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Gouvernement : « L’annonce et la composition suscitent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses »

Gouvernement : « L’annonce et la composition suscitent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses »

La composition du gouvernement Djerad a été annoncée au moment où des dizaines de détenus d’opinion sont libérés. Quelle lecture en faites-vous ?

Louisa Dris-Ait Hamadouche, politologue. L’annonce et la composition du gouvernement suscitent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. En effet, l’annonce intervient en même temps qu’une vague de libération de dizaines de détenus d’opinion. Une libération exigée par l’opinion publique depuis des mois car ce sont des arrestations qui n’auraient jamais dû avoir lieu.

Ce geste peut donc être interprété comme un double message politique : crédibiliser l’Exécutif qui est annoncé au milieu d’une grande joie populaire et confirmer une fois de plus que la justice n’est pas indépendante puisqu’elle arrête et libère au gré des considérations politiques.

La libération des détenus d’opinion est présentée comme une mesure d’apaisement de la part du pouvoir en vue de préparer le terrain à un éventuel dialogue. Qu’en pensez-vous ?

Seule une partie des détenus d’opinion a été libérée. En supposant qu’ils le soient tous, il sera nécessaire de mettre en place les mécanismes qui empêchent que la justice soit à nouveau instrumentalisée.

Par ailleurs, l’apaisement nécessite d’autres gestes car la crise de confiance entre gouvernés et gouvernants était grave et s’est aggravée depuis juin dernier.

Comment analysez-vous la composition du gouvernement, le nombre et la nature des portefeuilles ministériels ?

S’agissant de la composante humaine, elle renvoie l’image d’une grande hétérogénéité avec des figures impliquées dans la gestion des affaires publiques et des personnes ayant soutenu le 5e mandat, d’une part, et d’autre part des individus ayant réclamé des changements politiques allant jusqu’à s’opposer a l’élection du 12 décembre.

En plus l’hétérogénéité, il y a aussi le nombre et la nature des portefeuilles ministériels qui n’obéissent ni à la logique sectorielle ni à la rationalité économique qui exige de limiter le nombre de ministères, surtout en temps de crise.

La gestion de 39 postes ministériels est extrêmement budgétivore, ce qui va augmenter les dépenses de fonctionnement et creuser les déficits publics.

Par ailleurs, il est difficile de comprendre pourquoi la culture bénéficie de trois départements, le commerce de deux, le sport de deux…. Cette hypertrophie peut suggérer que ce gouvernement obéit à des logiques de distribution clientéliste plus qu’à la rationalité économique.

Quelle signification donner à l’absence du poste de vice-ministre de la Défense ?

L’hypothèse réaliste suggère l’absence temporaire de consensus sur la personne. De facto, le chef de l’État occupe ce poste en tant que chef suprême des armées.

Quel accueil a réservé le Hirak à la composition du gouvernement sous Tebboune ?

Le Hirak reste fixé sur le président dont il conteste la légitimité. Il continue d’exiger une justice indépendante, des médias éthiques, la libération du champ politique. Le Hirak reste concentré sur des revendications politiques de fond sans se focaliser sur les personnes.

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