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Chasse au cash : l’Algérie ferme la dernière brèche bancaire de l’informel

L’Algérie a pris une mesure radicale pour réduire l’utilisation du cash dans la sphère économique. Le président Tebboune a déjà averti !

Chasse au cash : l’Algérie ferme la dernière brèche bancaire de l’informel
Fin du cash : l’Algérie prend une décision radicale. / Par Maksym Kapliuk / Adobe Stock pour TSA
Ali Idir
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L’Algérie a pris une décision radicale dans ses efforts pour réduire l’usage du cash dans le commerce et la lutte contre l’informel, principale source de blanchiment d’argent.

Après plusieurs avertissements lancés par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lui-même aux barons de l’informel dont le dernier en date a été fait en juillet dernier quand il a décrété que l’économie informelle doit « disparaître » et a dénoncé ceux qui « possèdent des appartements pleins de billets de banque », le gouvernement a décidé de passer à l’action.

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« Un niveau de risque élevé »

Depuis le 23 décembre, le versement de sommes en cash dans les comptes commerciaux est officiellement interdit, en vertu d’une instruction de la Banque d’Algérie aux établissements bancaires et financiers, et ce en raison du « niveau de risque élevé associé aux dépôts en espèces ». Avec cette décision, le régulateur a fermé la dernière brèche bancaire de l’informel en Algérie.

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Même les versements en espèces sur les comptes des particuliers sont strictement contrôlés, certaines banques exigent l’accord de la banque du bénéficiaire pour effectuer l’opération même pour les petites sommes, ce qui illustre l’ampleur de la chasse au cash lancée par les autorités.

Le pays peut-il toutefois éradiquer sur une simple mesure une pratique très largement répandue ? L’équation de la lutte contre le cash est en effet bien plus compliquée qu’elle ne paraît.  

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Pour un pays qui veut lutter à la fois contre des fléaux multiples, tels que le blanchiment d’argent, le commerce informel et l’évasion fiscale, qui cherche à renflouer la caisse publique par des sommes colossales jusque-là cachées au fisc alors que le déficit budgétaire avoisine les 40 milliards de dollars dans un contexte de baisse des prix du pétrole qui avoisine les 60 dollars actuellement, l’interdiction du cash est effectivement la mesure la plus indiquée.

Elle est vitale et nécessaire pour lutter contre l’informel et le blanchiment d’argent d’autant que des sommes colossales liées à ce dernier fléau ont été saisies par les services de sécurité dans des opérations contre des réseaux aux ramifications internationales en 2025.

Fin août, un fourgon a été intercepté à Mostaganem avec 124 milliards de centimes provenant d’activités illégales qui allaient être sans doute, injectées dans l’économie réelle pour y être blanchies par exemple via l’immobilier, l’acquisition de véhicules de luxe, etc.

Dans ce contexte, certains pourraient même reprocher aux autorités d’avoir trop tergiversé avant de fermer le robinet du cash, du moins dans les banques. 

L’économie algérienne est peu bancarisée et de grosses sommes circulent en dehors des circuits bancaires, y compris dans une partie de la sphère économique légale.

Une telle situation facilite évidemment l’évasion fiscale et surtout le blanchiment des revenus d’activités criminelles, et la corruption qui est nourrie par l’informel.  

Or, l’Algérie s’attelle justement à lutter contre le blanchiment d’argent depuis son placement en octobre 2024 sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme international qui traque le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. 

Les mesures prises par le gouvernement depuis cette inscription n’ont pas suffi pour convaincre le Gafi de retirer le pays de cette liste, c’est ce qui explique en partie la décision radicale de la Banque d’Algérie. 

Ces éléments justifient amplement la mesure radicale prise par la Banque d’Algérie contre le cash.

Néanmoins, vue sous un autre angle, elle peut susciter des appréhensions chez les entreprises, légalement, utilisent des moyens scripturaux dans leur activité, mais qui dépendent des acteurs non bancarisés, notamment les commerçants de détail. Ces derniers dont le nombre dépasse les deux millions achètent et vendent avec du cash.

Outre les entreprises, les distributeurs, qui servent de courroie de transmission entre les fabricants ou importateurs et les petits commerçants, sont également concernés. Il y a une réalité indéniable en Algérie : l’essentiel, sinon la quasi-totalité, du commerce de détail se fait en espèces.

Certains se demandent par exemple comment les stations-service où les automobilistes paient leurs pleins de carburant cash peuvent-elles s’en sortir ? Où comment la supérette de quartier peut-elle survivre sachant que toutes ses ventes aux clients se font en espèces ?

Faible bancarisation

Jusque-là, les petits commerçants travaillent au cash et règlent par le même moyen leurs approvisionnements chez les distributeurs. Ces derniers versent leur argent liquide dans leurs comptes bancaires pour ensuite pouvoir payer par chèque ou par transfert les premiers fournisseurs que sont les fabricants ou les importateurs.

Avec la mesure de la Banque d’Algérie, un maillon de la chaîne se trouve brusquement cassé. Les distributeurs ne peuvent plus verser d’argent dans leur compte. Une application rigoureuse de la réglementation risque de les contraindre à répercuter l’obligation sur les petits commerçants qui, à leur tour, seraient amenés à abandonner le cash et à mettre à travailler au réel.  

La principale critique de la mesure de la Banque d’Algérie n’est pas liée à son fondement légitime et sa nécessité, mais elle a trait au manque de préparation du pays pour l’application et à son coté « brutal », même si, faut-il le rappeler, les avertissements et les sommations n’ont pas manqué de la part des hautes autorités du pays.

Le taux de couverture des magasins en TPE (Terminaux de paiement électronique) reste faible, y compris les établissements publics, et les autres formules de paiement électronique ne sont pas développés.

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