Société

Coronavirus : les enseignements d’une crise inédite pour l’Algérie

Pris de court par l’ampleur de la pandémie du coronavirus, de nombreux pays du monde, sinon tous, sont contraints de ne compter que sur leurs ressources propres. La crise n’a épargné aucune contrée du globe et les mécanismes d’entraide et de solidarité se sont retrouvés inopérants.

C’est simple, on n’est pas face à une catastrophe naturelle qui frappe une région ou un pays du monde. Cette fois, chaque État doit s’occuper de ses malades et de sa population, c’est d’abord sa raison d’être. On a même assisté à des faits surréalistes, jusque-là impensables dans ce monde censé être civilisé : des aides ont été détournées par des États sur leur chemin vers d’autres pays, des marchandises rachetées à la surenchère sur les tarmacs des aéroports.

Ce n’est pas le monde qui a subitement changé, c’est l’humanité qui se réveille sur une réalité longtemps dissimulée par des mécanismes qui se révèlent faussement efficaces et pérennes.

Dans la presse marocaine par exemple, on s’étonne que le royaume, à court de liquidités, ait pu compter sur l’aide de ses alliés du Golfe pendant la crise financière de 2008 et lors de la vague des printemps arabes en 2011, et pas maintenant. Même sans la chute en cours des prix de pétrole, il serait peut-être difficile pour l’Arabie Saoudite, les Émirats ou le Qatar de débourser quoi que ce soit si ce n’est pas pour faire face à la pandémie qui les frappe de plein fouet.

Pour l’anecdote, 150 membres de la famille royale saoudienne sont contaminés, le roi et son héritier sont en confinement loin de la capitale, au moment où se multiplient les prévisions alarmistes. « Dos au mur, le Maroc ne doit compter que sur lui-même », conclut le site Yabiladi.

L’Italie, le pays le plus endeuillé, se demande où est passée l’Europe et son idéal d’avenir commun. La réponse est que la France, l’Espagne et les autres s’occupent elles aussi de leurs malades et de leurs morts qui sont à peine moins nombreux qu’en Italie.

La mondialisation mise en veille

Nettement moins touchée, l’Algérie se réveille néanmoins elle aussi sur cette réalité. Dans cette période difficile où la mondialisation est au moins mise en veille, s’approvisionner en Chine en équipements médicaux où commander ailleurs des cargaisons de blé s’avère bien plus complexe qu’une opération commerciale de routine.

Fin mars, le ministre de la Santé, interpellé par des médecins de Blida qui lui réclamaient plus de moyens, avait rétorqué que l’acquisition des masques de protection et autres équipements médicaux très demandés en ce moment n’était pas qu’une question d’argent. Illustration de la course effrénée vers tout ce qui peut aider à endiguer la pandémie, la France a commandé un milliard de masques auprès des fabricants chinois.

L’Algérie a certes pu compter sur son amitié historique avec la Chine, mais dans les limites que permettent les intérêts de ce pays et ses autres engagements. Le lot envoyé par une entreprise chinoise pour prendre en charge ses employés en Algérie est constitué de 500 000 masques, une autre porte sur une centaine de respirateurs.

Même si les commandes commerciales ont pu être livrées en un temps record (8.5 millions de masques entre autres équipements, sont arrivés cette semaine), il reste que cela ne constitue qu’une portion des besoins du pays, qui, en plus des équipements sanitaires, doit aussi sécuriser son alimentation dans une conjoncture marquée par le ralentissement de l’activité des voies commerciales et de flambée des prix de certains produits. Un appel d’offres pour l’achat d’une quantité supplémentaire de blé vient d’ailleurs d’être annulé à cause de la hausse des cours.

Cette crise est peut-être celle qui fera prendre conscience aux Algériens l’importance de disposer d’une industrie forte et diversifiée et d’une agriculture compétitive. Ferhat Aït Ali, ministre de l’Industrie, s’est félicité que l’Algérie dispose d’une entreprise comme Saïdal, à l’occasion du lancement par le groupe pharmaceutique public de la production de chloroquine, un médicament qui s’arrache et que beaucoup de pays ont interdit à l’importation, et d’autres équipements de prévention contre le Covid-19.

À l’heure du confinement, le pays s’est réveillé brutalement sur ses innombrables retards accumulés, dans le paiement en ligne, dans la mise en place d’un filet social solide et, surtout, dans l’édification d’un système de santé performant.

Les enseignements de cette crise ne sont parfois pas difficiles à saisir : ceux qui se plaignent le moins sont la Nouvelle-Zélande et les pays scandinaves, soient ceux qui, avant la pandémie, avaient les meilleurs systèmes de santé.

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