Direct Live Search
Search

France : la députée Sabrina Sebaihi menacée à cause de l’Algérie

Après l’émission Complément d’enquête de France 2, une campagne de discréditation contre les Franco-Algériens s’est propagée sur les réseaux sociaux.

France : la députée Sabrina Sebaihi menacée à cause de l’Algérie
Les élus franco-algériens sont soupçonnés de « double allégeance » dans l'émission « Complément d'enquête » diffusée jeudi soir sur France 2 / Source : Instagram Sabrina Sebaihi pour TSA
Riyad Hamadi
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Suivez nous sur Google News
Suivez nous Google News
Temps de lecture 3 minutes de lecture

Comme depuis le début de la crise France-Algérie, les Franco-Algériens sont l’autre victime collatérale de l’émission controversée « Complément d’enquête » diffusée jeudi soir sur France 2. La députée Sabrina Sebaihi a fait part des menaces de mort qu’elle reçoit à cause de l’Algérie, sans que cela n’émeuve personne.

La teneur du documentaire est jugée défavorable aux Algériens de France, particulièrement les élus franco-algériens, soupçonnés de « double allégeance » et présentés presque comme étant la cinquième colonne de l’Algérie sur le territoire français.

A lire aussi : OQTF confirmée pour une famille algérienne installée en France depuis 2018

L’effet est immédiat. Des binationaux engagés en politique sont, depuis, la cible des attaques de l’extrême-droite, du reste pas nouvelles. Dans cette conjoncture, ces attaques ont un objectif politique précis.

A lire aussi : Consulats d’Algérie : avis important aux jeunes de la diaspora

Retour à la case départ

Dans un contexte de reprise de contact entre les deux capitales, l’émission a ramené la crise France-Algérie à la case départ, comme en témoigne la réaction musclée du ministère algérien des Affaires étrangères qui a convoqué samedi le chargé d’affaires de l’ambassade de France en Algérie.

La plus ciblée par les attaques après la diffusion de l’émission est la députée écologiste Sabrina Sebaihi, dont l’unique tort est d’avoir répondu avec franchise à une question piège de l’auteur de l’enquête.

« On peut toujours critiquer ce qui dysfonctionne. Moi, je considère que c’est une démocratie », a-t-elle répliqué à la question de savoir si l’Algérie était « une démocratie ». Sortie de ce contexte, cette réponse a été suffisante pour s’en prendre à la parlementaire, qui a pourtant indiqué qu’elle n’avait pas assez d’éléments pour juger la démocratie algérienne.

« Sur l’État, je ne peux vous dire, je ne vis pas en Algérie », a-t-elle dit avant de livrer son témoignage sur son travail avec les parlementaires algériens. « Les parlementaires que je rencontre font partie de groupes très différents avec des idées très différentes », a expliqué Sabrina Sebaihi, qui a fait part des menaces qu’elle reçoit en France à cause de l’Algérie.

« Je ne reçois jamais autant de violences, d’insultes, de menaces que lorsque je traite la question de l’Algérie », a dit cette membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française.

Pour une femme que le courant anti-algérien avait dans le viseur depuis plusieurs mois, cela est suffisant pour se faire traiter de tous les noms. Des articles du journal de droite Le Figaro et de celui d’extrême-droite Le Journal du Dimanche (JDD) ont contribué à cristalliser les critiques sur l’élue écologiste qui fait partie des rares personnalités françaises à travailler pour résoudre la crise entre les deux pays. Ces articles accompagnent désormais de nombreux commentaires haineux sur les réseaux sociaux.

La petite phrase a éclipsé tout ce qu’elle a dit dans le documentaire. Par exemple, le passage où elle dément toute tentative de « contact » des services consulaires algériens et qui démonte tout le récit autour de cette prétendue pratique est passé sous silence.

Le courant anti-algérien est parti, pour généraliser, d’une note de la DGSE (renseignement extérieur), citée dans le documentaire et faisant état d’une élue franco-algérienne sollicitée pour faire « la promotion de l’algérianité ». Ce cas n’est pas seulement isolé, il est aussi loin d’être avéré.

Élus franco-algériens : à qui profite la discréditation ?

La sphère extrémiste s’en sert comme une preuve d’un manque de loyauté des élus français d’origine algérienne. La machine s’est mise en branle et Sebaihi, par ailleurs vice-présidente du groupe d’amitié Algérie-France à l’Assemblée, subit les plus viles attaques.

« Cette étrangère arabe Sabrina Sebaihi », « la carte de nationalité ne fait pas d’eux des Français », ou encore « Sabrina Sebaihi, c’est un nom français, ça ? », lit-on entre autres commentaires racistes sur X.

En plus de l’extrême-droite, les élus franco-algériens sont aussi pris à partie par certains pseudo-opposants algériens en France et évidemment par les lobbyistes pro-marocains qui ne pouvaient pas ne pas s’engouffrer dans la brèche.

Parmi eux, une certaine Soukaina Ait, qui, il y a quelques jours, appelait, malgré le fiasco de la CAN-2025, à « arrêter les attaques inutiles contre le Maroc ». Dans un post sur les réseaux sociaux, l’activiste pro-marocaine a pris pour cible un élu de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) d’origine algérienne, Rafik Temghari, président du Cercle Émir Abdelkader en France.

« Lorsque j’ai regardé le reportage, je n’ai cessé de penser à l’investissement pour l’Algérie de Rafik Temghari, ses prises de position publiques en faveur de l’Algérie plutôt que de la France », écrit-elle.

Rafik Temghari ciblé par le courant anti-algérien

Cette phrase rappelle curieusement la rhétorique marocaine à propos des Franco-Algériens, comme ce titre datant de quelques mois du site marocain Le 360.ma : « Sabrina Sebaihi, la députée française pro-Polisario qui fait passer l’Algérie avant la France. »

L’activiste Soukaina Ait a appelé le maire de Rueil-Malmaison à ne pas mettre Temghari dans sa liste pour les municipales de mars prochain. Ce qui trahit un autre objectif qui réunit l’extrême-droite et les lobbies du Maroc : neutraliser le poids électoral des Franco-Algériens en prévision du prochain scrutin. Cela passe évidemment par leur discréditation en les attaquant sur leur loyauté.

Petit rappel utile, lorsque des élus franco-israéliens, comme Meyer Habib, s’activaient à l’Assemblée et dans les médias pour défendre l’armée génocidaire d’Israël contre la position officielle de la France, personne n’y a vu une « double allégeance ».

Lien permanent : https://tsadz.co/1e3lq

TSA +