Politique

Initiative du roi du Maroc : main tendue ou calcul conjoncturel ?

Le roi du Maroc a surpris tout le monde, hier soir, en consacrant aux relations avec l’Algérie une bonne partie de son discours à l’occasion de l’anniversaire de la Marche verte.

Une occasion qui, habituellement, servait de tribune à Mohamed VI pour charger le voisin de l’Est et l’accuser de tous les maux, dont la « création » et « l’entretien » du conflit au Sahara occidental.

Cette année, le souverain a troqué sa rhétorique belliqueuse par un mielleux discours de rapprochement, proposant la mise en place d’un « mécanisme » qui permettra de régler « tous les différents » entre les deux pays par la négociation.

Plus significatif encore, Mohamed VI a parlé des relations avec l’Algérie avant d’évoquer l’objet même de son discours, qui est la question sahraouie. Une manière de faire comprendre que « cette proposition n’est pas liée aux développements de ce dossier », a expliqué ce mercredi un responsable marocain cité par la presse de son pays.

Ce qui constitue déjà une grande nouveauté quand on sait que la diplomatie marocaine a toujours veillé à lier les deux aspects, imputant la responsabilité du blocage des relations entre les deux pays au soutien qu’apporte l’Algérie au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

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Ce changement de ton du royaume à son plus haut niveau est d’autant plus étonnant qu’en avril dernier, on en était encore, côté marocain, aux menaces directes d’escalade. Il y a à peine deux mois, la diplomatie marocaine tentait même le diable en accusant l’Algérie de permettre le transit d’armes iraniennes et du Hezbollah libanais destinées au Front Polisario.

Que s’est-il passé depuis ? « Une prise de conscience de la réalité », résume à l’AFP un autre haut responsable marocain. Il y a sans doute du réalisme dans la démarche de Mohamed VI et de nombreux éléments laissent penser qu’elle ne sort pas du néant et même qu’elle n’est pas « innocente » qu’elle n’y parait.

Il faut d’abord se rappeler qu’un grand pas a été fait par l’Algérie dans le sens du rapprochement avec son voisin en soutenant en juin dernier sa candidature à l’organisation de la Coupe du monde de football 2026 et en proposant même de présenter une candidature commune pour l’édition de 2030. Ce geste a été particulièrement apprécié dans la société marocaine, d’autant que des États supposés être des alliés indéfectibles du Royaume, comme certaines monarchies du Golfe, avaient sans scrupules voté pour la candidature nord-américaine.

Aussi, fin septembre dernier, l’Algérie a accepté de participer pour la première fois aux futurs pourparlers entre le Maroc et le Front Polisario. Certes, la diplomatie algérienne, pour ne pas faillir à sa position de principe, n’a accepté d’être présente au round prévu à Genève le 5 décembre prochain qu’après avoir obtenu des Nations unies de requalifier la nature de ces contacts directs de « négociations » en pourparlers.

Mais il reste qu’il s’agit d’un autre geste de bonne volonté que la partie marocaine ne pouvait ignorer même si, sur le fond, le préalable algérien de l’organisation d’un référendum d’autodétermination est resté immuable.

Mais cette disposition affichée par Alger à aller de l’avant à travers des gestes à répétition ne pouvait à elle seule provoquer un tel changement dans le ton marocain. Certains événements passés ou à venir pourraient eux aussi avoir amené le palais royal à changer de stratégie.

Comme ce rapprochement « économique » subit entre l’Algérie et la Mauritanie. Fortement médiatisée, la visite d’une délégation d’hommes d’affaires algériens en Mauritanie à l’occasion d’une foire des produits algériens organisée dans ce pays en octobre dernier, était perçue comme annonciatrice d’une intensification des échanges et des investissements, prélude à un rapprochement politique et surtout géostratégique. Un axe Alger-Nouakchott solide peut bien signifier l’isolement du Maroc dans la région avec des conséquences certaines sur le processus de paix au Sahara occidental, sachant que le pays de Mohamed Ould Abdelaziz est lui aussi convié aux pourparlers de décembre prochain en sa qualité d’État riverain.

L’approche de la rencontre helvétique, à laquelle, rappelons-le, l’Algérie participera pour la première fois, pourrait aussi avoir inspiré quelque calcul à Mohamed VI.

Comme en janvier 2017, soit à la veille de l’examen de la demande de réintégration du Maroc au sein de l’Union africaine, lorsque le souverain avait dépêché son chef de la diplomatie, Nasser Bourita, à Alger où, on s’en souvient, il avait tenu des propos tout aussi mielleux…

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