Politique

Entrevue de Tebboune avec des responsables de médias : le texte intégral

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a accordé, mercredi 22 décembre, une entrevue à des responsables de médias nationaux publics et privés. Voici le texte intégral de l’entrevue tel que rendu public par l’agence officielle APS :

Question : Vous avez mené une série de rencontres avec des personnalités nationales et des dirigeants de partis. Est ce que ces consultations seront couronnées par une conférence de consensus national ou par une motion de propositions globales sur le projet de la nouvelle République. Et est ce que les idées de ces personnalités seront cristallisées dans le prochain amendement constitutionnel ? Est ce que l’ancien président Liamine Zeroual a été convié à prendre part à ces concertations ?

Réponse : Les consultations se poursuivent mais la date de leur clôture n’est pas arrêtée. Il y a la volonté de la part de tous les personnalités influentes sur l’opinion publique, les gens qui ont de l’expérience et d’autres qui ont été marginalisés par le passé. L’avis de tous sera pris en compte en ce qui concerne la méthodologie à suivre mais également les problèmes dont souffre le pays. Ces avis pourront entrer dans l’élaboration de la mouture finale de la Constitution et l’occasion sera également donnée à d’autres personnalités car la Constitution concerne certes l’ensemble de la société mais son élaboration doit être confiée à des spécialistes en droit constitutionnel. Un comité technique se penchera sur la cristallisation de toutes les propositions à ce sujet.

Pour ce qui est des personnalités rencontrées, il était de mon devoir de le faire pour briser la glace entre Algériens et écouter les gens qui ont une expérience dans la gestion des affaires de l’Etat et qui sont aujourd’hui dans les rangs des citoyens. Je tiens à remercier toutes les personnes avec lesquelles je me suis entretenu et qui m’ont été très bénéfiques.

Pour l’ancien président de la République, Liamine Zéroual, c’est un homme pour qui j’ai beaucoup d’estime, je l’ai connu lorsqu’il était directeur de l’Ecole militaire de Batna, c’est un pur nationaliste et d’une droiture exemplaire. Il a des circonstances particulières pour lesquels il n’a pu faire le déplacement à Alger mais nous avons des échanges téléphoniques et il m’encourage. Je suis prêt à le rencontrer au siège de la Présidence ou en ce lieu de résidence, et toute discussion avec lui ne sera que bénéfique.

Question : Monsieur le Président vous avez consulté des personnalités nationales, est-ce que ces consultations s’inscrivent elles dans le cadre des revendications du Hirak populaire. Les idées dégagées de ces consultations seront-elles cristallisées dans la Constitution que vous comptez amender ?

Réponse : La réponse à cette question se recoupe un peu avec ce que je viens de dire, mais je répondrais en rappelant que je m’étais engagé, notamment durant la campagne électorale, à poursuivre la satisfaction des revendications du Hirak que j’ai qualifié de béni. Il y a des revendications qui ont été satisfaites, certaines peuvent trouver des réponses immédiates mais d’autres ont des horizons politiques. Je me suis engagé à satisfaire toutes les revendications du Hirak béni, y compris l’amendement de la Constitution et des lois, outre le changement radical des fondements de notre démocratie en Algérie et l’édification d’une démocratie réelle, la lutte contre l’exclusion, sous toutes ses formes, la lutte contre la corruption et la moralisation de la société. Tout ceci faisaient partie des revendications et je l’ai pris en compte et je continuerais à le faire.

Et pour être franc, les personnalités que j’ai reçues, qu’elles soient du Hirak ou non, n’était pas le propos pour moi, ce qui m’importait et m’importe c’est leur poids dans la société algérienne, en tant que faiseurs d’opinions et elles ont toutes souligné la nécessité de mesures d’apaisement, et tout en étant favorables à l’amendement de la Constitutions, elles craignent, tout comme les citoyens, qu’elle soit encore une révision sur mesure.

Personnellement, je n’ai pas de Constitution. L’actuelle Constitution a montré ses limites avec la crise en étant incapable d’apporter des solutions aux problèmes de l’Algérie. Il y a des lacunes mais aussi des clauses incomplètes. La démocratie c’est pouvoir aller loin sans toucher à l’Etat national et ses fondements, le défendre sans remise en cause de l’identité nationale, question que le peuple a tranché clairement et qui est indiscutable.

