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Ces questions auxquelles Chakib Khelil n’a pas répondu…

Ces questions auxquelles Chakib Khelil n’a pas répondu…

Pour la première fois depuis le verdict du tribunal de Milan dans l’affaire Saïpem-Sonatrach, Chakib Khelil, ministre de l’Énergie à l’époque des faits, s’exprime. Dans une longue interview accordée à TSA, Chakib Khelil dit ses vérités, crie une fois de plus au complot, maintient la même ligne de défense et se montre plus sûr de lui, maintenant qu’il dispose d’un argument qu’il croit infaillible : le fait qu’il ne soit pas cité au cours du procès est la preuve irréfutable qu’il n’est mêlé ni de près ni de loin à cette scabreuse affaire.

Le lecteur l’aura sans doute relevé, l’entretien ressemble plus à une tribune, où à une de ces conférences académiques que M. Khelil apprécie particulièrement depuis quelque temps et au cours desquelles il lâche ses « vérités » sans avoir à être interrompu ou « relancé » lorsqu’il se montre peu convaincant ou qu’il élude une question qui fâche. Un tel exercice n’a pas été possible pour la simple raison que l’ancien ministre de l’Énergie s’est montré inflexible : une interview écrite ou rien. L’entretien n’a donc pas été réalisé de vive voix, ce qui change tout.

Cette précision faite, il nous semble impératif de revenir sur quelques-unes de ses réponses qui auraient légitimement appelé une « relance ». Comme par exemple, lorsqu’il qualifie le scandale d’affaire italo-italienne. Mais, M. Khelil, le procès ne portait-il pas sur des faits de corruption dont se sont rendus coupables des managers italiens pour obtenir un important marché public en Algérie ? Il n’y aura pas preuve du contraire, c’est là l’unique objet du procès de Milan qui a débouché sur des condamnations à de la prison ferme.

L’équation est vieille comme le monde, s’il y a corrupteurs, il y a corrompus, qui ne peuvent être dans ce cas que des fonctionnaires algériens. Car, et M. Khelil ne pourra pas non plus apporter la preuve du contraire, l’Algérie dispose d’un gouvernement souverain qui nomme lui-même, parmi les cadres du pays, les dirigeants des entreprises nationales, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de la société qui fait vivre la nation.

« Mon nom n’a jamais été mentionné dans la citation à comparaître comme témoin et le verdict du tribunal a fini par lever le voile sur l’injustice et la déraison à l’égard de ma personne et de ma famille ». Si son nom n’a pas été cité, c’est que les juges et procureurs italiens n’avaient pas de raisons valables de le faire. Autrement dit, ils n’ont pas pu mettre la main sur des preuves ou des témoignages sur son implication d’une manière ou d’une autre.

Pour Chakib Khelil, cela est suffisant pour faire taire les soupçons qui l’accablent. Peut-être, mais que répond-il quand il est interpellé sur sa responsabilité en tant que premier responsable du secteur au moment des faits, sur le fait qu’il ne pouvait pas, de par sa position, ignorer de tels agissements ? « De quels agissements s’agit-il du moment qu’aucun responsable de notre secteur n’a été incriminé ou cité dans le procès ? ».

Cela revient à nier l’existence même de faits de corruption alors que des nombreuses audiences publiques du procès de Milan et du verdict final ne ressort qu’une seule vérité : des responsables de la société italienne Saïpem ont versé 197 millions d’euros pour obtenir un marché de 8 milliards d’euros auprès de la compagnie algérienne Sonatrach. En fait, si la justice italienne n’a pas pu remonter jusqu’aux coupables du côté algérien, c’est-à-dire aux corrompus, c’est parce qu’elle n’a pas pu interroger les intermédiaires dénoncés par les responsables de Saipem. Farid Bejaoui et Omar Habour sont en effet toujours en fuite et ce sont les seuls qui savent à qui ils ont remis l’argent du pot-de-vin. À moins que les Italiens leur aient remis l’argent pour le jeter dans le désert ou encore que la justice du pays de la Botte puisse jeter en prison des cadres sans preuves formelles de leur culpabilité.

Qui a donc touché 197 millions d’euros pour octroyer un marché à une société étrangère en violation de la réglementation ? Pourquoi la justice algérienne ne bouge pas alors que le préjudice a été subi par l’Algérie et non par l’Italie ? Qui est derrière le lancement puis de l’annulation du mandat d’arrêt international contre Chakib Khelil ? Qui est derrière le supposé complot qu’il dénonce à chaque fois ? Des questions auxquelles M. Khelil n’a pas répondu car elles n’ont pas pu lui être posées.

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