
Près de deux ans après avoir mis en lumière la profanation de 16 cimetières palestiniens par l’armée israélienne, la chaîne américaine d’informations en continu CNN revient à la charge avec de nouvelles révélations d’une rare gravité. Des révélations qui donnent froid au dos.
Selon une enquête qu’elle a réalisée, les forces israéliennes ont détruit les corps de Palestiniens tués alors qu’ils tentaient de rejoindre des camions d’aide humanitaire près du point de passage de Zikim, dans le Nord de Gaza, les enterrant dans des fosses peu profondes et anonymes ou en laissant les dépouilles se décomposer dans des zones trop dangereuses pour être récupérées.
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Diffusée mercredi et reprise par certains médias, dont le journal égyptien, Al Ahram, cette enquête, vient confirmer de nouveau ce qui a été rapporté par d’autres canaux, comme certaines ONG et autres journalistes indépendants, mais dont on a tôt fait de limiter la portée : des « opérations d’inhumation systématiques et généralisées » menées par Israël depuis le début de la guerre contre l’enclave palestinienne, et qui laissent les familles sans réponse quant au sort de leurs proches.
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Les preuves qui accablent
Pour son enquête, CNN s’est basée sur plusieurs éléments : des centaines de vidéos et photos prises autour du point de passage de Zikim, des entretiens avec des témoins oculaires, des chauffeurs d’aide humanitaire locaux, ainsi que deux anciens soldats israéliens.
Et tous décrivent une même situation : des civils cherchant de l’aide ont été abattus par des tirs israéliens aveugles. Deux anciens militaires témoignent de pratiques similaires ailleurs à Gaza.
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L’un d’eux, qui servait début 2024 sur le corridor de Netzarim, raconte au média américain avoir vu « neuf corps de Palestiniens non armés » laissés en décomposition autour de sa base.
« L’odeur était insoutenable. Des chiens fouillaient les restes », dit-il, avant d’ajouter qu’ « un commandant avait ordonné aux bulldozers D9 de recouvrir les corps de sable, sans aucune tentative d’identification ».
Un autre officier confirme qu’aucune directive n’a été donnée quant au traitement des corps palestiniens tués : « On nous a simplement dit d’utiliser un bulldozer pour pousser le corps dans une fosse peu profonde au bord de la route ».
Des images satellites analysées par le média américain ont attesté d’une présence continue de bulldozers israéliens autour du point de passage de Zikim durant tout l’été. Deux vidéos géolocalisées de juin montrent des corps partiellement ensevelis près d’un camion humanitaire renversé. Une autre vidéo, datée du 11 septembre, soit quelques semaines avant le cessez-le-feu, montre des Palestiniens transportant des sacs de farine sous des tirs continus.
Selon Robert Maher, spécialiste de l’université d’État du Montana, qui a fait l’analyse audio, sollicité par le média, les tirs venaient d’une position israélienne à environ 340 mètres.
Les équipes de la protection civile, elles, ne pouvaient accéder aux zones qu’après plusieurs jours. Dans un cas documenté, les secouristes racontent : « les corps étaient décomposés, certains avaient été mangés par des chiens ». Des chauffeurs humanitaires ont également témoigné avoir vu des cadavres jonchant régulièrement la route, les bulldozers israéliens recouvrant parfois les corps de sable.
Inhumanité
Ces pratiques d’un autre âge ont été documentées dans d’autres points de distribution d’aide, comme l’a révélé déjà peu avant l’observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme, et corroborée par cette nouvelle enquête de CNN.
Selon Euro-Med Monitor, les forces israéliennes ont enterré des corps palestiniens dans des fosses communes aussi près de centres de distribution d’aide dans le centre et le Sud de Gaza, bloquant l’accès aux familles et aux équipes médicales, empêchant toute identification.
« Ces pratiques survenaient après le bouclage militaire de ces zones, empêchant ainsi le personnel médical, les familles des victimes et les habitants d’accéder aux corps, de les transporter ou de les enterrer dignement. Ce bouclage efface de ce fait toute preuve potentielle d’homicides illégaux et entrave toute enquête efficace. Parallèlement, il prive les familles des victimes de leur droit de faire leurs adieux à leurs proches et de connaître leurs lieux de sépulture, violant ainsi leur dignité humaine et les droits garantis par le droit international », avait relevé l’ONG.
C’est dire que l’enquête de CNN ne surgit pas du vide, mais ne fait que confirmer ce que des témoins, des familles, des organisations de défense de droits humains et autres journalistes, dont plusieurs dizaines ont été assassinés par l’armée israélienne, ont-ils rapporté depuis des mois.
Ces révélations auront-elles un impact sur le processus engagé pour assoir une paix durable ? Les familles des victimes auront-elles droit à la justice ? Les auteurs des exactions seront-ils jugés un jour ?
En tout état de cause, CNN vient de fournir à la CPI des éléments à charge contre le gouvernement de Netanyahu, dont l’entreprise génocidaire est désormais établie. Selon CNN, l’armée israélienne n’a pas répondu aux questions adressées par le média.