Autrement, la révision de la Constitution est impérative pour éloigner le spectre des crises à l’avenir. Il faut savoir que plus la Constitution est claire, plus elle saura préserver le pays en cas de crises ou de perturbations et empêcher les dirigeants, y compris le président de la République, d’exercer le pouvoir individuellement, et qui a toujours été rejeté depuis de l’indépendance.

Question : Quand est ce que sera amendée la Constitution ? Quand auront lieu les élections législatives ? et est ce qu’il y des élections locales anticipées ?

Réponse : Je tiens à ce que le citoyen soit bien informé de tout le processus de révision constitutionnelle. J’ai fait appel à des spécialistes qui ont la maitrise du langage et du contenu constitutionnels. J’ai personnellement défini les cadres sous-tendant ce changement, revendiqué par l’ensemble des Algériens, qu’ils soient du Hirak ou non. Lorsque la première mouture de la Constitution révisée sera prête, elle sera distribuée à toutes les catégories de la société pour être enrichie. Il n’y aura pas de débats anarchiques.

Par la suite, la Commission se réunira, une nouvelle fois, pour étudier toutes les observations, enrichir ou apporter des changements aux propositions initiales. Elle peut introduire 10, 15 voire 20 clauses, comme elle peut reformuler un article donné en réponse à des revendications de citoyens souhaitant voir le pays immuniser contre certains comportements. Une fois la mouture finale prête, elle sera présentée aux deux chambres du Parlement pour débat et adoption avant de la soumettre au référendum populaire.

J’ai préféré que le débat passe par le Parlement et que toutes les explications soient données aux citoyens afin qu’ils puissent avoir une idée claire et que le référendum soit supervisé par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Que le peuple cautionne ou pas ne sera nullement un problème, nous opérerons d’autres amendements et changements jusqu’à ce que nous parviendrons à une Constitution consensuelle.

Après toutes ces étapes, la Constitution sera soumise au référendum, ce qui voudra dire que l’ensemble des Algériens se sont prononcé et qu’il ne s’agit nullement d’une Constitution sur mesure pour un président, un clan ou un mode de gouvernance. Cette Constitution marquera le début de l’étape fondamentale.

Concernant la loi électorale, elle interviendra dans une seconde étape. Elle sera une loi rigoureuse qui criminalise l’utilisation de moyens illégaux, qui empêche les citoyens d’être à pied d’égalité devant les urnes et qui criminalise également l’utilisation de l’argent sale et d’autres formes de luttes d’influence.

L’opportunité sera donné aux compétences pour postuler aux Assemblées locales et à l’Assemblée populaire nationale (APN), notamment à la jeune génération, les 25, 30 et jusqu’à 40 ans, une génération intègre qui a un sens élevé de patriotisme et qui nous permettra d’entrer confiants dans l’ère de l’Algérie nouvelle.

Question : Vous vous êtes concentré sur le politique et même les médias se sont focalisés sur ce volet, alors que pour beaucoup, il n’y a pas eu de décisions économiques, ceci est-il dû à la difficulté de la situation économique ou bien est ce que c’est la réforme politique qui aplanira la voie à la réforme économique ?

Réponse : La politique sert l’économie et inversement. Nous avons une approche politique intégrée en ce sens que la politique nourrit l’économie. La reconstruction de l’économie est une entreprise de longue haleine. Certes des solutions urgentes s’imposent et nous y travaillons. Il y a aussi des décisions à moyen et à long termes et c’est les décisions urgentes qui ouvrent la voie à celles à long termes.

Notre économie est basée sur le commerce et l’importation qui ont tué la production nationale. L’économie doit être le fondement de la richesse et de la prospérité du citoyen. L’économie qui ne crée pas de richesse est une économie politique vaine et l’économie qui n’a pas d’impact direct sur le niveau de vie du citoyen et sur le développement du pays n’est avantageuse que pour certains.

Nous devons mettre en place de solides fondements à notre économie nationale grâce aux potentialités disponibles en industrie et à travers les start-up. Nous avons les énergies créatives de jeunes diplômés d’universités algériennes qui ont fait leurs preuves à l’étranger. J’ai discuté récemment avec les professeurs Habba et Melikechi qui se sont dits disposés à aider les jeunes dans l’édification de ce secteur sur de solides bases. Les ministres jeunes sont présents dans le gouvernement, la décision politique leur revient et les start-up ont désormais leur propre banque. Il n’y a plus aucun obstacle à la relance d’une économie nationale génératrice de richesses et d’emploi.

