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Harcelée et menacée parce qu’elle passe à la télé : le cri d’alarme d’une jeune comédienne

DR
Leila Touchi est comédienne de théâtre et de télévision. Elle a récemment mis en scène la pièce « Ghriba » qui relève du théâtre de rue (d’après un conte amazigh). Durant le Ramadan 2017, elle a présenté « Gaa n’dirou caméra cachée » sur Echourouk TV.

La comédienne Leila Touchi a lancé, vendredi 23 février, une alerte sur Facebook disant qu’elle ne se sentait plus en sécurité à Fouka (Tipaza), à 35 km à l’ouest d’Alger, où elle habite avec ses parents.

Jeudi 22 février au soir, un homme s’est infiltré chez elle pour arriver jusqu’à la fenêtre de sa chambre.

« Je me suis changée et mise à regarder la télé dans ma chambre quand j’ai vu qu’un homme me regardait de la fenêtre et me menaçait derrière le rideau. J’ai failli faire une crise cardiaque. Je me suis mise à crier fort jusqu’à alerter mon père. Malgré cela, l’inconnu continuait à me regarder et à essayer de me faire peur. Il m’a fait un signe avec les mains signifiant qu’il allait m’étrangler. Le temps que la police arrive sur les lieux, il était déjà parti. Je n’ai pas pu le reconnaître. C’était horrible ce que j’ai vécu », témoigne Leila Touchi, contactée par TSA.

La police, arrivée sur les lieux, a constaté, selon elle, que l’homme n’était pas venu pour un cambriolage. « Un policier m’a dit que le voleur ne montre jamais son visage. Ma fenêtre ne donne pas sur la rue. L’homme a sauté le mur de la maison, a traversé le jardin pour venir jusqu’à ma fenêtre. Je dois dire que la police a fait correctement son travail et m’a dit que j’étais réellement en danger. Les policiers nous ont conseillés d’améliorer la sécurité de la maison en installant des caméras de surveillance par exemple », a ajouté la jeune artiste avant de confier : « Je pensais que chez moi est le seul endroit où je me sentais en sécurité d’autant plus que je ne l’étais pas dehors. Là, non. Je ne me sens plus en sécurité chez moi à Fouka ».

Selon elle, le harcèlement a commencé depuis des années. « Dès que j’ai commencé à apparaître dans les réseaux sociaux et à la télévision, certains n’ont pas accepté cela. Ils ne veulent pas d’une femme libre dans leur quartier », a-t-elle dit.

« Pour eux, faire de la télé, c’est honteux »

Elle a rappelé qu’elle a été la cible d’une tentative d’agression depuis presque une année sur la route entre Alger et Fouka. « Un soir, du côté de Douaouda Marine, j’étais poursuivie, alors que j’étais à bord de ma voiture, par deux scooters. Les conducteurs me traitaient de tous les noms et disaient que j’étais la p… de la télé. Pour eux, faire de la télé, c’est honteux. Ils n’ont aucune culture. L’un des conducteurs ne cessait pas de m’ordonner d’arrêter mon métier, sinon il allait me tuer. Et, il m’a dit que je n’allais plus mettre les pieds à Fouka. Selon lui, j’aurai souillé Fouka et donné une mauvaise image de la ville parce que je rentre le soir, que je suis une femme libre et que je ne porte pas le foulard. J’ai senti qu’ils voulaient réellement me tuer », a-t-elle détaillé.

Les deux scooters, selon elle, s’étaient mis des deux côtés de la voiture pour exercer la pression sur la conductrice. « J’ai continué à rouler car ils cherchaient à me jeter dans le fossé. À un moment j’ai freiné sec et le camion qui était derrière moi s’est également arrêté. Les conducteurs des scooters ont vite pris la fuite. Depuis ce soir, je suis restée choquée. Je ne peux plus entrer à Fouka la nuit. Quand j’ai du travail, je reste à Alger », a-t-elle révélé.

 

« Je suis en train de vivre l’enfer »

Dans le quartier, Leila Touchi subit les quolibets et les insultes. « À chaque fois que je passe, j’entends des paroles dégradantes à mon égard. J’ai laissé passer parce que beaucoup de filles subissent quotidiennement cela dans la rue d’une manière ou d’une autre. Un habitant du quartier est allé même dire à la police que je faisais entrer des hommes la nuit chez moi ou que je me faisais accompagner par des hommes le soir. Du véritable délire de la part de gens qui ne connaissent rien à la culture. Je suis en train de vivre l’enfer à Fouka. Cela dit, il y a des habitants de Fouka qui me soutiennent et d’autres qui veulent me chasser de la ville ou que je change de métier. Je n’ai rien fait de mal. Au contraire, je sens que j’honore ma ville à travers mon métier d’artiste », a-t-elle souligné.

Leila Touchi est comédienne de théâtre et de télévision. Elle a récemment mis en scène la pièce « Ghriba » qui relève du théâtre de rue (d’après un conte amazigh). Durant le Ramadan 2017, elle a présenté « Gaa n’dirou caméra cachée » sur Echourouk TV.

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