Politique

Gaïd Salah devrait s’exprimer sur la situation : l’armée face à ses engagements

C’est à partir de Ouargla, le 26 mars, que le chef d’état-major de l’ANP a pour la première fois appelé à l’application de l’article 102 de la Constitution, ce qui avait accéléré la chute du président Bouteflika qui finira par démissionner une semaine plus tard.

Vingt jours après, Ahmed-Gaïd-Salah sera de nouveau en visite dans la quatrième région militaire. Pour prononcer un autre discours « décisif » ? En l’état actuel de l’évolution de la situation politique, on ne sait quelles sont les intentions du haut commandement de l’ANP, mais il demeure certain que ce que dira le chef d’état-major sera très attendu.

Ahmed-Gaïd-Salah s’est imposé, malgré sa fonction qui lui confère la réserve plus qu’à tout autre agent de l’État, au centre du jeu politique. Il a pesé de tout son poids dans la démission de Bouteflika et il est attendu de lui qu’il fasse de même pour trouver une issue à la crise politique qui n’a que trop duré.

Plus clairement, qu’il donne un autre coup de pouce décisif pour l’obtention du départ du ticket décrié Bensalah-Bedoui-Balaïz. Jusque-là, c’est l’insistance du chef de l’armée à adopter la voie constitutionnelle qui a fait que les « trois B » se retrouvent aux commandes de la transition.

Malgré leur rejet par le peuple lors des marches du 5 avril, Gaïd-Salah n’a pas bronché dans le discours qu’il a prononcé mercredi 10 avril à Oran. Bien au contraire, il a avalisé l’intronisation, la veille, d’Abdelkader Bensalah comme chef de l’État par intérim et signifié aux manifestants qu’ils devaient mettre de côté leurs revendications « irréalisables », tout en brandissant les risques de dérapages, la main étrangère, voire l’état d’exception. Gaid Salah a donné la nette impression de soutenir la « bande » contre le peuple.

Le lendemain, les gendarmes se sont mis à filtrer les accès vers la capitale et la police est carrément passée à la répression vendredi au centre d’Alger. Des témoignages accablants pour les policiers ont été diffusés. La DGSN a même osé déployer des unités d’élite du GOSP face à des manifestants pacifiques à Alger. Les images de policiers d’élite, cagoulés et armés, ont choqué les Algériens puisque rien ne justifiait une telle action spectaculaire.

Le nouveau discours d’Ahmed Gaïd-Salah interviendra donc suite à un vendredi pas comme les autres, celui où les autorités ont essayé pour la première fois la manière forte. Une méthode qui a montré ses limites le jour même puisque le basculement dans la violence n’a pas eu lieu grâce au pacifisme et à la conscience des manifestants, puis le lendemain avec le passage de la population à d’autres formes d’action, comme l’empêchement des visites ministérielles (Béchar et Tébessa notamment).

Vendredi dernier, le peuple a apporté une double réponse au pouvoir. Il a rejeté sa transition avec les « trois B » aux commandes et signifié définitivement que rien ne l’arrêtera, pas même les provocations et la répression. Les images de ministres chassés par la population est la nouvelle donne qui pourrait faire prendre conscience au pouvoir qu’il s’est engagé dans une voie sans issue en préférant la solution constitutionnelle à un traitement politique de la crise.

Cette semaine – probablement mardi-, on saura pour quelle option on a tranché en haut lieu en fonction des événements du week-end et du début de semaine : un recul salutaire ou un entêtement à s’enfoncer dans l’impasse de la voie constitutionnelle. Les explications du général Ahmed Gaïd-Salah sur la dérive répressive des forces de l’ordre ne seront pas de trop non plus. N’est-ce pas lui qui s’est engagé plus d’une fois à être aux côtés du peuple et à protéger les manifestants ?

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