Lors de la dernière Foire de la production nationale, j’ai constaté la réussite de certains jeunes dans la création de postes d’emploi à travers des start-up.

S’agissant de l’investissement, nous n’avons pas le temps d’entrer dans des luttes mais force est de constater que la politique du passé n’a donné aucun résultat. Tous les opérateurs nationaux intègres ont les capacités et les moyens pour contribuer au développement du pays et à la création des richesses pour sortir de cette situation de dépendance au prix du pétrole, au demeurant une ressource épuisable. Il faut trouver le moyen de créer d’autres richesses et notre jeunesse a les capacités pour le faire.

Je suis triste de voir que les portes avaient été fermées devant des start-up qui voulaient travailler en Algérie, et qu’aujourd’hui ces mêmes entreprises exportent vers l’Algérie à partir d’un pays arabe où les opportunités leur ont été offertes, je souhaite que de telles situations ne se reproduisent plus.

Je veux que les compétences algériennes, là où elles se trouvent, sachent qu’elles sont les bien bienvenues et qu’elle trouveront l’écoute et l’aide pour l’émergence de l’Etat Algérien, tel que voulu par les Chouhada.

Les réformes économiques ne sont pas ajournées, nous y travaillons mais il n’y a pas de marge d’erreur possible. J’ai demandé aux ministres de l’Industrie et du Commerce d’organiser une rencontre nationale sur la nouvelle économie pour un changement de mentalités dans la gestion des banques en vue de parvenir à une économie fondée sur des bases solides. Des cadres algériens avaient permis au pays, dans les années 1970, d’atteindre un certain niveau de développement mais malheureusement, et en raison des crises, nous somme revenus à la case de départ. Nous pouvons aujourd’hui relever le défi.

Il est honteux que l’Algérie importer aujourd’hui de l’électroménager. L’intérêt national doit être au-dessus des intérêts particuliers. Le nouveau plan créateur de richesses et de postes d’emplois est à même de consolider l’Algérie économiquement.

L’économie étant liée à l’exportation, je considère actuellement que nous pouvons exporter des produits agricoles et développer l’agriculture industrielle. Il y a un dysfonctionnement dans le fait que l’excédent de la production de pomme de terre ou de fruits soit un problème pour les agricultures. C’est là, une preuve que notre économie est sous-développée puisque les moyens de stockage et de refroidissement sont disponibles. Il faut en finir avec les mentalités arriérées à travers une économie moderne, il faut aller vers les industries de transformation pour remédier à cette situation.

Nous n’allons pas repartir de zéro, il faut réparer ce qui a été détruit dans l’économie et moraliser la pratique économique. L’édification d’une économie nécessite beaucoup de temps, de la stabilité sociale et des lois pérennes.

Si la démocratisation et la moralisation de la vie politique est une question de quelques mois, la réforme économique est plus ardue, néanmoins je suis optimiste et même très optimiste que les start-up pourront entrer en production dans une période n’excédant pas une année et demi et assureront l’emploi et exporteront leurs produits. Je suis optimiste car il y a un éveil national dans tous les domaines, notamment politique et économique.

Question : Le citoyen attend un changement radical au plan économique et commercial, qu’en est-il de la valeur du dinar, des salaires, du pouvoir d’achat, de l’emploi, du logement et de l’importation des véhicules de moins de 3 ans ?

Réponse : Je commence par la valeur du dinar. Les précédentes réponses sont liées. Plus la valeur de la monnaie locale baisse, plus l’importation s’impose. La meilleure mesure pour réévaluer le dinar est la croissance économique et la production locale. Si, à titre d’exemple, nous importons la pomme de terre pour que son prix sur le marché n’excède pas 40 ou 45 DA/kg, la solution est donc la production nationale et la réduction de l’importation inutile.

A ce propos, j’insiste encore une fois que je ne réduirai pas l’importation pour priver le citoyen algérien. L’importation doit être complémentaire à la production nationale. Si la production nationale pourvoit 25 % aux besoins du citoyen, j’importerai les 75 %. Et si l’économie nationale pourvoit aux besoins à 80%, il m’est interdit d’importer plus de 20 %. Dans ce cas, j’aurai servi d’autres intérêts que ceux du peuple algérien.

