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Hirak : « On assiste à un usage disproportionné de la violence »

Hirak : « On assiste à un usage disproportionné de la violence »

La ville d’Oran et les principales villes de l’Oranie ont connu, hier lors 43e vendredi de la mobilisation citoyenne , un déchaînement de violence policière contre les manifestants pacifiques, qualifié par des militants des droits de l’homme de disproportionné face à des.

Contacté par TSA, Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) explique : « la répression a déjà commencé avant-hier jeudi, lorsqu’un rassemblement a été réprimé et qui a été ensuite suivi de plusieurs arrestations. Hier, les citoyens se sont rassemblés et les forces de sécurité n’ont pas laissé la marche se dérouler. Il y a une répression suivie d’arrestations massives. Nos amis sur place parlent de centaines de d’arrestations. On avance le chiffre de 400 interpellations ».

« La répression a été vraiment violente. Des manifestants qui se sont réfugiés dans des immeubles ont été littéralement gazés avec du gaz lacrymogène, sachant qu’il y avait des femmes et des enfants », témoigne encore le militant des droits de l’homme qui signale que les forces de sécurité ont d’abord ciblé les animateurs du Hirak.

« Conséquence, il n’y a pas eu de marche à Oran, c’était l’objectif recherché », croit fermement Saïd Salhi qui avance que les personnes arrêtées ont en fin de journée commencé à être relâchées par vagues, « mais jusque-là nous n’avons pas encore fait le point de situation ».

Selon le Vice-président de la LADDH, en plus d’Oran, c’est toute l’Oranie qui a été ciblée par la répression : Ain Témouchent, Sidi Bel Abbes, Mascara, Mostaganem…

« Usage disproportionné de la violence »

« Je pense que c’est une opération planifiée destinée à isoler l’Ouest », estime Salhi. À la LADDH, « nous estimons que l’on est en train de passer à une autre étape de la répression, en empêchant les connexions entre les régions, en isolant la région centre qui apparait la plus frondeuse par l’affaiblissement les autres régions ».

La LADDH dénonce « une atteinte flagrante » à la liberté de manifestation et « une volonté manifeste d’interdire carrément le Hirak à Oran et dans les autres régions ». « La liberté d’expression est un acquis irréversible du Hirak, qui a été arraché depuis le 22 février. Il n’y a aucune raison pour recourir aujourd’hui à la violence d’autant que les citoyens manifestent pacifiquement », conclut Saïd Salhi.

Nourredine Benissad, avocat et militant des droits de l’homme, estime que « l’usage de la force est inacceptable, d’autant que les manifestations ont été pacifiques ». Pour lui, cette répression intervient au moment où « M. Tebboune a parlé de dialogue et de main tendue pour le Hirak. On ne peut pas tendre la main au Hirak et en même temps on assiste à l’usage de la force. Cela n’augure pas d’une accalmie. Alors que les manifestations sont pacifiques on assiste à un usage disproportionné de la violence », dénonce-t-il.

« On nous a volé notre vendredi »

Sur son mur Facebook, une habitante d’Oran a publié un témoignage émouvant déplorant que la marche a été empêchée dans la violence. « Ici Oran je pleure. Oui je pleure et mon cœur saigne, car aujourd’hui Oran n’a pas pu crier ni hurler sa liberté, les services de police ont arrêté et bâillonné les marcheurs de la liberté, le vent souffle fort mais c’est un vent oppressant et répressif. Les regards tristes sont emplis de désespoir car on nous a volé notre vendredi comme on nous a volé notre histoire et notre liberté. L’espoir fait vivre mais cet espoir vient de migrer vers d’autres cieux, l’amour me diriez-vous ? Non il est devenu haine. Aujourd’hui Oran a le cœur lourd et il ne fait pas bon d’y vivre ».

Plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux témoignent aussi de la violente répression ayant ciblé les manifestants pacifiques à El Bahia.

Des dizaines de personnes devant le procureur

Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) annonce que 62 personnes arrêtées hier à Ain Témouchent devaient être présentées devant le procureur ce matin.

La même source affirme que parmi les personnes interpellées hier à Tlemcen, 18 vont être présentés devant le procureur de la République, dimanche 15 décembre dont 16 toujours laissés en garde à vue alors que deux ont été relâchés hier dans la soirée.

Solidarité avec les habitants d’Oran

Dans ce contexte, des actions de solidarité au niveau national s’organisent à partir d’aujourd’hui, notamment à Béjaia où un rassemblement est prévu aujourd’hui à la place de la liberté de la presse Saïd Mekbel. Un autre rassemblement est prévu pour la matinée de demain à Tizi-Ouzou.

Des messages de solidarité font aussi leur apparition sur les réseaux sociaux « Je suis Oran », en signe de solidarité avec les manifestants pacifiques victimes de répression.

La classe politique n’a pas tardé à réagir à la violence d’Oran. Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) « dénonce et condamne avec force ces violences d’un autre temps et appelle à la solidarité active en ces moments de folie étatique contre le peuple. Il se tient aux côtés des victimes et de leurs familles et appelle à la cessation des provocations et la libération des personnes interpellées ».

« La répression n’a épargné ni les enfants, ni les femmes, ni les vieillards. Des dizaines d’entre eux ont été parqués, matraqués, humiliés par des insanités et asphyxiés par des bombes lacrymogènes jusque dans les cages d’escaliers », dénonce le parti de Mohcine Belabbès.

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