Politique

« Il est temps de passer à l’étape attendue par le peuple »

Le chef d’état-major de l’ANP est aujourd’hui en visite de trois jours dans la quatrième région militaire. Pensez-vous qu’il fera une annonce sur l’impasse politique actuelle ?

Mohamed Khalfaoui, ancien officier supérieur de l’ANP. Oui, je le pense. Il nous a habitués, lors de ses sorties de travail au niveau des régions militaires, à un discours qui donne la position de l’institution militaire au fur et à mesure de l’évolution des événements politiques. Plus que n’importe quelle autre partie, l’institution militaire est pressée pour dépasser cette situation où les dérapages nous guettent. Dans les situations d’instabilité ou d’insécurité rien ne peut se faire. Il est temps de passer à l’étape attendue par le peuple. Il faut savoir qu’en cas de dérapage, tout retombera sur l’institution militaire qui devra gérer une situation que nous ne souhaitons pas.

Ira-t-il par exemple jusqu’à « suggérer » le départ des trois « B » ?

Il existe plusieurs articles de la Constitution qui pourraient lui permettre d’aller plus loin. Toutefois, moi je pense qu’il n’a pas besoin d’articles pour appeler à la démission de Belaiz (président du Conseil constitutionnel) ou demander la démission de Bédoui (Premier ministre). Pour la simple raison que l’un a été désigné contre la force de la loi fondamentale (il est à son deuxième mandat alors que la Constitution le limite à un seul non renouvelable), et l’autre a été désigné avec son gouvernement par le clan des forces extraconstitutionnelles.

Le départ du Premier ministre Bédoui permettrait à celui qui viendrait après lui de rassurer le peuple quant à ses revendications. La nomination de nouveaux ministres, honnêtes et intègres, pour l’Intérieur et pour la Justice peut suffire à remettre en confiance le peuple. Surtout si une commission indépendante d’organisation et de surveillance des élections venait à être mise sur pied conformément aux aspirations du peuple, avec des personnes jouissant de crédibilité capables d’engager le pays vers le changement souhaité.  Peut-être que la question de Bensalah est quelque peu épineuse parce qu’elle rentre de plain-pied dans la Constitution.

La solution à la crise politique que vit le pays passe-t-elle nécessairement par une intervention de l’Armée ?

Il est demandé à l’institution militaire d’accompagner la mise en place des nouvelles institutions ou une organisation dans le futur qui soit plus adaptée à la situation. L’armée se retirera par la suite. La tâche n’est pas aisée. Les forces extraconstitutionnelles qui ont accaparé le pouvoir ne vont pas se taire. Elles disposent d’hommes au sein des institutions de l’État et de moyens financiers pour payer des baltaguis aux fins que vous devinez. Ils n’hésiteront pas sur les moyens pour maintenir le système qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui. Et face à ces risques, on a beaucoup plus besoin de ménager l’armée que de l’accuser de n’importe quoi.

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