Le dinar a été affecté par le recours au financement non conventionnel, il existe un chiffre inquiétant mais nous saurons y faire face. Plusieurs failles sont à l’origine de la dépréciation du dinar, l’importation doit être complémentaire à la production nationale, le règle est d’encourager la production nationale. Je le répète devant vous de manière solennellement, nous sommes prêts à donner des instructions aux banques afin d’aider toute personne qui investit dans le développement ou la transformation de la production nationale en leur accordant des crédits pouvant atteindre 90% de la valeur du projet, en sus de la priorité en ce qui concerne le foncier industriel. J’ai cité, à titre d’exemple, N’gaous, Mascara et Médéa qui, au-delà du fait d’être des régions disposant de potentiels agricoles, sont également qualifiées pour l’industrie manufacturière. En cas de difficultés à exporter le produit brut, la transformation peut être la solution.

Le dinar connait à présent un frémissement et nous avons même une légère stabilité des réserves de changes, nous espérons la voir consolider à la fin de ce trimestre.

Concernant l’importation de véhicules, personnellement je ne vois aucun inconvénient, mais cela exige une organisation. Nous devons savoir ce que nous importons et nous devons avoir la garantie quant à la qualité du véhicule et la régularité de la carte grise. Il y a la crainte d’être face à un autre type de fraude, il existe des lobbies et des groupes mafieux en tous lieux. Je n’accuse personne mais j’ai la responsabilité de la vie du citoyen.

Si des garanties techniques sont données pour la protection du citoyen, la porte est ouverte soit à travers l’importation de manière individuelle ou collective. Je laisse cette question aux ministères du Commerce et de l’Industrie.

La situation financière n’est pas critique mais j’irais pas jusqu’à dire qu’elle est normale, comme cela à été le cas les deux dernières années, il y’a une certaine amélioration. Les recettes fiscales augmentent et il y aura d’autres mesures. Dans ce sens, je voudrais ouvrir une parenthèse au sujet de certaines taxes prévues dans la loi des Finances 2020, pour dire qu’elles seront révisées pour une meilleure équité. Une loi pourrait intervenir dans les cinq ou six mois à venir loin de toute démagogie.

L’exonération fiscale n’entraîne pas une inflation ou une érosion supplémentaire du budget de l’Etat. Je me suis engagé, et dès qu’on arrivera à la loi de Finances complémentaire (LFC), il y aura exonération de tous les salaires de moins de 30.000 DA dans le but d’augmenter le pouvoir d’achat tout en contrôlant les prix des produits essentiels.

Il pourrait même y avoir une révision minutieuse et réfléchie du Salaire minimum garanti (SMIG) car nous rejetons par principe, partant de notre religion et de nos valeurs la pauvreté extrême en Algérie. Nous mobiliserons tous les moyens disponibles pour la lutte contre la pauvreté et l’inéquité en terme de revenus individuels.

L’exonération des salaires de moins de 30.000 DA coûtera quelque 90 mds DA, un montant que nous pourrons récupérer sur les salaires de 2000 et 3000 mds.

En somme, la fiscalité ordinaire ne dépasse pas 30%, tandis que la fiscalité pétrolière s’élève à 63% du budget de l’Etat.

Le principe d’augmentation du pouvoir d’achat est irréversible, et cette démarche se fera à travers l’exhonération des faibles salaires et le contrôle des prix du marché.

L’augmentation du prix du lait à 45 DA relève de la trahison nationale.

Question : Concernant la question du gaz de schiste qui a suscité un tollé, allons nous explorer cette ressource, attendre ou abandonner carrément cette option?

Réponse : Le débat sur cette question doit se faire dans la sérénité et par les experts loin de toutes les crispations et instrumentalisation politique. Il y eu une réaction négative de la part des citoyens de Ain Salah, qui ont été surpris par les torches sans aucunes explications préalables. Notre première expérience a été une erreur, nous avons un vaste désert mais nous sommes allés dans une région peuplée. Nous allons évaluer calmement les expériences mais il faut que toutes les franges du peuple sachent qu’il s’agit d’une richesse dont Allah, Tout Puissant, nous a gratifié et je ne vois pas pourquoi s’en priver et que son exploitation de cette ressource est à même d’améliorer le niveau de vie. L’exploitation du gaz de schiste nécessite d’abord un débat national et pas une opinion unilatérale. Il s’agit d’une richesse

Aujourd’hui, nous consommons 43% de notre production gazière et avec le nombre de logements en cours de réalisation et les projets d’approvisionnement des populations en gaz dans les zones montagneuses et rurales, notre consommation augmentera à plus de 60% à court et à moyen termes. Nous sommes un Etat producteur de gaz plus que de pétrole, c’est un fait qui s’impose de lui même. Notre pays est deuxième ou troisième en réserves mondiales de gaz de schiste et nous n’exportons ni produits agricoles ni industriels.

