
L’adoption par l’Algérie de la loi criminalisant le colonialisme français semble commencer à faire des émules.
En Tunisie, ancien protectorat français, le sujet n’a pas échappé à la radio privée Diwan FM, où des invités sur le plateau ont estimé que leur pays est, à son tour, appelé à adopter un texte similaire.
A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens
Adoptée mercredi 24 décembre à l’unanimité par l’Assemblée populaire nationale (APN), après avoir été repoussée à plusieurs reprises depuis les années 1980, cette loi criminalise officiellement le colonialisme français, en le qualifiant de crime d’État.
A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc
Le texte liste une trentaine d’actes considérés comme des « crimes de la colonisation française », jugés imprescriptibles : essais nucléaires, exécutions extrajudiciaires, pratique de la torture physique et psychologique à grande échelle, ou encore pillage systématique des richesses, entre autres. Il réclame des excuses et des réparations et prévoit des sanctions à l’encontre de ceux qui promeuvent ou font l’apologie du colonialisme.
Selon ses initiateurs, il s’agit d’un cadre juridique destiné à protéger la mémoire nationale et à mettre un terme aux lectures révisionnistes de l’histoire.
A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël
Un passé qui ne passe pas
Sur les ondes de Diwan FM, l’un des intervenants a d’abord rappelé la nature profondément déshumanisante du système colonial français, soulignant que les populations locales, en Algérie comme en Tunisie, étaient considérées comme des « sous-hommes ».
Il a évoqué l’un des épisodes les plus atroces de la colonisation en Algérie : les « enfumades du Dahra », dans la région de Chlef, en 1845, où près de 700 personnes furent brûlées vives dans une grotte par l’armée coloniale française, un crime longtemps passé sous silence.
Pour avoir évoqué cet épisode et l’avoir comparé à la tragédie d’Oradour-sur-Glane, le journaliste Jean-Michel Aphatie avait provoqué un tollé en France et avait été sanctionné par sa chaîne, a rappelé l’intervenant.
Une comparaison qui illustre, selon lui, la difficulté persistante du débat mémoriel dans l’Hexagone. Autre rappel : les déclarations contradictoires du président français Emmanuel Macron, qui avait qualifié la colonisation de crime contre l’humanité avant de remettre en cause, en 2021, l’existence même de la Nation algérienne avant 1830.
Des propos jugés provocateurs et révélateurs du refus de la France d’assumer pleinement son passé colonial.
Pour cet intervenant, la Tunisie et son Parlement sont aujourd’hui interpellés pour aller dans la même direction que l’Algérie. « Nous sommes appelés, en Tunisie, à proposer une loi similaire qui réclame des excuses de la France pour les crimes commis. Certes, les crimes coloniaux en Tunisie n’ont pas atteint le même degré d’abjection qu’en Algérie, mais ils n’en demeurent pas moins des crimes qui méritent des excuses officielles », a-t-il estimé.
Rappelant que la question coloniale a été, à plusieurs reprises, utilisée comme levier politique par l’Algérie, notamment dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques, un autre invité a évoqué une tentative du Parlement tunisien en 2020 de réclamer des excuses à la France, mais qui avait échoué en raison de divisions politiques internes.
Vers un front mémoriel africain ?
«Les propositions liées aux questions nationales devraient faire l’objet d’un consensus. Or, nous avons donné l’image d’un pays divisé, personnalisant le débat. Les groupes parlementaires n’ont pas voté de manière homogène, alors que la question du colonialisme concerne tous les Tunisiens », estime-t-il.
Il regrette que le texte n’ait pas été enrichi par des amendements permettant d’aboutir à une loi consensuelle. «Demander des excuses à la France est une affaire nationale, non partisane », insiste-t-il.
Selon lui, cette page appartient désormais au passé, mais l’espoir demeure qu’avec l’actuel Parlement, la Tunisie parvient à formuler un texte unificateur.
La loi adoptée par l’Algérie intervient dans le sillage de la Conférence africaine sur les crimes du colonialisme, organisée début décembre à Alger.
Au terme de la conférence qui a regroupé des ministres des AE, des intellectuels et autres historiens de nombreux pays africains, une Déclaration dite d’Alger a été adoptée, laquelle appelle à la reconnaissance des crimes coloniaux, à la justice réparatrice, à la restitution des biens culturels et à l’inscription de cette question dans un cadre africain commun.
Alors que l’Union africaine doit se pencher en février prochain sur cette déclaration, l’émergence d’un débat en Tunisie-encore balbutiant, certes-laisse à penser que la loi algérienne pourrait faire tache d’huile. Plus qu’un simple texte national, elle semble baliser le terrain à un nouveau front mémoriel appelé, à terme, à englober l’ensemble du continent africain.