Politique

Dialogue national : le pouvoir tente de faire aboutir sa « nouvelle approche »

La médiation, c’est le nouveau vocable qui fait irruption dans le jargon des efforts consentis pour trouver une issue rapide à la crise qui secoue le pays depuis bientôt cinq mois.

On était encore dans l’attente des retombées et des suites à donner à la conférence d’une partie de l’opposition tenue le 6 juillet à Aïn Benian, quand Karim Younes est sorti brusquement de sa retraite pour dire sa disposition à prendre part à une mission de bons offices.

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« Ma présence au sein de cette instance de médiation, en gestation étant vivement souhaitée par ailleurs… Puis-je alors me dérober de ce que l’on ne peut considérer que comme un devoir national », écrit l’ancien président de l’APN et ex-soutien d’Ali Benflis dans un message sur les réseaux sociaux.

L’appel à la mise en place d’une « instance de médiation » a été lancé par des citoyens, des intellectuels et des acteurs de la société civile. « Il est nécessaire et urgent de créer une Instance Nationale de Médiation qui aura pour mission de proposer au pays, après consultations des différentes parties concernées, les modalités concrètes (objectifs, institutions, durée, etc.) de la transition démocratique et de créer les conditions d’un dialogue qui ouvrira la voie de la transition exigée par les citoyens. L’Instance devra être composée de personnalités qui possèdent les qualités morales, la compétence ainsi que la volonté nécessaire à l’accomplissement de cette mission patriotique de la plus haute importance », est-il écrit dans la déclaration.

Le 3 juillet, le chef de l’Etat par intérim Abdelkader Bensalah avait dévoilé une nouvelle approche pour le règlement de la crise et appelé à un dialogue auquel l’Etat et l’armée ne prendraient pas part et qui sera chapeauté par des personnalités nationales crédibles.

Ce mardi 16 juillet, Bensalah a mis à profit une rencontre avec son Premier ministre pour annoncer que la composante de l’instance qui conduira le dialogue sera bientôt révélée, précisant que des contacts sont en cours avec plusieurs personnalités.

On peut bien penser que Karim Younès en fait-il partie et que son message n’est pas une simple réponse favorable aux sollicitations de « scientifiques, des constitutionnalistes de renom, des hommes de droit, des femmes et des hommes de la société civile ». D’autant que dans son texte, il apporte tout son soutien à la nouvelle approche de Abdelkader Bansalah. « Des échos des milieux politiques laissent penser que la Présidence de l’Etat semble avoir entendu le message de la volonté du peuple », écrit-il.

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Toujours pas de mesures d’apaisement

On voit mal l’ancien président de l’APN proposer ses services sans qu’il soit dûment sollicité, lui qui s’est retiré de la vie politique nationale depuis 15 ans, au lendemain de la défaite de Ali Benflis, le candidat qu’il avait soutenu lors de la présidentielle de 2004 contre Abdelaziz Bouteflika.

Quoi qu’il en soit, le pouvoir semble décidé à faire aboutir sa « nouvelle approche » même si, lors de la grande mobilisation du 5 juillet et celle du vingt-et-unième vendredi, les manifestants avaient réitéré comme au premier jour la même revendication du départ des symboles du système et l’amorce d’une vraie transition.

Du côté de la classe politique, ce n’est pas le franc soutien non plus. Les partis de l’Alternative démocratique tiennent toujours à la période de transition et certains à l’élection d’une constituante, et ceux des Forces du changement, moins radicaux, n’ont pas dit non au dialogue lors de leur forum du 6 juillet mais se sont montrés intransigeants sur un certain nombre de préalables à satisfaire, dont l’ouverture des champs politique et médiatique et la fin du harcèlement des manifestants.

Or, depuis le discours de Bensalah et le Forum de Aïn Benian, aucune mesure dans ce sens n’est venue rassurer et convaincre de la réelle volonté du pouvoir d’aller vers une élection libre. Ce lundi, le communiqué de la présidence a annoncé la prochaine divulgation des noms de ceux qui conduiront le dialogue, mais pas un mot sur l’apaisement attendu.

Après son échec à organiser le scrutin dans les « délais constitutionnels », le 4 juillet, le pouvoir s’attèle maintenant à le faire dans « un délai raisonnable ». Y parviendra-il ? Un autre camouflet n’est en tout cas pas une fatalité pour peu que soient données aux acteurs politiques sérieux de bonnes raisons d’engager leur crédibilité.

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