Politique

Justice : le retour de Belkacem Zeghmati

C’est sans doute le procureur général le plus célèbre en Algérie. Le 12 août 2013, Belkacem Zeghmati crée la surprise en annonçant, lors d’une conférence de presse, le lancement de mandats d’arrêt internationaux contre Chakib Khelil (ministre de l’Énergie entre 1999 et 2010), sa femme et ses deux enfants ainsi que Farid Bedjaoui, dans le cadre de l’enquête sur le scandale Sonatrach II. Chakib Khelil avait réussi à quitter l’Algérie quelques jours auparavant pour s’installer aux États-Unis.

Le contexte politique est explosif. Il est marqué par la maladie du président Bouteflika, frappé par AVC trois mois et demi auparavant, et une lutte acharnée entre le DRS du général Toufik et la présidence de la République. Les services de renseignements sont à l’origine de l’éclatement des scandales Sonatrach I et Sonatrach II, qui éclaboussent le cercle présidentiel, y compris le frère du président.

Le président Bouteflika ne tarde pas à réagir pour régler des comptes. Soupçonnant le général Toufik d’avoir tenté de le renversé lorsqu’il était hospitalisé à Paris entre le 27 avril et le 16 juillet, il entame en septembre une vaste opération de restructuration des services de renseignements.

Plusieurs hauts gradés du DRS sont limogés, et l’entourage de Toufik est décapité. Deux années après, en septembre 2015, Bouteflika limoge Toufik, dissout le DRS, et nomme le général-major Athmane Tartag à la tête d’une nouvelle structure, appelée DSS (Direction des services de sécurité), rattachée à la présidence de la République.

Le 21 septembre 2015, Bouteflika limoge le procureur général d’Alger Belkacem Zeghmati, qui paie ainsi l’audace d’avoir lancé des mandats d’arrêt contre Chakib Khelil, et sa famille. L’ancien ministre de l’Énergie est connu pour sa proximité avec Abdelaziz Bouteflika.

Quelques mois après, en février 2016, un décret présidentiel mettant fin aux fonctions de Belkacem Zeghmati, est publié au Journal officiel.

Plus d’un mois après la publication de ce décret, le 17 mars 2016, Chakib Khelil revient en Algérie, après s’être exilé aux États-Unis, pour échapper à la justice de son pays.

Ironie du sort, l’ancien ministre de l’Énergie a quitté récemment l’Algérie avant le retour de Belkacem Zeghmati, qui a retrouvé ce jeudi son poste de procureur général de la Cour d’Alger. Il a été désigné par le président par intérim Abdelkader Bensalah, en remplacement de Ben Kathir Benaïssa, connu pour être un proche de l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh.

Le retour de Belkacem Zeghmati intervient dans un contexte marqué par l’ouverture de plusieurs enquêtes sur la corruption. Le général Ahmed Gaid Salah a appelé à plusieurs reprises, la justice, à rouvrir les dossiers de Sonatrach, de l’autoroute est-ouest et de Khalifa.

M. Zeghamti est réputé pour sa connaissance des grands dossiers de corruption, notamment ceux de Sonatrach et de l’autoroute Est-Ouest.

Plus d’un mois après la publication de ce décret, le 17 mars 2016, Chakib Khelil revient en Algérie, après s’être exilé aux États-Unis, pour échapper à la justice de son pays. Entre temps, le mandat d’arrêt lancé contre l’ex-ministre de l’Energie est annulé, en catimini.

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