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Hausse des prix pendant le ramadan : qui faut-il accabler ?

Hausse des prix pendant le ramadan : qui faut-il accabler ?

Comme à chaque début de ramadhan, la hausse des prix est au rendez-vous. Certains produits sont touchés plus que d’autre. Il s’agit principalement des fruits, des légumes et des viandes. Qui faut-il accabler cette fois ? Les conditions climatiques, la forte demande, la spéculation ou l’absence de régulation ?

En théorie, le marché algérien est libre, c’est-à-dire soumis à la règle de l’offre et de la demande et si l’on s’en tient à cela, l’explication devient simple : c’est l’augmentation d’une manière sensible de la consommation des ménages en cette période qui a causé une hausse des prix. Le coupable c’est donc le consommateur, incapable de contrôler la boulimie et la fièvre dépensière qui le prennent à chaque pareille occasion.

On se serait bien contenté d’une telle explication si beaucoup d’autres denrées, très demandées durant le ramadhan, n’étaient pas épargnées par la hausse des prix.

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Outre les produits dont les prix sont fixés ou plafonnés, comme le lait en sachet, le pain, le sucre et l’huile de table, il faut noter que les yaourts, flans, lait en boîte ou en poudre, café, gâteaux traditionnels et margarines, qui sont très demandés à pareille période, sont néanmoins tous vendus aux prix qu’on leur connaît le reste de l’année, ramadhan ou pas.

Ne pouvant s’appliquer à quelques articles sans d’autres, la règle de l’offre et de la demande semble hors de cause. Et la météo donc ? Il est connu que les températures basses n’aident pas au mûrissage des fruits et légumes, et les pluies inhabituelles de ces derniers jours devraient porter les prix encore vers le haut à cause de la perturbation de l’approvisionnement des marchés de gros, sachant que les camions ne peuvent pas accéder dans les vergers par mauvais temps. Mais là aussi l’explication risque de ne pas être suffisante quand on se rappelle que le mois sacré a débuté sous un doux soleil printanier et la hausse des prix a commencé bien avant le retour de la pluie et du froid.

À titre d’exemple, le kilogramme de pastèque est passé subitement de 60 à 100 dinars le premier jour du ramadhan, sous une chaleur saisonnière. Aussi, à pareille période de l’année, l’essentiel des fruits et légumes frais qu’on trouve sur les marchés vient des régions du sud du pays, où les températures sont saisonnières, ce qui exclue les difficultés d’accéder aux fermes et vergers à cause de la boue.

Ne restent donc que la spéculation et l’absence de régulation, deux facteurs à la relation corollaire, en ce sens que l’absence de la seconde encourage la prolifération de la première. C’est sans doute la plaie béante du commerce en Algérie. Il y a quelques semaines, le ministre du secteur promettait que cette fois, tout sera disponible sur les étals et à des prix abordables. La promesse est loin d’être tenue et M. Djellab n’a pas à rougir. Il n’est pas le premier responsable gouvernemental à essuyer un tel échec. Chaque année, à l’approche du ramadhan, le même engagement de juguler la spéculation est pris au plus haut niveau, mais au bout, toujours la même hausse vertigineuse et inexpliquée de la mercuriale, le même mécontentement du consommateur.

Le marché algérien souffre de beaucoup d’insuffisances pour qu’un responsable puisse prétendre le réguler à coup de déclarations publiques ou de circulaires. Sans doute, la principale carence dans beaucoup de filières, dont celle des fruits et légumes, c’est le manque de chambres froides et l’absence d’une véritable industrie de transformation. Plus que l’État, elles jouent le rôle de véritables régulateurs en fonctionnant comme les digues qui retiennent de grandes quantités d’eau pour éviter l’inondation, et la relâcher en petites quantités en fonction des besoins. L’expression « inonder le marché » trouve d’ailleurs tous son sens ici.

Autre dysfonctionnement du marché algérien, l’absence de la grande distribution. On ne peut prétendre gérer un aussi vaste marché de 42 millions de consommateurs avec les petits commerces qui ne devraient exister que pour « dépanner » à des heures indues ou des endroits reculés. On ne connaît pas les chiffres de la part des grandes surfaces, mais il est certain qu’elle est insignifiante. Une grande agglomération comme Alger, avec ses 6 à 8 millions d’habitants, ne compte que trois supermarchés. Cela veut tout dire. Il est tout de même regrettable de constater que l’Algérie a fait un net bond en arrière en la matière, puisque dans les 1970-80 déjà, un véritable circuit de grande distribution était fonctionnel avec les Aswak El Fellah et les Galeries Algériennes en milieu urbain, ainsi que les « Onaco » qui faisaient office de centrales d’achat.

Dans une économie bien régulée, ce sont en effet ces trois acteurs, les producteurs, les grandes surfaces et les centrales d’achat qui déterminent les prix, en essayant de préserver les intérêts de tout un chacun, y compris du consommateur qui ne prend pourtant pas part au processus de négociation des prix.

Et quand on sait qu’en plus de tous ces vides, bien des filières, comme celle des fruits et légumes justement, fonctionnent sans facturation, on comprend aisément pourquoi l’État peine à les réguler…

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