Politique

Algérie – France : le nuage d’automne est-il passé ?

Pour la première fois depuis le déclenchement de la crise actuelle entre l’Algérie et la France début octobre, une tentative d’apaisement émanant de la partie française est favorablement commentée à Alger.

En annonçant la participation de l’Algérie à la conférence de Paris sur la Libye, prévue ce vendredi 12 novembre, le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra a laissé entendre que les propos tenus mardi par un conseiller du président français sont les bienvenus.

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Jusque-là, c’est une fin de non-recevoir qui est réservée à toutes les tentatives de rapprochement des officiels français, dont l’appel à l’apaisement du président Macron le 5 octobre et les assurances de son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sur le respect de l’Algérie et de sa souveraineté, exprimée le 13 octobre devant le parlement français.

Que le chef de la diplomatie algérienne trouve enfin des propos émanant de la présidence française « raisonnables » et « respectueux » est-il le signe que le nuage d’automne est passé ?

C’est peut-être un léger mieux, mais de l’aveu même de M. Lamamra, « les conditions ne sont pas encore réunies » pour le déplacement du chef de l’Etat à Paris, comprendre pour un retour à une situation tout à fait normale.

Il se pourrait même que ces conditions ne seront jamais « réunies », en tout cas pas de sitôt, tant les propos de M. Macron ont fait très mal à Alger et au vu aussi de la grande complexité des relations algéro-françaises, qui butent sur plusieurs dossiers épineux, allant du litige mémoriel aux divergences géostratégiques, en passant par l’économie, la mobilité des personnes ou l’immigration.

Dans son premier appel à « l’apaisement » quelques jours après sa sortie controversée, Emmanuel Macron avait mis en garde que, immanquablement, « il y aura encore d’autres tensions ».

La crise entre l’Algérie et la France n’est ni passagère ni conjoncturelle. Deux dossiers particulièrement, la mémoire et les visas, font qu’elle est endémique, c’est-à-dire appelée à resurgir à tout moment.

Cela est d’autant plus vrai que ces deux questions font désormais l’objet d’une surenchère de politique interne qui n’épargne même plus certains segments de la gauche française.

Le facteur qui a fait remonter à la surface la question de la mémoire, c’est, de l’avis de beaucoup d’analystes, l’approche de l’élection présidentielle française du printemps 2022.

Des enjeux de politique interne en France

Le paradoxe que beaucoup relèvent, c’est le fait que la plus grave expression du litige mémoriel s’est manifestée sous la présidence d’Emmanuel Macron qui est allé le plus loin dans la reconnaissance des torts de la colonisation.

Or, ce sont ses multiples gestes sur la question qui lui valent d’être très critiqué par une classe politique dont peu d’acteurs échappent à « l’extrême-droitisation ».

Emmanuel Macron a conscience que sa réélection passe par le rééquilibrage de son attitude, voire le reniement des engagements pris avant même d’accéder à l’Elysée.

Le président français est sous pression et ce n’est pas le bon moment pour lui de se déjuger. Pour cela, l’éventualité de le voir faire un grand pas pour calmer la colère d’Alger est exclue, du moins dans l’immédiat. Même dans la déclaration saluée par le chef de la diplomatie algérienne, le conseiller de Macron n’a pas exprimé de « regrets » pour ce qui a été dit par le président français le 30 septembre, mais pour « les malentendus » que les propos du président ont engendrés. La nuance est de taille pour être ignorée.

Pour ne pas l’occulter aussi, le premier acte de la brouille actuelle a porté sur la question des visas. Le 28 octobre, le gouvernement français a annoncé la réduction de moitié du nombre de visas à accorder aux ressortissants des pays du Maghreb dans les six prochains mois.

Avec seulement 31 000 visas, les Algériens sont les plus touchés. La dimension humaine est très importante dans la relation entre l’Algérie et la France et cette décision brusque risque d’être lourde de conséquences pour des catégories entières. Elle est surtout injuste en ce sens qu’elle pénalise des gens qui ne sont pour rien dans le problème de l’immigration clandestine qui se pose à la société française.

« Nous avons trop de nos compatriotes dont l’histoire est mêlée à l’Algérie pour faire comme si de rien n’était », déclarait Emmanuel Macron le 5 octobre dernier.

Hier, Ramtane Lamamra expliquait la complexité de la relation avec la France par la question mémorielle et l’importance de la communauté algérienne établie en France.

S’il constitue un facteur de rapprochement, le poids de la communauté peut s’avérer aussi une source de crispations quand il devient un enjeu de politique interne.

Il est pour le moins curieux que le jour même où on croit entrevoir des signes de décrispation, le ministre de l’Intérieur français, Gérald Darmanin, confirme par les chiffres la mise en application de la décision de réduire les visas pour les Algériens. La véritable accalmie devrait attendre au moins que passe la présidentielle française de 2022.

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