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France – Algérie : les véritables raisons de la crise

La reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental est la goutte qui a fait déborder le vase des relations franco-algériennes déjà tendues.

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France - Algérie : l'économie, l’autre facteur déterminant de la crise. | Par Ruma / Adobe Stock
Ali Idir
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L’Algérie et la France sont en crise depuis près d’une année et demie. Il s’agit de la plus longue et la plus grave brouille des relations diplomatiques entre les deux pays depuis 1962.

Si le casus belli est connu de tous, soit la reconnaissance par Paris de la “souveraineté marocaine” sur le Sahara occidental en juillet 2024, ainsi que les éléments qui sont venus compliquer les choses au fil des mois, comme les affaires Boualem Sansal, des influenceurs algériens en France ou des OQTF, les observateurs s’accordent moins sur les causes profondes de la crise en cours.

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L’alignement de Paris sur les thèses de Rabat concernant le conflit est en fait la goutte qui a fait déborder le vase des relations franco-algériennes déjà tendues.

Recul inexorable de la présence économique française en Algérie 

Certains avancent le motif économique et une certaine incompatibilité de la nouvelle orientation économique de l’Algérie avec les intérêts des entreprises et des exportateurs français.

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La succession des événements donne un crédit certain à une telle analyse. Il n’échappe en effet à personne que la brouille a coïncidé avec les importants changements survenus dans la stratégie économique de l’Algérie et le recul perceptible des opérateurs français sur le marché algérien. 

La France a toujours été le premier fournisseur de l’Algérie, jusqu’en 2013, année pendant laquelle la Chine est passée devant. Le changement était moins un choix délibéré de l’Algérie visant la place de la France sur son marché que la résultante du dynamisme de l’économie chinoise qui a appris à produire à moindre coût.

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Des entreprises françaises ont d’ailleurs gardé de larges parts sur le marché algérien. C’était notamment le cas pour les grands constructeurs automobiles de l’Hexagone, PSA (Peugeot-Citroën-DS) et Renault, qui ont dominé le marché à un moment où l’Algérie importait sans compter.

Le constructeur Renault n’a pas encore obtenu l’autorisation des autorités algériennes pour rouvrir son usine à Oran, fermée depuis 2020, en raison d’un différend sur le taux d’intégration.

Pour PSA qui fait partie du groupe Stellantis, l’Algérie a préféré accueillir symboliquement la marque italienne Fiat qui fait partie du géant automobile franco-italo-américain, même ses voitures partagent beaucoup de composants avec les Peugeot et les Citroën.

La France était aussi restée le premier pays de provenance du blé et du lait importé par l’Algérie. De nombreux autres secteurs d’activité en France, comme le médicament, ont gardé leurs débouchés sur le marché algérien.

Les choses ont commencé à changer à partir de 2020 avec le choix délibéré de l’Algérie de prendre le cap de la rationalisation des importations et de l’encouragement de la production nationale, axe principal de la stratégie nationale de diversification de l’économie et des exportations hors hydrocarbures. 

Pour le blé, c’est un nouveau cahier des charges, moins regardant sur certains critères, qui a exclu de facto, sans les viser, les céréaliers français au profit d’autres fournisseurs, comme les Russes ou Ukrainiens, dont les prix sont plus abordables.

Dans l’automobile, le médicament et tous les secteurs industriels, l’Algérie donne désormais la priorité à ceux qui produisent localement, qu’ils soient nationaux ou étrangers, avec un taux d’intégration déterminé dans les différents cahiers des charges. Les opérateurs français ont été peu à peu bousculés, principalement la nouvelle politique économique de l’Algérie.

Dans la “Déclaration d’Alger pour un partenariat renouvelé”, signée à l’occasion de la visite du président Emmanuel Macron en Algérie en août 2022, il a été question de mémoire, de mobilité, d’échanges culturels, mais aussi et surtout d’économie, bien que cet aspect soit moins évoqué publiquement que les autres dossiers.

Or, il se pourrait bien que ce soit sur l’économie que les deux pays ont avant tout buté. En octobre de la même année, Elisabeth Borne, alors Première ministre française, s’est déplacée à Alger avec la moitié de son gouvernement, dont les ministres en charge des secteurs et questions économiques. Elle est repartie presque bredouille.

On ne connaît pas effectivement à cette visite des résultats qui ont changé fondamentalement les choses pour les échanges économiques et plus globalement pour la place des entreprises françaises en Algérie.

Les ventes de blé français ont continué à baisser jusqu’à être réduites à néant, idem pour celles des constructeurs automobiles français qui avaient dominé le marché pendant deux décennies.  

Plus globalement, le déficit commercial de la France avec l’Algérie a continué de se creuser, la baisse des ventes françaises s’étant conjuguée à la hausse des livraisons algériennes de gaz.

Vu sous cet angle, la crise pourrait bien être lue comme l’expression d’une certaine déception de la partie française.

 

La déception algérienne de Macron

 

Cela dit, les autres facteurs, comme la mémoire, la mobilité, l’instrumentalisation de la relation bilatérale comme une question de politique intérieure ou encore la pression de la droite pour “rééquilibrer la politique maghrébine de la France”, ne sont pas à balayer d’un revers de main. 

« Quand le président Emmanuel Macron est venu en Algérie en août 2022, il pensait, sans doute, que cette visite était suffisante pour rétablir le cours des relations économiques comme dans les années 2000, où nous importions sans compter. Pour lui, il est venu pour apporter son soutien au président de la République, et en échange, il s’attendait à une pluie de contrats au profit des entreprises françaises. Finalement, il n’a pas grand-chose », explique un ancien ministre.

Depuis l’entourage du président Macron qui entretenait une bonne relation avec son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, ainsi que des médias français ne cessent d’insister sur la déception algérienne du locataire de l’Elysée. On a souvent entendu et lu qu’Emmanuel Macron a fait beaucoup à l’Algérie et qu’il n’a rien obtenu en échange.

« Constatant qu’il n’a pas obtenu ce qu’il voulait de l’Algérie, le président Macron a décidé de se tourner vers le Maroc qu’il a complètement ignoré pendant son premier mandat en reconnaissant sa souveraineté sur le Sahara occidental », complète un spécialiste des relations franco-algériennes.

Après 2019, l’Algérie a décidé de refonder ses relations économiques avec la France et l’Union européenne (UE), avec comme priorité la réindustrialisation du pays et un accès plus facile des produits algériens aux marchés européens.

« Nous avons découvert que certains groupes français surfacturaient, parfois d’une façon exorbitante leurs exportations vers l’Algérie, comme dans le médicament et l’automobile. Ils gardaient toute la valeur en France. Cela devait cesser. Considérer l’Algérie comme un simple marché où l’on écoule ses produits fait partie du passé », ajoute notre interlocuteur.

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