search-form-close

Fraude au Baccalauréat : « Les brouilleurs GSM inefficaces devant les téléphones 4G »

L’accès à Internet sera interrompu pendant une heure, au début de chaque épreuve du Baccalauréat qui commence mercredi prochain. « Ce n’est pas très pratique », a reconnu Imen Houda Faraoun ce lundi 18 juin sur les ondes de la Chaîne III.

« On est un peu trop protectionnistes. Mais cela est fait pour que nos enfants passent l’examen dans la sérénité. Si on ne coupe pas l’Internet le premier qui quittera la salle d’examen s’amusera à scanner le sujet et le mettre en ligne. Il sera partagé avec des solutions et tous les Algériens s’échangeront le sujet. Et c’est la réputation du bac qui sera mise en péril », a-t-elle justifié.

Pour la ministre des TIC, « la triche existe partout et a tout le temps existé ». Mais la possibilité de tricher en salle d’examen, même si elle se limite à un ou deux personnes, produira « une très mauvaise impression sur le moral des candidats », a-t-elle indiqué.

Fayçal Azouaou est enseignant chercheur à l’École supérieure d’informatique. Il analyse ce choix du gouvernement.

Recourir au blocage des réseaux sociaux pour le bac 2018, cela suppose que les brouilleurs qui seront installés à l’intérieur des classes d’examens ne sont pas efficaces ? Et comment fonctionnent-ils pour empêcher le portable de se connecter ?

Les brouilleurs envoient des ondes électromagnétiques qui empêchent le portable de se connecter au réseau dans un rayon de deux mètres à plusieurs centaines de mètres selon la puissance des appareils. Ces brouilleurs ne sont pas toujours efficaces, un brouilleur GSM ou 3G acquis par le ministère il y a une année, ne peut pas lutter contre les nouveaux téléphones 4G, il faut donc que le ministère renouvelle toujours les brouilleurs qu’il utilise, ce qui a un coût financier, un brouilleur avec un rayon de 50 mètres peut facilement atteindre les 400 euros.

Un brouilleur placé dans un centre d’examen peut avoir également des zones d’ombres, c’est-à-dire, il peut y avoir une salle dans ce centre qui n’est pas couverte par ce brouilleur.

Les brouilleurs posent également certains problèmes :

–         d’abord, quand on brouille, on brouille tout, même les téléphones de l’administration et des surveillants

–         il peut y exister des zones d’ombres, le coût élevé et qu’il faut renouveler à chaque sortie d’une nouvelle norme de téléphone et enfin,

–         le principe de précaution de santé, il se peut que les ondes électromagnétiques émises par les brouilleurs ne soient pas toujours bonnes pour la santé.

Les abonnés 3G et 4G craignent une probable généralisation des perturbations comme cela fut le cas en 2016. A votre avis, c’est une crainte justifiée ?

Cette crainte est effectivement justifiée, beaucoup d’entreprises et de personnes actuellement se basent sur internet pour faire avancer leurs affaires : contact des clients, communication interne, recherche d’information, conclusion d’affaires, réunion à distance, etc. Certaines mêmes ont un business dépendant à 100% sur internet ou des réseaux sociaux. Une coupure d’internet aura des conséquences négatives sur leur fonctionnement.

En dehors de cet aspect professionnel, l’accès internet est devenu indispensable dans la vie de beaucoup d’algériens pour chercher une adresse, une information ou simplement communiquer à moindre coût avec l’étranger, une perturbation d’internet causera donc beaucoup de désagréments à notre vie.

La fouille n’étant pas autorisée, beaucoup pourront dissimuler un smartphone pour le consulter à la faveur d’une pause toilette. Les brouilleurs sont efficaces dans une certaine distance. Et pour ce cas de figure ?

Le périmètre d’action d’un brouilleur va de 2 mètres jusqu’à une centaine de mètres selon la puissance de l’appareil, il peut couvrir donc facilement toutes les salles d’un centre d’examen, ceci-dit, il peut exister des zones d’ombres si les ondes électromagnétiques émises par le brouilleur ne traversent pas bien certains murs !

Ils existent également d’autres appareils, les détecteurs de téléphones portables qui pourraient être utilisés dans ces endroits pour détecter si un téléphone est allumé. Cependant ils ne peuvent pas localiser avec précision ce téléphone.

Certains pays ont procédé à l’installation de détecteur de métaux et d’appareils électronique à l’entrée des centres d’examen. Un dispositif qui a prouvé son efficacité ailleurs. Pourquoi on ne l’applique pas chez nous ?

Même si elle est faisable techniquement, je me demande si cette solution est faisable financièrement. Acheter pour tous les centres d’examens ces dispositifs pour s’en servir quelques jours par année, je ne pense pas que ça serait sage de le faire.

Bloquer l’accès aux réseaux sociaux pendant l’examen de baccalauréat pénalisera des millions d’utilisateurs légitimes sans être vraiment efficace. Est-ce légal du point de vue juridique ?

Je ne connais pas l’aspect légal de la chose, mais nous nous rappelons tous que précédemment le temps perdu a été compensé par les opérateurs en heures supplémentaires « gratuites ».

Pour certains experts des TIC, les autorités ont opté pour la solution la plus simple. Et suggère de crypter les sujets et les imprimer dans chaque centre d’examen. Qu’en pensez-vous ?

Avant de répondre à votre question et pour comprendre la décision des deux ministères, il faut se rappeler l’ampleur de la triche du bac de 2016 qui a traumatisé le pays. Si vous vous rappelez, environ 1000 candidats ont été exclus des salles d’examens, des enseignants et des responsables de centres d’examen avaient été arrêtés, soupçonnés d’avoir fait « fuiter » des sujets.

Nos responsables découvraient alors le potentiel de cette technologie de « rupture », les réseaux sociaux, qu’ils ignoraient tellement mais que les jeunes maîtrisaient tellement !

La solution choisie par les autorités n’est pas la plus simple, au contraire, plusieurs autres pays utilisent des solutions similaires en installant des brouilleurs ou des détecteurs de portables. Cependant, ajouter à cela la suspension d’accès aux réseaux sociaux pendant une heure, est spécifique à nous selon mes connaissances. L’application de cette décision l’année passée a poussé les Algériens à découvrir et à utiliser les VPN pour pouvoir détourner l’interdiction.

Cependant et pour revenir à votre question, à mon avis, le fait de crypter les sujets et de les imprimer dans chaque centre d’examen, risque au contraire d’augmenter le risque de fuite des sujets du bac, du fait qu’on multiplie les centres d’impression par millier.

close