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Équipe de France : pourquoi les racistes de tout bord ont tort

Ce qui relevait du tabou dans le monde du football il y a encore quelques années est devenu d’une banalité inquiétante.

On n’hésite plus à évoquer les résultats et composantes des équipes d’un point de vue « racial », avec parfois des attaques xénophobes qui tombent sous le coup de la morale et de la loi.

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Cela a été particulièrement le cas pendant et après cette Coupe du monde 2022 qui vient de s’achever au Qatar, avec la victoire de l’Argentine. L’équipe de France, finaliste malheureuse de la compétition, est la plus ciblée.

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En France et à l’étranger, on a beaucoup spéculé sur la composante humaine des Bleus, axant sur l’origine étrangère, précisément africaine, de la majorité des joueurs pris par le sélectionneur Didier Deschamps au Qatar.

En France, l’extrême-droite n’a pas attendu le Mondial 2022 pour se défaire des scrupules et verser dans un racisme primaire vis-à-vis de tout ce qui n’est pas « français de souche », blanc ou chrétien.

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En 1998, Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, qualifiait déjà l’équipe championne du monde de « Légion étrangère ». L’équipe était composée de nombreux joueurs d’origine africaine, dont un certain Zinedine Zidane.

Trois quarts de siècle plus tard, l’équipe de France compte toujours autant de joueurs de couleur, sinon davantage, et les héritiers de Le Pen sont toujours là pour la vilipender.

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Ils s’appellent Éric Zemmour, Damien Rieu ou Jordan Bardella. Zemmour, qui a bâti sa propagande sur son prétendu souci de préserver l’identité et la culture françaises, s’est trahi pendant cette coupe du monde et en a vu à la télé ce qui le dérange le plus : il y a, à son goût, trop de joueurs à la peau noire chez les Bleus.

Jordan Bardella, successeur de Marine Le Pen à la tête du Rassemblement national (ex-Front national fondé par Jean-Marie Le Pen), a félicité Olivier Giroud et Didier Deschamps à l’issue de la victoire de la France contre le Maroc (2-0) en demi-finale du Mondial 2022.

L’auteur du premier but français, Aurélien Tchouameni, un noir, est ignoré. Eric Ciotti n’a vu dans l’équipe qu’un « grand Lloris et un Giroud magistral ». Le maire de Nice Christian Estrosi s’est contenté aussi de féliciter uniquement le gardien et l’avant-centre des Bleus.

Mais l’affaire qui a suscité les plus vives réactions est celle du torrent d’insultes racistes qui a déferlé sur les deux joueurs français qui ont manqué leur tir au but en finale contre l’Argentine dimanche 18 décembre : Kingsley Coman et Aurélien Tchouameni, ainsi que  Randal Kolo Muani qui a raté une occasion nette en fin de la prolongation.

La parole raciste s’est libérée depuis dimanche soir et les trois joueurs ont reçu des milliers de messages et de commentaires racistes sur les réseaux sociaux, avec notamment des emojis de singes. La Fédération française de football a annoncé qu’elle portait plainte, ainsi que des associations comme SOS Racisme.

Certains ont même inversé les rôles pour évoquer un « racisme anti-blancs » en France, en voulant pour preuve une vidéo dans laquelle le consultant télé Pierre Ménès raconte comment son fils a été mis à l’écart au centre de formation par les très nombreux joueurs de couleur qui y faisaient leur apprentissage.

France : une égalité des chances indéniable

On aura tout entendu en France, mais aussi à l’étranger où on a beaucoup raillé l’équipe de France pour sa composante « africaine ». Même des chefs d’État sont tombés dans le piège.

« Mon équipe africaine a perdu », a tweeté après la finale le président Kenyan William Samoei Tuto, joignant un montage-photo des 15 joueurs « africains » de l’équipe de France en précisant le pays d’origine de chacun d’entre eux.

Ce genre de message foisonne sur les réseaux sociaux, certains soulignant que même les joueurs blancs de la sélection française ne sont pas tous des Français de souche, comme Antoine Griezmann ou les deux Hernandez.

La France est raillée en fait pour une qualité pour laquelle elle doit être saluée. Si autant de joueurs de couleur ou d’origine étrangère ont atteint le plus haut sommet du football, c’est que la chance leur a été donnée dès leur jeune âge, sans aucune discrimination, et leur talent a fait le reste pour franchir tous les paliers.

La France vient de disputer sa deuxième finale de Coupe du monde (2018 et 2022), la quatrième en moins de 25 ans. Les joueurs qu’elle forme font le bonheur des plus grands clubs européens et même de certaines sélections africaines comme l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Le système mis en place après les débâcles des deux Coupes du monde manquées en 1990 et 1994, est sans doute l’un des plus performants au monde.

Un système où les considérations extra-techniques n’ont aucun droit de cité, comme le montre ce nombre impressionnant de joueurs de couleur qui finissent, chez les plus grands clubs européens et en équipe nationale.

En 2011, Laurent Blanc, alors sélectionneur des Bleus, avait suggéré de mettre en place une sorte de système de quotas dans les centres de formation pour équilibrer la représentation des communautés.

Toute la France du football avait alors crié au scandale et Blanc avait dû présenter des excuses publiques. Comme quoi, en France, il n’y a pas que le racisme et la xénophobie de l’extrême-droite.

Dans un entretien à TSA en octobre dernier, le président de l’université Paris-Dauphine, El Mouhoub Mouhoud, lui-même fils d’immigrés algériens, a évoqué « une idée reçue qu’il faut combattre ».

« Il faut arrêter de se créer des handicaps. Il y a deux mamelles de la réussite, la passion et le travail », a-t-il estimé. Cela, même s’il n’a pas nié tous les problèmes auxquels font face les communautés immigrées en France.

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