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Conditions de détention : le témoignage poignant du journaliste Abdelkrim Zeghileche   

Le journaliste Abdelkrim Zeghilèche livre un témoignage poignant sur les conditions de détention à la prison de Koudiat de Constantine où il a été incarcéré à plusieurs reprises.

Conditions de détention : le témoignage poignant du journaliste Abdelkrim Zeghileche   
Lynda Hanna
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Nouveau témoignage sur les conditions de détention dans les prisons algériennes. Après Rachid Nekkaz qui a décrit le quotidien des prisonniers à la prison de Koléa, c’est au tour du journaliste Abdelkrim Zeghileche de livrer son témoignage.

Quand on met un journaliste en prison, ça donne cela : un témoignage poignant, dans le menu détail, sur ce que cachent les murs des centres pénitenciers algériens.

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Abdelkrim Zeghileche, journaliste et militant politique, a été arrêté et incarcéré à plusieurs reprises, pour à peu près les mêmes accusations qui accablent les militants du Hirak depuis deux ans, « offense au président de la République », « atteinte à l’unité nationale », « diffamation »… Zeghileche a aussi été poursuivi pour avoir lancé une web-radio sans autorisation.

Au journal en ligne Orient XXI, il a raconté ce qu’il a vécu pendant ses séjours à la prison d’El Koudia, à Constantine, dont le dernier en date a pris fin le 23 décembre dernier.

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La prison reste la prison, les conditions de détention sont dures partout dans le monde. En Algérie, elles sont encore plus difficiles à supporter, à en croire ce que rapporte Zeghilèche. La situation est au moins en porte-à-faux avec le discours officiel quant à l’amélioration des conditions de vie dans les prisons.

Pour entamer le séjour, « deux semaines en isolement », « dans une cellule de sept mètres carrés ». « Il n’y avait pas de matelas. Je dormais par terre. Il n’avait pas de télé non plus. Il y avait juste les w.c. à la turque. Je ne pouvais sortir qu’une fois par jour pendant vingt minutes ».

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Le journaliste ne précise pas si c’est là la procédure appliquée pour tout nouveau venu. Transféré dans une cellule collective, il décrit des conditions insupportables : jusqu’à 107 personnes dans une pièce de 30 mètres sur 6.

L’eau est rationnée. Il faut attendre qu’elle revienne pour aller aux toilettes. Il fait incroyablement froid en hiver et très chaud en été, raconte-t-il. « Plus de la moitié dormaient par terre. Ceux qui dormaient sur le lit, c’était ceux qui avaient été condamnés à de longues peines. Personne n’arrivait et n’obtenait un lit, sauf s’il avait un certain âge. Il fallait connaître des gens », raconte encore l’ancien détenu.

Réveil à 7 h tous les jours. « Un bidon d’eau blanche » et un autre d’« eau noire » en guise de café au lait qu’on est obligé de prendre « pour ne pas mourir de faim ». À midi, « une sorte de bouillie de tout », « des gamelles comme des chiens », « une cuillère en plastique »…

« Le soir, c’était incroyablement dégoûtant, personne ne mangeait ». « Évidemment, j’ai maigri. Tout le monde a maigri », témoigne le journaliste. « Dans la cellule, il y avait de grosses fenêtres et pas de vitres. On était comme en plein air. Mais il y avait des barreaux. Quand il pleuvait, il pleuvait aussi à l’intérieur. Cela grouillait de cafards. Tu dormais et ils te tombaient sur la tête », ajoute-t-il.

« Un milieu pour rendre les gens débiles »

Pas de journaux, la télé « pas tous les jours ». Une chaîne de la prison qui diffuse des informations préenregistrées. Parfois la chaîne A3, des matchs et le JT de 20 h. Des séries égyptiennes et turques aussi. Les livres ? Il y en a à la bibliothèque, mais selon une « idéologie particulière ». Cela n’a pas empêché le journaliste de lire 48 bouquins en six mois.

« C’est un milieu fait pour rendre les gens débiles », assure Zeghileche. Précision utile, son récit est celui d’un militant qui s’est retrouvé seul au milieu de détenus de droit commun. « On m’appelait el Mouthaqaf, l’intellectuel » et « j’ai essayé de les initier à la politique », dit-il.

L’occasion pour lui de faire un petit sondage politique en milieu carcéral. Que l’échantillon soit représentatif ou pas, voici ce qui tourne dans la tête des prisonniers algériens de droit commun.

Le plus connu des acteurs du Hirak ? Karim Tabou. Certains connaissent aussi Mostefa Bouchachi, mais personne apparemment n’a entendu parler de Zoubida Assoul. Houari Boumediene est adulé par les deux tiers. Bouteflika ? « Une majorité savait qu’il avait foutu la pagaille ». Et les islamistes alors ?  « Ils n’avaient aucune confiance envers les barbus. Au contraire, ils se moquaient d’eux. Pourtant, ils faisaient presque tous la prière, c’était presque obligatoire ».

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