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Karim Amellal : « Les États-Unis sont redevenus une puissance déstabilisatrice »

Karim Amellal, écrivain franco-algérien et ancien ambassadeur de France pour la Méditerranée, décrypte dans cet entretien la guerre contre l'Iran, son impact sur les Emirats, donne les clés de son issue...

Karim Amellal : « Les États-Unis sont redevenus une puissance déstabilisatrice »
Karim Amellal : Les États-Unis sont « incapables » de protéger les pays du Golfe. / DR
Hamid Guemache
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Karim Amellal, écrivain et ancien ambassadeur de France pour la Méditerranée d’origine algérienne, décrypte dans cet entretien à TSA le conflit au Moyen-Orient.

Il livre une analyse lucide sur la guerre israélo-américaine contre l’Iran qu’il considère comme « absurde », son impact sur Dubaï et le modèle émirati, et le risque de voir les pays du Golfe s’impliquer militairement…

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La guerre contre l’Iran montre que le parapluie sécuritaire américain ne fonctionne pas pour les pays du Golfe. Comment l’expliquez-vous ?

Cette guerre absurde révèle tout le paradoxe de la superpuissance américaine : déployer une armada sans précédent, abattre une puissance de feu considérable, mais en même temps être incapable de garantir la sécurité de ses principaux alliés dans la région, les pays du Golfe notamment, et de protéger l’économie mondiale via le détroit d’Ormuz. Les Etats-Unis sont redevenus une puissance déstabilisatrice dans la région.

Les Etats-Unis poussent-ils les pays du Golfe à entrer en guerre contre l’Iran ?

Oui. Le président Donald Trump comprend enfin que cette guerre est plus longue que prévu, que l’Iran résiste mieux que prévu, que le peuple iranien ne se soulève pas, que les frappes montrent leurs limites, que les Iraniens mènent une guerre asymétrique à laquelle ils se préparent depuis bien longtemps.

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Ils se retrouvent seuls et demandent de l’aide, celle des Européens pour sécuriser le détroit d’Ormuz, en essayant un refus catégorique, et en poussant probablement les pays arabes, l’Arabie saoudite en tête, à entrer dans le jeu. Ils sont non seulement à l’origine de cette guerre mais, comme les Iraniens, poussent à l’escalade.

De quoi dépend-t-elle la fin de cette guerre ?

La fin de cette guerre dépend je crois de trois facteurs clés. D’abord la capacité de l’Iran à tenir dans la durée et à poursuivre une guerre asymétrique, notamment via le détroit d’Ormuz, qui pèse directement sur l’économie mondiale.

L’Iran montre jusque-là, que malgré des frappes massives et destructrices, malgré la décapitation du régime, qu’il pouvait tenir.

Ensuite, le coût politique, économique et militaire pour les États-Unis et Israël : plus il augmente, plus la pression pour arrêter les combats sera forte. Il y a déjà eu des morts du côté américain et cette guerre n’est pas du tout populaire aux Etats-Unis, et Trump commence à y laisser des plumes. Les midterms (élections de mi-mandat) approchent…

Enfin, l’existence, aujourd’hui très incertaine, d’une issue diplomatique crédible. C’est ce à quoi il faut travailler. Sans cela, le scénario le plus probable reste celui d’un conflit qui dure, sans victoire claire.

Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde, vous avez appelé la France à ne pas intervenir dans cette guerre. Pourquoi ? 

Le président de la République Emmanuel Macron a rappelé à plusieurs reprises que la France « n’est pas partie prenante au conflit ». Parce que cette guerre n’est pas la nôtre, parce qu’elle est illégale (comme l’a indiqué dès le début le président Macron), irréfléchie, déstabilisatrice, comme chacun peut d’ailleurs le constater.

Les pays du Golfe risquent-ils d’entrer en guerre contre l’Iran ?

Même si les pays du Golfe, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis en tête, mettent la pression sur Washington pour affaiblir l’Iran, ils restent très prudents et cherchent surtout à éviter d’entrer eux-mêmes en guerre, car ils seraient en première ligne des représailles. Ils ne veulent pas subir le contrefeu de cette guerre.

Pour autant, les frappes iraniennes contre leurs infrastructures énergétiques étant de plus en plus destructrices, ils se retrouvent dans une position de plus en plus délicate.

L’Arabie saoudite vient ainsi, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, de hausser le ton contre l’Iran et de déclarer que le Royaume se réserve le droit de répliquer s’il le juge nécessaire.

Si les frappes iraniennes se poursuivent et s’intensifient, l’Arabie Saoudite, principalement, n’aura pas d’autre choix que de participer à la guerre, ce qu’elle ne veut pas.

Dubaï a-t-elle perdu son attractivité ?

À court terme oui : départs massifs d’expatriés occidentaux, chute drastique du tourisme, inquiétudes sécuritaires et image de « havre sûr » fragilisée.

Les départs en catastrophe des influenceurs qui menaient la belle vie là-bas en est l’une des manifestations anecdotiques mais symbolique.

Le modèle de développement des Emirats arabes unis, basé sur la stabilité politique, une position de hub économique et un tourisme de luxe, est sévèrement écorné.

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