
D’un côté l’extrême droite, et de l’autre le Maroc et ses lobbys. Des Franco-algérien sont ainsi pris entre deux feux. Dans ce qui a tout l’air d’une campagne concertée, les médias marocains proches du Palais royal continuent de dénigrer les élus franco-algériens. Cette fois, c’est Rafik Temghari, élu de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), qui est pris pour cible.
En visite en Algérie cette semaine, Ségolène Royal a dénoncé une tentative de dénigrer les élus binationaux à l’approche des élections municipales de mars prochain en France, à travers un documentaire diffusé par France 2.
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Le documentaire a jeté la suspicion sur la loyauté à la France des élus franco-algériens. Curieusement, c’est la même accusation qui revient dans la rhétorique des relais marocains, allié objectif de l’extrême-droite française. Que l’on juge.
Cela fait plusieurs mois que le journal marocain le 360.ma a créé une quasi rubrique de dénigrement des élus français d’origine algérienne, mettant ainsi dangereusement une cible dans leur dos et semant la zizanie entre les communautés algérienne et marocaine en France.
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Les titres utilisés trahissent une même stratégie et un même objectif : “Idir Boumertit, le heimatlos député LFI made in DZ”, Karima Khatim : l’élue 100% Algérie qui veut gouverner en France “, “Sabrina Sebaihi : députée française pro-Polisario qui fait passer l’Algérie avant la France”, “Salim Djellab : faux élu français et vrai propagandiste du Polisario”…
Tous ces personnages ont eu droit à un très long pamphlet dans le journal marocain qui tient les ordres du Palais royal, avec, comme un leitmotiv, la même accusation d’allégeance à l’Algérie et pas à la France.
Maroc : la campagne de dénigrement des élus franco-algériens se poursuit
Le dernier en date à être attaqué est Rafik Temghari. “Itinéraire d’un élu qui veut algérianiser les Hauts-de-Seine”, titre le 360. Élu en 2020, Temghari est conseiller municipal LR (Républicains), délégué à la communication. Il est par ailleurs président du Cercle de l’émir Abdelkader.
“Rafik Temghari s’est illustré par une algérianisation sans limite de sa mandature municipale. Il rêve de devenir député ou sénateur pour mieux servir les intérêts d’Alger”, accuse sans preuves le journal marocain.
Les attaques contre cet élu sont aussi ad-hominem. “Arrivé sur le tard dans l’Hexagone, il a su tirer profit des accords pervers de 1968 et obtenir la nationalité française, plus vite que l’éclair, «par amour», clame-t-il, pour une lointaine cousine…”.
Le site de propagande ne s’arrête pas là. Il reproche à Rafik Temghari d’avoir lancé le Cercle Émir Abdelkader pour “fédérer les élus algériens de France”, et de commémorer chaque année les massacres du 17 octobre 1961. Mais aussi d’organiser à chaque Ramadan un Iftar collectif pour promouvoir la convivialité. Voilà tout ce qui fait dire au 360.ma que l’élu veut “algérianiser les Hauts-de-Seine”.
Évidemment, ce qui dérange c’est d’abord le fait qu’il soit Algérien et évidemment ses positions sur le Sahara occidental. Le fait que Rafik Temghari fasse partie d’un parti foncièrement hostile à l’Algérie ne retient pas l’attention du site marocain.
“L’élu municipal n’hésite pas à tenir des propos virulents envers le Maroc, pays pourtant allié de la France”, lit-on dans le pamphlet, qui ajoute que Temghari a dénoncé en 2024 ‘’l’abandon de la cause sahraouie” par la France.
Il faut noter que c’est à peu près la même chose qui revient dans tous les “portraits” du 360.ma destinés à dénigrer les élus franco-algériens. Pas un seul faut délictuel ou acte réellement anti-français, mais toujours la même conclusion, à base de rien, d’allégeance à l’Algérie plutôt qu’à la France. La stratégie et ses objectifs sont décidément cousus de fil blanc.