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Corée du Nord, Iran, guerre commerciale : le monde selon Donald Trump

Alors que, ce face-à-face devait réunir pour la première fois un président américain en exercice avec un dirigeant nord-coréen, Donald Trump a annoncé jeudi 24 mai l’annulation du sommet prévu le 12 juin à Singapour avec Kim Jong-un.

« J’avais vraiment hâte d’être là-bas avec vous. Malheureusement, compte tenu de l’immense colère et de l’hostilité affichée dans vos déclarations les plus récentes, je pense qu’il est inopportun, à ce stade, d’avoir cette réunion prévue depuis longtemps. », a écrit Trump dans une missive d’une vingtaine de lignes adressée à Kim Jong-un.

« Vous parlez de vos capacités nucléaires, mais les nôtres sont si massives et puissantes que je prie Dieu de ne jamais les utiliser » menace également le locataire de la Maison Blanche.

Trump a devancé Kim Jong-un

Si quelques heures plus tôt, la Corée du Nord avait indiqué avoir démantelé son site d’essais nucléaires de Punggye-ri via une vaste opération de communication, elle a également vivement critiqué les propos du conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, et du vice-président américain Mike Pence (selon lesquels elle pourrait connaître le sort de la Libye si elle ne renonçait pas rapidement son arsenal nucléaire). Un haut responsable nord coréen aurait également qualifié Mike Pence de « pantin politique ».

De quoi susciter l’ire de Washington et l’inquiétude au sein de l’administration américaine sur un éventuel retrait de la Corée du nord du sommet. Ce qui aurait constitué un échec pour la diplomatie américaine. Pire : une humiliation sur la scène internationale pour Donald Trump.

Selon le Washington Post, l’annulation de ce sommet historique est avant tout une histoire d’ego. « Trump a été consterné par la rhétorique belliqueuse de Pyongyang », écrit le journal américain. John Bolton, le nouveau conseiller à la sécurité nationale de Trump, a fait savoir au président que le champ lexical de Pyongyang était de mauvaise augure. D’après la même source, le président aurait déclaré à ses conseillers qu’il craignait que Kim manœuvre pour se retirer du sommet.

Interrogé par le quotidien américain, le journaliste Tony Schwartz – auteur du livre « L’art de la négociation »consacré à l’homme d’affaires Trump – estime qu’en annulant ce sommet, Trump a sauvé son ego. « Trump a une peur morbide d’être humilié et honteux ». L’annulation du sommet montre, selon le journaliste « qui est le plus grand et le plus fort ».

De son côté, le Wall Street Journal estime que l’annulation du sommet est surtout liée à un défaut de compréhension des attentes de chaque camp. « Washington et Pyongyang ont exprimé de grands espoirs pour ce sommet – ils ne parlaient pas de la même chose ».

Pour certains observateurs, la décision de Trump révèle une nouvelle fois l’imprévisibilité du personnage. Il est pourtant depuis son arrivée à la Maison Blanche sur une ligne constante : celle de défendre les intérêts américains et de marginaliser encore plus les adversaires de Washington.

Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien

Depuis des mois, Trump faisait le planer le risque qu’il ne renouvelle pas l’accord sur le nucléaire iranien qu’il qualifiait de « pire accord de toute l’Histoire ». Le mardi 8 mai, soit quatre jours avant la date buttoir, et malgré les tractations européennes sans succès pour le convaincre de sauver l’accord, il a finalement annoncé le retrait des États-Unis de l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu à Vienne en juillet 2015 avec l’Iran, la France, la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine et l’Allemagne.

La décision du locataire de la Maison Blanche, qui s’accompagne du rétablissement d’une large palette de sanctions contre Téhéran à l’issue de périodes transitoires de 90 à 180 jours, est venue sérieusement compromettre les projets d’investissement de grands groupes européens en Iran.

En effet, les annonces américaines contraignent les entreprises étrangères qui commercent avec l’Iran à se retirer du pays dans un délai de trois à six mois. Par conséquent, si les grands groupes présents aux États-Unis ne veulent pas des sanctions, ils devront renoncer au marché iranien. Au delà de l’accord, c’est surtout une guerre commerciale qui est livrée à l’Europe.

Pour rappel, l’extraterritorialité des lois américaines, en vertu du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) datant de 1977, donne le droit au Département de la Justice américaine de poursuivre toute entreprise internationale s’adonnant à des activités frauduleuses lorsque cette entreprise possède un quelconque lien avec les États-Unis. Une puissante arme pour affaiblir, voire éliminer, la concurrence donc.

« America first »

Dans un monde qu’il conçoit comme un vaste échiquier concurrentiel, Trump raisonne selon une évaluation très pragmatique : les pays constituent-ils un atout ou un obstacle aux intérêts américains ? La plupart de ses objectifs sont déterminés par les intérêts commerciaux du pays.

Fin mars, le président américain a annoncé la mise en place de taxes douanières américaines de 25% sur les importations européennes d’acier et de 10% sur celles d’aluminium, s’appuyant sur la Section 232 d’une loi de 1962 sur le commerce. Elle autorise la mise en place de protections commerciales au nom de la « sécurité nationale » des États-Unis. Pour l’instant, il a consenti à maintenir une exemption provisoire des droits de douane pour ces deux métaux, mais jusqu’au 1er juin seulement. Car, en échange d’exemptions, Washington réclame évidemment des concessions commerciales.

Dernier front en date dans la guerre commerciale : afin de défendre l’industrie automobile américaine, les États-Unis envisagent d’imposer des droits de douane pouvant atteindre 25% sur les voitures importées selon des informations du Wall Street Journal et de Reuters. Une idée déjà évoquée en mars dernier au nom, là aussi, de la sécurité nationale. En 2017, les États-Unis ont importé 8,3 millions de véhicules pour une valeur totale de 192 milliards de dollars.

« America First », a martelé l’ homme d’affaires new-yorkais pendant des mois lors de sa campagne présidentielle.

« Chaque État sera donc jugé à l’aune de sa contribution aux intérêts américains, et M. Trump compte utiliser les instruments dont il dispose pour récompenser les partenaires et châtier les adversaires. », écrivait Michael Klare, professeur au Hampshire College, Amherst (Massachusetts), dans un article du Monde diplomatique en janvier 2017.

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