L’opportunité de l’exploitation du schiste nous est offerte, nous avons par exemple la région de Chenachen, entre Tindouf et Adrar, qui est une zone aride et non peuplée. Nous aborderons cette question lorsque nous aurons surmonté la situation actuelle et entrerons dans l’édification et le financement de l’économie. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi certains refusent l’exploitation du gaz de schiste et préfèrent recourir à l’endettement extérieur. Pourquoi?

Le débat est long et complexe, nous le laisserons d’abord aux spécialistes avant la décision politique, qui viendra au moment opportun.

Question : Qu’en est-il de la réforme du système éducatif ?

Réponse : Je pense que tous les Algériens revendiquent le changement radical du système éducatif, particulièrement du cycle primaire. Je m’oppose catégoriquement à l’implication de l’idéologie dans l’enseignement primaire. La citoyenneté exige l’édification d’une génération imprégnée des valeurs du nationalisme, de la morale et de l’appartenance civilisationnelle.

Les programmes scolaires doivent impérativement être allégés en veillant à l’apprentissage graduel et en laissant l’enfant vivre son enfance de manière naturelle et équilibrée. De même qu’il est impératif de traiter le problème de la surcharge du cartable à travers le recours aux moyens technologiques et la formation des enseignants en la matière.

Nous devons tirer profit des expériences des pays avancés. Il existe actuellement des problèmes n’ayant aucun rapport à la scolarité et je m’engage à résoudre les problèmes sociaux des enseignants qui ne devront pas utiliser les élèves comme moyen de pression car les grèves répétées ne servent pas l’intérêt de l’élève.

Une révision de l’encadrement de l’enseignement, tous cycles confondus, s’impose, et ce à travers l’amélioration des programmes et de la situation financière des enseignants, en sus de la prise en charge des élèves des régions enclavées en terme de transport et de restauration. De sanctions sévères seront prévues pour tout manquement dans ce sens.

Question : quels sont les mesures que vous comptez prendre pour le développement des médias ?

Réponse : J’ai promis la liberté absolue de la presse à la condition du respect des lois de la République et l’éthique professionnelle, nous combattrons fermement le mensonge et la diffamation.

Concernant les journalistes, il faut prendre en charge leur situation sociale, sachant qu’il existe dans les médias privés des journalistes qui perçoivent de maigres salaires et ne bénéficient d’aucune couverture sociale. Je m’engage à lutter contre ce phénomène, qu’il soit dans le privé ou le public.

Il existe en Algérie quelque 160 titres, dont certains ont réussi à s’imposer et d’autres tentent d’émerger. Il y a aussi des journaux à faible tirage et pareil pour les chaînes privées, qui ont des biens alors que leurs employés sont dans des situations critiques. Je m’engage à ne pas faire de distinction entre journalistes du public et du privé, tout en leur offrant des cycles de formation.

J’aiderai cette corporation autant que possible et encouragerai la création de clubs de journalistes dans toutes les wilayas du pays. A ce propos, j’exhorte les journalistes à se réunir dans un syndicat propre.

Concernant les institutions du secteur, à l’instar de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), nous ferons en sorte de relancer son rôle avant la fin de l’année et j’ai demandé, dans ce sens, à son directeur d’entreprendre des visites à des instances similaires dans d’autres pays pour tirer profit de leurs expériences.

Question : Quelles sont les mesures juridiques que vous comptez prendre pour la récupération des deniers publics détournés vers l’étranger et l’extradition des recherchés par la justice algérienne ?

Réponse : Pour ce qui est de la récupération des fonds détournés, nous sommes dans l’attente du feu vert de la justice, qui n’a pas encore statué sur tous les dossiers et établi les montants détournés. Les fonds détournés se trouvent à l’intérieur du pays ainsi que dans d’autres endroits, comme Genève ou dissimulés dans des pays réputés pour leurs facilitations fiscales. Une fois ces dossiers définitivement clos par la justice, nous allons entamer les procédures nécessaires, soit par le biais d’avocats algériens ou étrangers, ou par l’activation des conventions conclues avec ces pays. Ces fonds seront indubitablement récupérés et ça se fera par le biais de la Justice.

