Politique

Conflit à l’APN : Ahmed Ouyahia joue gros

Ahmed Ouyahia a-t-il pris le risque de s’impliquer personnellement et publiquement dans la crise qui secoue l’APN ? Jusqu’à maintenant, il avait toujours laissé son fidèle lieutenant Seddik Chihab se porter en première ligne pour défendre les positions du parti et le protéger des attaques de ses adversaires. Même quand le parti rival du FLN décochait ses flèches contre lui, Ahmed Ouyahia se refusait à la surenchère et préférait souvent utiliser l’ironie ou une pirouette pour répondre à Djamel Ould Abbès.

Cette règle a volé en éclats, samedi 6 octobre, lors de la conférence de presse tenue après son discours tenu face aux militants de son parti. Questionné sur la crise qui secoue l’APN, Ahmed Ouyahia, qui se savait attendu sur le sujet et a préparé à l’avance sa réponse, n’a pas hésité à demander la tête du président de l’APN en avançant une série de raisons pour justifier la demande formulée de la part des cinq partis (FLN, RNDTAJMPA et Indépendants) ayant constitué un bloc contre Said Bouhadja.

| LIRE AUSSI : Le RND à la tête de l’APN, Ould Abbes président du Sénat : un deal en préparation ?

En tout état de cause, cette affaire brouille une image savamment construite depuis des années. Si l’homme a été souvent accusé de trancher dans le vif, sans état d’âme, il a depuis quelques années cherché à polir son image auprès de l’opinion en montrant plus d’empathie. Dans le même temps, il a toujours évité de se laisser entraîner dans le jeu des petites phrases et des attaques gratuites contre ses adversaires, cultivant l’image d’un homme se refusant à la surenchère verbale, maître de ses nerfs et maîtrisant ses dossiers.

S’il a pu apparaître de temps en temps trop austère, trop arrogant, nul ne conteste l’intelligence, le sens politique et sa ténacité. C’est un animal politique déterminé, organisé, méthodique, habile qui attend son heure, car convaincu d’avoir un destin présidentiel.

Dans ces conditions, comment un homme qui se prépare à assumer la plus haute fonction de l’État, peut-il fouler aux pieds les lois de la République et mener une action illégale et inconstitutionnelle contre la présidence de l’Assemblée nationale populaire ? Samedi, face à la presse, l’homme a rejoint l’arène des manœuvres politiciennes en scellant un accord avec son principal rival, dont les objectifs cachés restent pour l’heure mystérieux. En effet, les arguments avancés n’ont convaincu personne, d’autant qu’en Algérie, on a jamais demandé la tête d’un responsable pour des frais d’hospitalisations jugés trop élevés ou pour avoir démis de ses fonctions un secrétaire général.

Dans cette affaire, le secrétaire général du RND a plus à perdre qu’à gagner. Si au départ, cela ne devait être qu’une formalité pour obtenir la tête de Saïd Bouhadja en le poussant vers la sortie, les choses ne se passent pas comme prévu. La résistance du vieux Moudjahid et le soutien, ou du moins la neutralité de la présidence de la République dans cette affaire, complique un peu plus la tâche de la coalition qui s’est liguée contre lui.

Du coup, le Premier ministre, en première ligne et sans bouclier de protection, peut y laisser des plumes si le conflit s’enlise dans le temps. Encore plus, si la Présidence prenait la décision de siffler la fin de partie en confortant le président de l’APN dans son poste pour empêcher la mise en œuvre de l’accord scellé entre le FLN et le RND. En tout état de cause, cette affaire laissera des séquelles pour Ouyahia. Elle écorne son image et risque un peu plus de conforter ceux qui l’accusent d’être rongé par l’ambition et prêt à toutes les manœuvres pour arriver à ses fins.

Les plus lus