search-form-close
Emmanuel Macron en visite au Maroc en pleine vague de contestation inédite depuis le Printemps arabe

Emmanuel Macron en visite au Maroc en pleine vague de contestation inédite depuis le Printemps arabe

Le président français Emmanuel Macron effectue, ce mercredi 14 et jeudi 15 juin, une visite officielle au Maroc. Ce déplacement est symboliquement fort, puisqu’il s’agit de sa première visite dans la région du Maghreb et dans un pays en dehors de l’Union européenne depuis son élection à la présidence française en mai dernier.

Plus de sept mois de contestation

La visite du président français au Maroc s’inscrit dans un contexte de crise sociale prolongée au sein du royaume chérifien. Un mouvement de contestation de grande ampleur dure en effet depuis plus de sept mois dans la région du Rif au nord de Maroc, précisément dans la ville d’Al Hoceima où des milliers de manifestants se rassemblent chaque jour pour dénoncer la corruption et les abus de l’administration marocaine.

| LIRE AUSSIAl Hoceima : les faits révélateurs d’une profonde crise de confiance envers l’État

À l’origine de ce mouvement inédit dans le pays depuis le Printemps arabe se trouve la mort du vendeur de poissons, Mouhcine Fikri, broyé dans une benne à ordures où il cherchait à récupérer sa marchandise qui avait été saisie par la police. Les tensions n’ont cessé de s’accroître ces dernières semaines, notamment depuis l’arrestation de Nasser Zefzafi, considéré comme le leader du Hirak, nom donné à la mouvance de contestation populaire. 86 personnes ont par ailleurs été arrêtées par les autorités, dont deux membres de premier plan de la contestation : Nabil Ahamjik, considéré comme le numéro deux du Hirak, et Silya Ziani, l’une des nouvelles figures du mouvement.

La vague de protestation ne s’est pas limitée à la seule région du Rif. Elle s’est propagée dans plusieurs villes marocaines comme Marrakech, Fès ou Oujda, avant d’atteindre la capitale du pays. Plusieurs dizaines milliers de personnes se sont en effet rassemblées ce dimanche 11 juin à Rabat en solidarité avec Al-Hoceïma. La contestation est désormais clairement nationale et les autorités marocaines ne peuvent plus tenter de minimiser le mouvement ou le marginaliser à la simple région du Rif.

La gronde qui a trouvé racine à Al Hoceima semble exprimer un mal-être profond d’une partie de la société marocaine. Une région comme le Rif a été laissée à l’abandon par le pouvoir marocain, qui n’a pour le moment trouvé de réponse adéquate au mouvement de contestation que la répression et les arrestations arbitraires sous couvert de l’excuse de « l’atteinte à la sécurité intérieure ».

Macron interpelé

Dans ce contexte, il est important de s’interroger pour savoir si le président français Emmanuel Macron mettra à profit sa visite officielle au Maroc pour évoquer la situation que traverse le pays. Présenté par les précédents gouvernements français successifs comme un modèle de stabilité et de réussite démocratique, le Maroc se retrouve aujourd’hui face à ses contradictions.

Plusieurs associations françaises ont d’ores et déjà interpellé dans ce cadre le président français afin qu’il évoque lors de sa visite la situation de réfugiés syriens bloqués à la frontière algéro-marocaine, ainsi que la répression du mouvement social au Rif.

| LIRE AUSSIRéfugiés syriens : « Les autorités marocaines bafouent leurs obligations internationales »

« La France, pays de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, ne peut rester spectatrice de ce déni de droit à l’expression pacifique des populations du Nord comme celles d’autres régions du Maroc. Votre prochaine visite au Maroc peut être une occasion pour faire part aux plus hautes autorités de cet État des inquiétudes et préoccupations quant aux atteintes aux libertés fondamentales et au manque de respect des conventions internationales », écrit le courrier signé par plusieurs personnalités et associations, parmi lesquelles l’Association des travailleurs maghrébins de France ou encore l’Association des Marocains en France, rapporte L’Humanité.

Le président Macron réaffirmera-t-il devant le roi Mohammed VI le droit de chaque citoyen de manifester et de s’exprimer sans crainte de répercussions et d’atteinte à ses libertés fondamentales ? Emmanuel Macron ira-t-il jusqu’à appeler le chef d’État marocain à répondre aux revendications de ses citoyens émises durant cette crise ? Alors que Macron se targue de vouloir représenter une idée nouvelle de la politique, son déplacement au Maroc pourrait lui permettre de se démarquer de ses prédécesseurs. Ces derniers ont toujours apporté un soutien inconditionnel au roi, malgré les dérives.

  • Les derniers articles