
La plus grande part du commerce mondial (marchandises, énergie) passe aujourd’hui par des routes maritimes qui relient les principaux pôles économiques producteurs des centres de consommation.
La géographie impose à ces routes le passage par des détroits et des canaux qualifiés de stratégiques (chokepoints). Une obstruction pour quelque motif que ce soit, aurait rapidement des conséquences sur l’économie mondiale.
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
La circulation maritime dans le détroit d’Ormuz est régie par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) qui a été négociée en 1982, et entrée en vigueur en 1994.
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
Ormuz, un détroit stratégique pour le passage du pétrole et du gaz
Cette convention internationale étend la largeur des eaux territoriales des États de 3 à 12 milles marins. Les eaux du détroit Ormuz se retrouvent dès lors juridiquement partagées entre le sultanat d’Oman et la République islamique d’Iran.
Ce que l’on craignait toujours pour le détroit d’Ormuz, car se trouvant aujourd’hui au cœur des tensions entre l’Iran et les États-Unis, c’est son blocage, qui vient d’être annoncé d’ailleurs, deux jours après le déclenchement samedi des frappes américano-israéliennes contre l’Iran.
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
Cette perturbation de ce passage maritime stratégique aura un impact direct sur le transport maritime et surtout sur la sécurité des approvisionnements en pétrole et GNL.
Le détroit d’Ormuz relie le golfe Persique au golfe d’Oman, lequel s’ouvre sur la mer d’Arabie puis l’océan indien. Il s’agit du plus important point de transit au monde puisqu’à lui seul il concentre près de 20 % du commerce maritime mondial des hydrocarbures soit près de 20 millions de barils par jour. Les deux tiers du pétrole qui y transitent sont dirigés vers l’Asie.
Ce détroit, large de 40 km, est considéré comme étant la « porte de sortie » du pétrole de la région qui compte à elle seule cinq des dix plus gros producteurs de pétrole au monde en l’occurrence l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak, les Émirats arabes unis et le Koweït, auxquels il faut ajouter le Qatar en tant grand exportateur de GNL.
Certains de ces pays sont totalement enclavés et n’ont que le détroit pour seul débouché maritime (Irak, Koweït, Qatar, Bahreïn). D’autres le sont partiellement comme l’Arabie saoudite qui a un accès sur la mer rouge, ou encore l’Iran et les Émirats arabes unis qui disposent d’une ouverture sur le golfe d’Oman.
En l’absence d’options pour le contourner en cas de blocage de la navigation, le détroit d’Ormuz est devenu vital pour la sécurité énergétique mondiale.
Cette question se pose avec acuité pour les pays asiatiques comme la Chine, la Corée, le Japon et l’Inde, qui sont les plus gros clients en pétrole brut provenant du golfe persique.
Cela va se traduire par une flambée des cours du pétrole sur les marchés mondiaux, susceptibles d’atteindre des niveaux rarement atteints, si la crise venait à perdurer dans le temps. L’augmentation massive des prix du baril impactera toute l’économie mondiale.
L’obstruction du trafic des pétroliers et méthaniers dans le détroit d’Ormuz entraîne une pression directe sur le transport maritime, ce qui se traduira par un renchérissement des acheminements et une volatilité accrue des tarifs de fret.
Éffet domino sur les chaînes d’approvisionnement
Il en sera de même des primes d’assurance qui vont être revues à la hausse car tout le Moyen*Orient sera considéré comme zone à haut risque entraînant une augmentation des coûts d’assurance pour les navires et leurs cargaisons.
L’on s’attend également à un effet domino sur les chaînes d’approvisionnement du fait des délais rallongés et des coûts supplémentaires, se répercutant sur les prix des autres matières premières et produits manufacturés.
Les hausses du fret maritime dans cette zone, devenue militarisée, se répercutent sur les autres corridors, car les navires se redéploient et saturent les routes alternatives. Les économies vulnérables seront particulièrement affectées.
*Brahim Guendouzi est professeur d’économie à l’université de Tizi-Ouzou