
En Algérie, les mesures tombent à un rythme accéléré, traduisant la volonté du gouvernement de traquer jusqu’aux dernières poches les malversations et les fraudes à l’importation. C’est le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations que dirige Kamel Rezig, un département créé lors du remaniement ministériel opéré le 14 avril dernier, qui est en première ligne dans cette bataille.
D’abord, une note datée du 2 juillet impose aux opérateurs économiques qui effectuent des opérations d’importation de marchandises pour leurs besoins propres de fonctionnement ou d’équipement de déposer leur programme prévisionnel d’importation pour le second trimestre de 2025 avant fin juillet. Le programme doit être visé par les secteurs ministériels concernés puis en dernière étape par les services du ministère du Commerce extérieur.
A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion
Malversations aux importations : l’Algérie fait le grand ménage
Un délai a été donné aux entreprises pour obtenir ce document avant le 31 juillet. Mais la donne a rapidement changé. Le 9 juillet, l’Association des banques et établissements financiers (Abef) a demandé aux banques de conditionner toute domiciliation bancaire pour une opération d’importation par la présentation de ce document. Ce changement serait dû à une hausse « anormale » des demandes de domiciliation pour l’importation au niveau des banques, après l’annonce de la nouvelle mesure le 2 juillet. Alerté, le gouvernement a décidé de fermer la vanne.
Dans les milieux économiques, c’est le choc. Si les entreprises qui ne trichent pas restent sereines et se montrent compréhensives, les fraudeurs ont compris que les autorités ont sifflé la fin de la récréation dans le domaine de l’importation. Le temps où les crocodiles qui polluent le secteur économique s’enrichissent avec les devises de l’État semble révolu. « Il y a un consensus général en Algérie pour mettre fin à la fraude à l’importation », confie une source proche du dossier.
A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules
Toutes les entreprises, publiques et privées, sont concernées. Aucune n’échappe à la règle cette fois. Dans une note à l’adresse des importateurs, les services du commerce de la wilaya d’Alger ont exigé d’adjoindre au dossier un constat d’huissier de justice attestant de l’existence effective de l’entreprise. On estime le nombre d’entreprises qui effectuent occasionnellement des opérations d’importation pour leurs besoins propres à environ 300 000.
La mesure du ministère du Commerce extérieur est qualifiée d’extrême et lourde d’impact du fait qu’elle a induit l’arrêt temporaire des opérations d’importation jusqu’à ce que tous les opérateurs se mettent en conformité avec la nouvelle réglementation. Mais la mesure est nécessaire face aux malversations et aux fraudes aux importations. « C’est une solution radicale pour stopper l’hémorragie et donner un signal fort aux fraudeurs », estime un chef d’entreprise.
A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne
Importations en Algérie : un secteur infesté de crocodiles
Après les importateurs des produits finis destinés à la revente en l’état, le gouvernement attaque une autre poche de fraude, celle des importations pour les besoins propres. Certains opérateurs revendraient directement les matières premières dont les droits de douane sont fixés à 5 % à des entreprises qui utilisent ce stratagème pour produire au noir et cacher une partie de leur activité au fisc. Ces entreprises agissent comme des parasites et s’enrichissent sur le dos des Algériens. Tout ce qui intéresse ces opérateurs est le gain facile.
C’est toute la problématique de l’informel, de l’évasion fiscale et du transfert illégal de devises qui se pose aux autorités.
Dans son entrevue avec des médias nationaux diffusée vendredi 18 juillet, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a réitéré que “l’économie informelle doit disparaître”. Le chef de l’État a aussi fait état de “nouvelles mesures” contre le phénomène, sans les préciser.
Ces propos, ainsi que toutes les mesures prises ces dernières semaines, traduisent une forte détermination d’en finir avec l’informel, l’évasion fiscale et les fraudes aux importations et aux exportations. « Il faut que l’économie informelle disparaisse », a-t-il tranché, en révélant que certains possèdent des « appartements F3 pleins de billets de banque et que l’argent n’est pas compté, mais pesé ».
En somme, un immense chantier attend l’Algérie pour en finir avec les fraudes et l’informel. Outre le durcissement de la réglementation, la solution pourrait passer aussi par l’allègement de la fiscalité et le règlement de la question du double taux de change. Sans ces mesures, la lutte contre la fraude aux importations sera difficile à mener.