
Karima Khatim claque la porte de la France insoumise (LFI). Dans cet entretien à TSA Algérie, la présidente de la Fédération franco-algérienne de consolidation et du renouveau et élue municipale du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) explique les raisons et ce qu’elle reproche à Rima Hassan.
Vous avez annoncé votre départ de LFI. Pourquoi ?
Ce départ est le résultat d’une réflexion profonde, pas d’un coup de tête. J’ai rejoint LFI par conviction, autour de valeurs de justice sociale, de défense des peuples opprimés et d’exigence démocratique.
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Or, avec le temps, j’ai constaté des ambiguïtés politiques, des contradictions internes et une instrumentalisation de certaines causes qui ne correspondent plus à mon engagement moral.
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Je vous informe officiellement de ma décision de quitter La France Insoumise.
Ce départ n’est pas une réaction épidermique. C’est le résultat d’un constat lucide : je ne peux plus cautionner des orientations politiques que je juge dangereuses, incohérentes et éloignées des… pic.twitter.com/GtIOIO9pzt
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— Karima Khatim (@karima_khatim) December 29, 2025
En tant que présidente de la Fédération franco-algérienne de consolidation et du renouveau, une association multipartisane issue de la société civile et qui a pour mission de renforcer le lien historique et fraternel entre la France et l’Algérie, je ne peux cautionner un populisme à géométrie variable.
Nous entrons dans une période où l’exercice politique sera intense, et je refuse que les Algériens soient réduits à une simple carte électorale.
Comment expliquez-vous cette ambiguïté que vous dénoncez ?
Elle réside dans le décalage entre le discours public et les pratiques politiques réelles. On invoque la liberté d’expression pour justifier des positions floues, parfois complaisantes, y compris avec des éléments de langage empruntés à l’extrême droite.
On se retrouve à défendre des groupes ou des postures totalement déconnectées des valeurs initialement brandies. Cette ambiguïté brouille les repères, fragilise les luttes et affaiblit la crédibilité politique. Une force progressiste ne peut pas être lisible un jour et opportuniste le lendemain.
Que reprochez-vous à Rima Hassan et à Sofia Chikirou ?
Je parle ici sans animosité personnelle. Je connais Rima Hassan depuis son arrivée sur la scène publique. Nous l’avons soutenue, accompagnée et contribué à sa visibilité, car nous pensions qu’elle incarnait une voix libre, notamment pour les femmes palestiniennes.
Aujourd’hui, je constate un écart entre ce que nous espérions et ce qui est réellement porté politiquement. Il existe une confusion entre cause juste et positionnement partisan, entre engagement sincère et stratégie personnelle. Cette évolution me déçoit, car les symboles que l’on incarne engagent une responsabilité collective.
Concernant Sofia Chikirou, tout en ayant conscience de la place qu’elle occupe au sein de LFI, je trouve très préoccupant qu’elle choisisse de défendre des personnes insignifiantes aux yeux des Algériens, privilégiant les intérêts de groupes cherchant à déstabiliser un pays étranger plutôt que ceux des Franco-Algériens qui l’ont élue et qui aspirent simplement à une stabilité diplomatique, afin de vivre dignement et sereinement sur notre territoire.
Les Franco-Algériens ne sont-ils pas aujourd’hui isolés ou divisés en France ?
Ils ne sont pas isolés, mais souvent instrumentalisés et fragmentés. Les Franco-Algériens portent une identité riche, enracinée du Tassili au Djurdjura, des Aurès aux monts de Tlemcen, jusqu’à l’Atlas tellien.
Cette pluralité est une force. Malheureusement, elle est trop souvent exploitée politiquement, ce qui crée des divisions artificielles. Ce dont nous avons besoin, ce ne sont pas de porte-parole autoproclamés, mais de respect, de cohérence, de reconnaissance et surtout d’une véritable représentativité politique.
Comment la crise entre Alger et Paris pèse-t-elle sur les Algériens de France ?
Elle pèse lourdement, symboliquement et concrètement. Les tensions diplomatiques se traduisent par une stigmatisation accrue, des soupçons permanents et une pression identitaire injuste.
Les Algériens de France se retrouvent souvent pris en étau entre deux États, alors qu’ils aspirent simplement à vivre pleinement leur citoyenneté, fiers de leurs origines sans être sommés de choisir un camp.
Nous sommes 100 % Français et 100 % Algériens. Cette situation renforce plus que jamais la nécessité d’une parole politique responsable, apaisée et indépendante.