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Comment l’Ouzbékistan s’est attaqué au marché noir de la devise

Un an après la mort du président Islam Karimov resté 27 ans au pouvoir, l’Ouzbékistan cherche depuis quelques mois à retrouver une crédibilité monétaire afin de redonner confiance aux investisseurs et ainsi réduire l’isolement du pays.

La réforme monétaire engagée par cette ex-république soviétique d’Asie centrale en septembre 2017 – la plus importante depuis son indépendance – a notamment conduit à une dévaluation de la devise nationale, le soum, afin d’unifier les différents taux de change du pays : le taux de change officiel, le taux de change du marché interbancaire, et le taux du marché noir aussi appelé taux du bazar.

« Le soum a été dévalué d’environ 48% pour refléter sa valeur marchande », indique une note du cabinet Baker McKenzie fin septembre 2017. La monnaie nationale est ainsi passée brutalement de 4200 soums à 8100 soums pour 1 dollar en une seule journée et contre toutes les attentes

À titre de comparaison, quelques jours seulement avant cet alignement, « un dollar s’échangeait  4210,35 soums avec le taux de change officiel, 4247,98 soums au taux de change interbancaire, et 7800 soums avec le taux du bazar »,  précise la note de Baker McKenzie.

En Ouzbékistan, tout comme en Algérie, la devise nationale était donc surévaluée et “subventionnée” par rapport à sa valeur réelle. Ce qui alimentait le marché noir des devises dans les mêmes conditions que l’Algerie.

“Lors de son séjour dans ce pays, j’ai été frappé par les similitudes avec l’Algérie en matière des changes”, explique un banquier d’affaires qui a déjà travaillé en Algérie.

Les différents taux de change pénalisaient les investisseurs étrangers contraints d’échanger leurs dollars en soums au taux officiel alors que le marché était indexé au taux de change du bazar qui reflète la valeur réelle de la monnaie nationale.

Concrètement, si 100 dollars permettaient d’obtenir 420.000 soums au taux officiel, cette somme ne valait en réalité que 50 dollars sur le marché. Sans parler des soums qui n’étaient pas convertibles au marché officiel afin de maintenir les réserves de change du pays.

Cet alignement du taux officiel sur le taux de change du marché et la levée des restrictions des échanges et des mouvements de capitaux doivent permettre de rendre moins attractif le marché noir. Officiellement, il n’est plus censé exister et de lourdes amendes sont imposées à ceux qui continuent d’échanger de l’argent sur le marché noir.

La nouvelle orientation monétaire décidée par le nouveau président ouzbek Shavkat Mirzioïev en septembre dernier marque l’abandon progressif d’un système de réglementation complexe sur les changes : le soum était non convertible en dehors du pays et très difficilement à l’intérieur. Les Ouzbeks peuvent désormais acheter ou vendre en toute légalité des devises étrangères a travers les banques et les bureaux de change.

Ce lissage vise surtout à attirer les investisseurs internationaux. Car si ce pays d’Asie centrale riche en gaz et en coton, a bénéficié pendant plusieurs années des cours élevés des matières premières et du transfert des salaires de ses ressortissants en Russie, il est aujourd’hui contraint de mettre en place des réformes pour diversifier son économie et attirer les capitaux étrangers. Bref, ce pays riche en hydrocarbures et en agriculture, et dépendant de ses exportations, fait face aux mêmes problématiques que l’Algérie.

Pour autant les mesures de « lissage » seront-elles suffisantes pour faire disparaître le marché informel des devises et permettre de restaurer une crédibilité monétaire ? « En général, afin que les usagers et les investisseurs retrouvent confiance dans la monnaie, le gouvernement doit mettre en place d’importantes mesures : gestion et assainissement de la masse monétaire, limitation de l’inflation si nécessaire ce qui peut passer par une hausse de taux, lutte contre la corruption », explique à TSA Christopher Dembik, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank.

En Ouzbékistan, une forte inflation a suivi la dévaluation et le gouvernement met en place des outils pour surveiller la hausse des prix, nous confie un banquier fin connaisseur du pays.

Un nouveau signal positif a toutefois été envoyé récemment avec le limogeage de Roustam Inoïatov, le puissant chef du SNB, les services du renseignement ouzbèke qu’il dirigeait depuis 23 ans. Le SNB détenait les ficelles du marché noir par lequel l’ancien patron du renseignement s’est allègrement enrichi. « Il est plus que probable que les réformes de Mirziyoyev accélèrent et ouvrent réellement le pays aux investissements étrangers et à la coopération », indiquait Bakhtiyor Nishanov, directeur adjoint de l’International Republican Institute (IRI) à la revue The Diplomat début février.

Roustam Inoïatov était l’un des derniers piliers de l’ère Karimov.

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