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Coronavirus en Algérie : les raisons de l’échec du déconfinement partiel

Coronavirus en Algérie : les raisons de l’échec du déconfinement partiel

La décision de fermer de nouveau certains commerces pour non-respect des mesures de prévention contre le Covid-19, est preuve que le déconfinement partiel décrété il y a plus d’une semaine par le gouvernement n’a pas réussi.

Qui en est responsable ? Nous avons posé la question à deux spécialistes, Pr Mustapha Khiati président de la Forem et Dr Lyes Merabet président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP).

Pr Mustapha Khiati pointe du doigt le manque de conscience chez une partie de la population. « Malheureusement, les citoyens ont ce comportement qui n’est pas à la hauteur de la catastrophe sanitaire que l’on est en train de vivre. Si le citoyen ne se comporte pas de façon respectueuse par rapport aux conseils qui sont donnés par les médecins et les instructions données par les autorités on ne peut pas aller loin. C’est un problème de civilité et de prise de conscience », avance le spécialiste.

Selon le président de la Forem, les citoyens ont interprété les mesures d’assouplissement « comme si la maladie était terminée ». Le professeur cite un cas personnel : « J’ai personnellement été atterré, en allant hier à mon marché habituel, de constater que j’étais l’un des rares à porter un masque alors qu’il y a dix jours beaucoup de monde en portait. Donc il y a un problème de mentalité réel ».

« Il faudrait peut être arriver à la contrainte », préconise-t-il.

Pr Khiati insiste sur le rôle des médias dans ce travail de sensibilisation à l’égard de la population notamment à propos des mesures prises par les autorités et les alertes des professionnels de la santé.

Le Pr Khiati considère que la décision de rouvrir certains commerces a été prise pour des considérations économiques étant donné que de nombreux travailleurs journaliers notamment sont privés de ressources après deux mois de confinement.

« Les autorités sont prises entre le marteau et l’enclume, il y a le Covid-19 qui pose problème c’est vrai, mais il y a d’un autre côté des centaines de milliers de personnes, travailleurs journaliers, et que le confinement de deux mois a mis dans une situation économique assez catastrophique », relève-t-il.

Le Pr Khiati regrette des comportements dangereux des citoyens. « On voit des centaines de personnes agglutinées devant un magasin de zlabia. Qui est responsable ? Faut-il mettre un gendarme devant chaque citoyen ? », s’interroge le président de la Forem qui pointe aussi la responsabilité du commerçant dans l’organisation des files d’attente.

Dr Lyes Merabet considère lui que la population n’est pas la seule à être blâmée, estimant que la déconfinement à été précipité.

« Comme on a pu faire un travail de sensibilisation pour préparer les citoyens au confinement, je pense qu’on aurait dû aussi le faire pour le déconfinement », soutient-t-il.

Dr Merabe estime que « c’est facile de pointer directement le citoyen et de dire qu’il est responsable, qu’il n’a pas respecté les mesures et n’a pas été discipliné, etc. » Pour lui, « la décision a été précipitée. » « On n’a pas été dans la préparation sur le plan psychologique, sur le plan logistique », relativise-t-il.

Selon Dr Merabet, un travail de proximité est plus que nécessaire. Et là le rôle de la société civile est primordial, souligne Dr Merabet, qui déplore l’absence de celle-ci qui ne se manifeste, dit-il, qu’à l’occasion des joutes politiques et « se perdre dans la nature juste après ».

Un problème d’organisation et de logistique se pose, selon Dr Merabet :

« Déconfiner c’est aussi apporter des réponses à d’autres mesures notamment le port des bavettes obligatoirement encore faut-il qu’elles soient disponibles et à des prix abordables ».

L’augmentation du nombre de cas d’infections au Covid-9 est-elle lier au relâchement observé depuis la reprise des activités commerciales ? Dr Lyes Merabet avance trois explications. En premier lieu, il estime qu’on s’est montré « un peu très rassurants par rapport à l’évolution de la situation épidémique juste avant le début du mois de Ramadan ».

Le second facteur est lié à la communication qui a été faite autour du protocole thérapeutique (Hydroxychloroquine+ azithromycine) « trop vanté », aux yeux du médecin.

« Nous avons toujours dit que ce protocole n’est pas la solution », répète Dr Merabet, même si le protocole thérapeutique a effectivement permis de diminuer des cas qui nécessitaient une admission en réanimation, et par conséquent ça a permis de diminuer le nombre de décès.

Dr Merabet avance un troisième élément qui explique l’augmentation des nombres de cas déclarés : la multiplication des centres de dépistage homologués par l’Institut Pasteur d’Algérie. À cet effet, il estime que le déconfinement doit aussi s’accompagner d’un dépistage à grande échelle, lequel dépistage doit cibler en premier lieu le personnel de santé plus exposé à l’épidémie.

« Nous avions pris la décision de rouvrir certains commerces car nous étions proches de la fin de cette crise sanitaire. En revanche, les comportements de certains consommateurs que nous avons récemment observés tendent à allonger la durée de cette crise sanitaire », a-t-il dénoncé, en expliquant que plus les mesures barrières sont appliquées, moins l’épidémie sera longue.

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