Société

Coronavirus : l’Algérie face au casse-tête de la disponibilité des équipements sur les marchés mondiaux

Face aux médecins de Blida qui se plaignaient, lundi 30 mars, du manque de matériel de protection et de prévention, le ministre de la Santé a dû tenir un discours franc pour leur expliquer que l’équation est bien plus compliquée.

Pour résumer la réplique de Abderrahmane Benbouzid, il ne suffit pas de dégager des enveloppes financières pour acquérir les équipements nécessaires, mais il faut aussi les trouver sur le marché mondial. La crise du coronavirus frappe le monde entier et a pris les États de court, y compris les plus avancés qui disposent d’un système de santé performant.

« Savez-vous combien de masques la France a commandé à la Chine ? Un milliard. Ce n’est parce que nous avons de bonnes relations avec la Chine que nous allons passer avant les autres », a expliqué le ministre, ajoutant qu’aux États-Unis, les masques sont rationnés même pour le personnel médical.

La pression est en effet énorme sur les producteurs mondiaux de tous les équipements ayant un lien avec la prévention et la lutte contre le Covid-19. Avant-hier, la France a annoncé avoir passé une commande aux producteurs chinois d’un milliard de masques, dont le transport nécessitera la mise en place d’un pont aérien.

Illustration de l’incapacité de la Chine à satisfaire la très forte demande, l’aide qu’elle vient d’acheminer vers l’Algérie ne contient que 450 000 masques. Une quantité dérisoire au vu des besoins, mais la Chine ne pouvait sans doute pas faire plus, même pour un pays « ami » qui, au début de l’épidémie, l’avait fournie en équipement, dont des masques justement.

Sur le marché mondial, c’est la course à l’acquisition des équipements indispensables et des médicaments supposés efficaces contre le coronavirus. « Plus question d’appels d’offres transparents, les délais en sont trop lents, les procédures trop rigides. Partout sur la planète, l’heure est à la négociation directe, aux marchés de gré à gré, instruments utiles dans les situations d’urgence sanitaire, mais qui s’accompagnent souvent d’un cortège prévisible de favoritisme, malversations, et surfacturations, porteurs de futurs contentieux », écrit le journal français le Monde, citant un constat d’un colloque en ligne qui a réuni le 23 mars des spécialistes de la commande publique de plusieurs pays.

« Les logiques de l’achat public s’inversent : les vendeurs se retrouvent en position dominante pour fixer les prix et les acheteurs sont en concurrence entre eux. Les prix s’envolent, les achats doivent être approuvés très rapidement, faisant fi des mécanismes administratifs traditionnels d’approbation. Un marché important a ainsi été manqué par une grande ville de Californie parce que le responsable des achats avait mis plus d’une heure à délivrer son autorisation », ajoute le Monde.

Comme beaucoup de pays, l’Algérie tente d’acquérir ce qu’elle peut sur les marchés mondiaux, mais compte aussi sur l’industrie locale. « Nous attendons entre 5 et 10 millions de masques en plus de la production locale qui fournit 150 000 masques par jour. L’industrie nationale se trouve relancée et fortement sollicitée, mais il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande et nous sommes obligés d’importer. Il y a quelques dons mais surtout des commandes très importantes à la Chine », a indiqué le ministre délégué à l’Industrie pharmaceutique, de passage hier sur la radio nationale. Pour l’hydroxychloroquine aussi, médicament adopté comme traitement, l’Algérie doit compenser le déficit par l’importation.

« Nous avions déjà 130 000 boîtes qui venaient d’être produites localement et libérées par le laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutique et nous avons un programme d’importation de 190 000 boîtes. Cela nous permettra de traiter 320 000 malades, mais nous espérons que nous n’atteindrons pas ce stade », a précisé le ministre qui a rassuré que la commande effectuée est sur le point d’être livrée. « Tout a été réglé et les livraisons devraient se faire demain ou après-demain », a-t-il dit.

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