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020…
Après plusieurs années de patience face aux provocations inacceptables d’Abou Dabi, l’Algérie a pris, le 10 septembre dernier, la décision radicale de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats.
Toujours dans le registre de son inimitié qu’il ne cache plus à l’égard de l’Algérie, Abou Dabi a dans le viseur le projet du gazoduc TSGP, devant acheminer le gaz du Nigeria justement jusqu’en Europe via le Niger et l’Algérie. On le sait, ce projet stratégique n’arrange pas les affaires du Maroc et donc de son allié émirati.
Face à la non-fiabilité économique avérée de leur projet similaire, les deux alliés n’ont plus d’alternative que de mettre les bâtons dans les roues, par tous les moyens possibles, au TSGP, unanimement reconnu comme économiquement fiable et techniquement réalisable.