Il y a eu certes détournement de fonds mais également des surfacturations. La lutte contre la corruption, et je l’ai déjà assuré, se poursuivra sans relâche. Nous lutterons également contre la corruption affectant le pouvoir d’achat du citoyen. Si la première affecte le Trésor, la deuxième touche à la poche du citoyen, et c’est bien plus grave, en se rendant à l’Administration, le simple citoyen est contraint de payer en contrepartie de prestations qui lui sont garanties par l’Etat. Il est impératif dans ce sens d’œuvrer à la moralisation de la société car en l’absence de morale tout se disloque même au sein de la famille.

Les mesures de lutte contre la corruption peuvent aller jusqu’à l’installation de caméras de surveillance partout, à l’instar des services des Douanes, des commissariats de police et des communes. Ce sont là des exemples, l’important étant de se diriger vers une véritable lutte et prévention contre la corruption et les pots de vin.

Question : Quelle est votre conception pour le traitement du phénomène de la Harga (migration clandestine par la mer) ?

Réponse : J’ai eu à lire des rapports sur la migration clandestine et ses causes, et celles-ci peuvent être différentes. Lorsque ce phénomène est lié à la pauvreté et au ras-le-bol politique, il peut être traité, mais lorsque l’origine est l’oppression familiale et sociale, le problème est tout autre. Le phénomène de la Harga ne résulte pas forcément de la pauvreté, puisque il y a des médecins et des fonctionnaires qui émigrent illégalement. Il faut mener des campagnes de sensibilisation en associant les familles. Le jeune fraichement diplômé qui est confronté au chômage est en droit de s’indigner, c’est pourquoi il est impératif de trouver des solutions à ce problème en consacrant l’égalité en matière d’accès à l’emploi pour tous les Algériens.

De nombreux jeunes migrants ont été refoulés et à ce propos j’ai demandé récemment au Président du Conseil italien que l’application des lois de son pays à nos migrants clandestins soit dans le respect de leur dignité.

Parmi les solutions qui peuvent être apportées au phénomène de Harga, la signature de conventions avec certains pays pour permettre à des jeunes de constater de visu à quel point la situation est difficile dans ces pays, mais il est également possible de recourir à des psychologues en ce sens qu’il s’agit d’un problème grave nécessitant un traitement particulier.

Question : La communauté nationale établie à l’étranger figure parmi vos priorités et votre première décision a été de permettre le rapatriement, à titre gracieux, des dépouilles d’Algériens décédés à l’étranger. D’autre part, comment peut-on, selon vous, bénéficier des compétences algériennes à l’étranger ?

Réponse : Je suis déterminé à œuvrer pour permettre à l’Algérie de tirer profit de ses compétences établies à l’étranger, là où elles se trouvent. Dans ce cadre, j’ai contacté le Professeur Habba qui m’a fait part de sa disposition à recevoir et orienter des jeunes stagiaires et d’intégrer le programme d’encouragement des start-up.

Des membres de notre communauté se sont sentis exclus suite à la promulgation d’un article de loi les privant de certains postes. Nous nous attelons à la révision de la Constitution, et exception faite des aspects ayant trait à la sécurité de l’Etat, rien n’empêche de revoir d’autres articles. Néanmoins, des pays pionniers en matière de démocratie ont exclu les binationaux par souci de préservation de la sécurité nationale. Les conclusions des débats sur la Constitution seront soumises au référendum.

Question : Sur le plan international, nous avons constaté récemment un retour en force de la diplomatie algérienne, notamment dans le dossier libyen. Vous avez proposé lors de la Conférence de Berlin d’abriter le dialogue interlibyen, cette proposition a-t-elle été favorablement accueillie ?

Réponse : Il y’a eu globalement un consensus sur la proposition de l’Algérie, qui est un pays connu pour son équidistance. L’Algérie a une bonne expérience dans la conduite des médiations et elle en a fait profité plusieurs pays sans aucun autre objectif que la préservation de la paix et de la sécurité. C’est pour nous une tradition depuis 1962, nous agissons pour l’apaisement des tensions entre les peuples et les pays.

