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France – Algérie : la pire crise depuis celle de l’été 1973

Les relations entre les deux pays ont connu bien des frictions depuis les années 1960. Celle d’aujourd’hui est la pire depuis 1973.

France – Algérie : la pire crise depuis celle de l’été 1973
Lynda Hanna
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La crise actuelle entre l’Algérie et la France est qualifiée de plus grave depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962. Les deux pays ont cependant connu plusieurs épisodes de tension depuis l’indépendance. Le plus mémorable est la vague de racisme qui a débouché sur un attentat sanglant contre le consulat d’Algérie à Marseille, en 1973. À l’époque déjà, l’extrême-droite nostalgique de l’Algérie française était à l’œuvre, un peu comme aujourd’hui. 

Les relations entre les deux pays ont connu bien des frictions depuis les années 1960. Il y a eu par exemple la remise en cause, en 1967-1968, par la France de ses engagements d’achat du vin algérien. Cette décision est l’une des raisons qui ont poussé le gouvernement algérien de l’époque à procéder à une opération d’arrachage des vignes, qui couvraient en 1962 350 000 hectares, produisant 18 millions d’hectolitres.  

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France – Algérie : plusieurs crises depuis 1962

Au début des années 1970, plusieurs rounds de négociations sur la place des sociétés françaises dans le secteur pétrolier algérien ont échoué. Le 24 février 1971, l’Algérie de Houari Boumediene a décidé unilatéralement de nationaliser ses hydrocarbures et d’imposer sa pleine souveraineté sur ce secteur stratégique.

Des frictions ont eu lieu tout au long des années 1970 sur la question de l’immigration. En 1992, le président François Mitterrand s’est exprimé contre l’arrêt des élections législatives remportées par les islamistes du FIS (Front islamique du salut), ce qui avait mécontenté les autorités algériennes de l’époque. Deux ans plus tard, les deux pays traversent une courte tension sur la gestion de l’avion d’Air France détourné à l’aéroport d’Alger par un groupe terroriste, fin 1994. 

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En 2005, l’adoption par le parlement français d’une loi glorifiant le colonialisme a été très mal accueillie à Alger et hypothéqué la conclusion d’un traité d’amitié entre l’Algérie et la France, convenu précédemment par les présidents Abdelaziz Bouteflika et Jacques Chirac. 

Plus récemment, Alger et Paris ont connu plusieurs crises aiguës et rapprochées dans le temps. A l’automne 2021, l’Algérie a procédé au rappel de son ambassadeur en France suite à des attaques frontales du président Emmanuel Macron contre l’Algérie, son histoire et ses dirigeants. 

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En février 2023, l’ambassadeur d’Algérie à Paris est de nouveau rappelé suite à l’exfiltration en Tunisie de l’activiste algérienne Amira Bouraoui avec l’aide des services consulaires français. En juillet dernier, les deux pays sont entrés dans une crise considérée par certains comme la plus grave de toutes après la reconnaissance par la France de la “souveraineté marocaine” sur le Sahara occidental. 

L’Algérie et la France ont déjà connu une crise majeure il y a plus de 50 ans 

En réalité, les relations entre les deux pays ont connu par le passé un autre épisode de très vives tensions, que certains en Algérie considèrent comme étant le plus grave de tous. Durant ll’été 1973, la ville de Marseille avait connu une forte agitation raciste contre les travailleurs maghrébins, notamment algériens. 

Marseille avait la particularité d’abriter une forte communauté de travailleurs algériens et d’être aussi la destination d’une grande partie des pieds-noirs rapatriés d’Algérie à l’indépendance. Les deux pays avaient signé en 1968 un accord sur l’immigration, régissant les conditions d’entrée et de séjour des travailleurs algériens dont la France avait grandement besoin. 

Le contexte était aussi celui du début de la montée de l’extrême-droite avec la création d’une multitude d’organisations, dont le Front national (FN), fondé en 1972 par Jean-Marie le Pen et devenu aujourd’hui le Rassemblement national (RN). 

Le courant extrémiste nostalgique de l’Algérie française, alors groupusculaire, a mené une campagne contre la présence des Algériens à Marseille et dans d’autres villes de France, notamment dans le sud. Plusieurs violences racistes ont eu lieu pendant toute l’année 1973, faisant une cinquantaine de morts parmi les Algériens. Le 25 août, le meurtre d’un chauffeur de tramway par un déséquilibré algérien est suivi d’une vague d’assassinats par armes à feu ayant causé la mort de16 Algériens. 

Cette situation a donné lieu à de vives tensions dans les relations entre les deux pays, le gouvernement algérien estimant que la sécurité de ses ressortissants n’est pas assurée et fustigeant le fait qu’aucun meurtrier n’a été arrêté par la police française, accusée de complaisance. 

Le 28 août, le quotidien El moudjahid a dénoncé en Une un “racisme anti algérien”. Le 19 septembre, le président Houari Boumediene a pris la décision radicale de suspendre l’émigration vers la France. Mais les choses n’en resteront pas là. Le 14 décembre 1973, une bombe explose dans le hall du Consulat d’Algérie à Marseille, faisant 4 morts et 16 blessés. 

La lecture des journaux de l’époque laisse penser que la rhétorique de l’extrême-droite vis-à-vis de l’immigration, notamment algérienne, n’a pas changé. “Nous en avons assez. Assez des voleurs algériens, assez des casseurs algériens, assez des fanfarons algériens…”, écrivait par exemple Le Méridional.  

 

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