Société

Flambée du covid en Algérie : ce que redoutent les spécialistes

Vendredi 24 décembre, l’Algérie a enregistré coup sur coup deux nouvelles plutôt mauvaises. La découverte d’un 2e cas du variant Omicron sur un ressortissant algérien arrivant d’Afrique du sud et la forte hausse des contaminations au Delta.

Les dernières études dans le monde démontrent que la progression de l’Omicron est extrêmement rapide. Ce nouveau variant, détecté fin novembre en Afrique du Sud, touche surtout les sujets âgés entre 20 et 29 ans.

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Sa létalité est de loin moindre que le Delta actuellement dominant en Algérie. Alors que le nouveau variant Omicron est majoritaire dans de nombreux pays (États Unis, Grande Bretagne), son apparition en Algérie n’inquiète pas outre mesure le Pr Salah Lellou chef de service pneumologie à l’EHU Oran.

« L’Omicron est de toute façon aujourd’hui répandu un peu partout à travers le monde. Son arrivée en Algérie était attendue. Je dirais même qu’il n’y a pas que deux cas Omicron », a expliqué le Pr Lellou à TSA. « Pour faire le diagnostic de l’Omicron, il faut avoir une PCR positive et faire le séquençage. Celui-ci n’est pas systématique. Peut-être qu’il y a encore d’autres cas Omicron qui n’ont pas été séquencés », relève-t-il.

« Aller vers l’immunité collective sans beaucoup de dégâts »

Pour Salah Lellou, la bonne nouvelle est que l’Omicron entraînerait très peu de décès (un seul cas recensé en Grande-Bretagne, ndlr). « Sa seule caractéristique est qu’il se propage très rapidement et pourrait remplacer le Delta », analyse le scientifique qui voit cette perspective plutôt positivement. « Cela pourrait permettre d’aller vers l’immunité collective sans beaucoup de dégâts », en partant du constat que l’Omicron contamine plus mais provoque moins de décès.

Seule tâche noire sur ce tableau plutôt rassurant, selon le Pr Lellou, c’est la possibilité que l’Omicron puisse échapper aux vaccins. « Il faudrait peut-être réadapter les vaccins » pour neutraliser le nouveau variant.

« Le pourcentage (de cas graves) est moindre avec l’Omicron qu’avec le Delta », note le pneumologue. Cependant, une explosion des cas de l’Omicron en Algérie pourrait mettre à rude épreuve les structures sanitaires du pays, avertit le Pr Lellou.

« Si on n’a pas suffisamment de moyens pour prendre en charge les cas qui nécessiteraient des soins intensifs, cela va nous poser des problèmes », met-il en garde. Le chef de service pneumologie de l’EHU Oran espère que les leçons de la 3e vague du covid en Algérie de l’été  dernier ont été tirées. Notamment en ce qui concerne la disponibilité de l’oxygène et les anticoagulants.

Spécialiste des maladies transmissibles et pathologies tropicales, le Pr Idir Bitam estime que la situation n’est pas du tout inquiétante en Algérie avec l’arrivée du nouveau variant.

« Au contraire, l’Omicron n’est pas effrayant. C’est vrai qu’il est très contagieux, plus de 5 fois plus contagieux que Delta mais il ne provoque pas trop de complications. À mon avis j’espère bien qu’il rentre et que les gens qui ne se sont pas fait vacciner soient contaminés pour développer l’immunité collective. Ceci permettra à coup sûr de dépasser les 70 % d’immunité en Algérie », explique-t-il.

La crainte, selon le Pr Bitam, vient moins d’Omicron que du variant actuellement en circulation en Algérie. « C’est plutôt le Delta qui nous fait vraiment peur, car il est très dangereux, et donne des symptômes assez graves ce qui fait que nos services hospitaliers covid se remplissent », s’inquiète-t-il.

Concernant les mesures à respecter pour faire face à la 4e vague du covid, Idir Bitam rappelle les règles relatives au respect des gestes barrières, le lavage des mains en priorité et la distanciation physique.

« Et si la courbe des contaminations continue d’augmenter, c’est le confinement impératif », met-il en garde. Au niveau des frontières, le Pr Bitam préconise d’augmenter la surveillance au niveau des postes frontaliers avec « plus de rigueur »  et « surtout des tests RT-PCR et non pas antigéniques ».

Omicron va être majoritaire

Président de la Société algérienne d’infectiologie (SAI), le Dr Mohamed Yousfi n’est pas surpris par l’augmentation des contaminations au variant Delta en Algérie entrée de plain-pied dans la 4e vague du covid. « C’était prévisible, a-t-il affirmé. La seule différence par rapport à la 3e vague c’est que le nombre des contaminations est en train d’augmenter un peu plus lentement ».

Une situation d’autant prévisible que les mesures barrières ne sont plus respectées et que la campagne de vaccination anti-covid est à la peine, signale le Dr Yousfi.

Par rapport au variant Omicron, le président de la SAI prédit qu’il « va être majoritaire rapidement », à l’instar de ce qui se passe à travers le monde. « On a enregistré deux cas, on doit en avoir plus », affirme le Dr Yousfi.

Le chef de service infectiologie à l’EPH Boufarik se dit plutôt préoccupé par le variant Delta. « On a toujours des formes graves chez la majorité des malades qui viennent chez nous et qui sont mis sous oxygène. Il y a de plus en plus de lits occupés avec des formes graves », précise-t-il. « Espérons qu’on arrivera rapidement au pic. Les prévisions tablent sur une ou deux semaines. Mais, encore une fois, il y a des décès qu’on pouvait éviter », a conclu le Dr Yousfi.

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