Des personnalités libyennes, dont MM. Fayez El-Serraj et Khaled Al-Mechri, ont fait des déclarations encourageantes pour le rôle de l’Algérie dans le règlement de la crise libyenne à travers le dialogue. Nous avons donc la confiance des deux parties en plus de la majorité des tribus du Sud de Misrata, de Zentan et des Touaregs qui ont toutes sollicité la médiation de l’Algérie.

En outre, le ministre français des Affaires étrangères a admis que l’Algérie était une force d’équilibre et de paix, et aujourd’hui les pays voisins de la Libye se rencontrent à Alger avec la participation du ministre allemand des Affaires étrangères qui leur fera part des conclusions de la Conférence de Berlin sur la crise libyenne.

Question : Que pensez-vous de la situation économique mondiale et son impact sur l’économie nationale qui enregistre des transferts sociaux considérables ?

Réponse : Le Fonds Monétaire International (FMI) prévoit une reprise de l’économie mondiale fin 2020. Pour l’Algérie, la Banque mondiale et le FMI parlent d’un taux de croissance de 2%, mais ça restent des prévisions. Je suis confiant, que l’Algérie réalisera un taux plus important car la croissance dans un pays comme le notre peut être plus rapide. Nous allons éradiquer le chômage à travers la mise en place de mécanismes susceptibles de créer la croissance et la richesse.

Concernant les transferts sociaux, je tiens à réaffirmer que des acquis nationaux dans ce domaine comme le soutien des produits de base, ne seront pas touchés en consécration de la Déclaration du 1er Novembre, particulièrement le principe de l’Etat démocratique et social. Les transferts sont actuellement équilibrés mais le problème qui se pose concerne le financement, notamment des retraites.

Pour les mécanismes de subvention, il est impératif de revoir le ciblage des catégories ouvrant droits aux aides de l’Etat, soit 35% de la population. Pour le moment, ce débat est prématuré et il faut étudier les expériences d’autres pays en la matière.

Question : Quelle est votre vision de l’avenir des relations avec la France, pays avec lequel l’Algérie a des relations complexes ?

Réponse : En effet, il y a eu une crispation dans les relations, notamment après que les Algériens aient constaté une ingérence dans leurs affaires internes suite à la déclaration de la partie française au début du Hirak. Désormais, l’Algérie avec sa nouvelle génération et direction n’acceptera aucune immixtion ou tutelle quelconque. L’Algérie n’est pas une chasse gardée de la France. C’est un Etat libre qui décide seul de son avenir. Nous Algériens, du simple citoyen au grand responsable, sommes jaloux de notre souveraineté nationale, surtout quand les tentatives d’ingérence émanent de l’ancien colonisateur. Il faut qu’il y ait un respect mutuel entre les deux parties. Il existe en France un lobby qui a de la rancœur pour l’Algérie, qui sait bien défendre ses intérêts, sa dignité et sa souveraineté.

Pour ce qui de l’Afrique, la République arabe sahraouie est membre fondateur de l’Union africaine (UA) et la question sahraouie relève de la décolonisation.

Question : Monsieur le Président nous vous remercions d’avoir honoré votre engagement à travers cette belle et courageuse initiative qui permettra d’éclairer l’opinion publique sur ce qui est envisagé pour le traitement de plusieurs problèmes dont souffre l’Algérie. Une opinion publique longtemps ballotée entre fausses informations, sources anonymes et fuites suspectes. De même que nous vous remercions pour cette initiative, entamée par la création du poste de porte parole officiel de la présidence de la République, souhaitant avoir d’autres rencontres avec vous pour mieux informer le citoyen.

Réponse : Je vous remercie tous d’avoir accepté cette invitation, vous avez été les premiers et il y aura d’autres car nous tenons à consacrer cette tradition. Je continuerai à communiquer avec les citoyens via les médias nationaux, c’est là, un principe et un engagement, et la crédibilité passe par le respect des engagements.

Pour moi, les médias sont un partenaire essentiel. Vous êtes des faiseurs d’opinion et nous sommes des décideurs, et ensemble nous mènerons, plaise à Dieu, l’Algérie à bon port.

En sus de ces rencontres, le porte-parole officiel de la Présidence est là pour répondre à vos questions quotidiennement, et même si l’information officielle n’est pas communiquée par le biais de l’agence Algérie Presse Service (APS), elle le sera par le biais du porte-parole, et ce dans le but de barrer la route à toute tentative malveillante.

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