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Kasbah Café, l’histoire d’un coin d’Algérie au cœur de New York

Rencontre avec le fondateur de Kasbah Café, le restaurant algérien qui a conquis le premier maire musulman de New York Zohran Mamdani.

Kasbah Café, l’histoire d’un coin d’Algérie au cœur de New York
Kasbah Café, le restaurant algérien qui a conquis le futur maire de New York / DR
Sonia Lyes
Durée de lecture 5 minutes de lecture
Icon Kasbah Café, ouvert à Sunnyside (Queens), met en avant la cuisine et la culture algérienne à New York.
Icon Halim et Amina Fekraoui, couple algérien, ont quitté l’Algérie pour créer une entreprise culinaire aux États-Unis.
Icon Halim, ancien journaliste en Algérie, raconte à TSA son parcours et la création de Kasbah Café.
Icon Le restaurant vise à faire connaître la richesse gastronomique et culturelle de l’Algérie au public américain.
Icon Kasbah Café attire une clientèle diverse et a conquis le futur et premier maire musulman de New York, Zohran Mamdani.
Icon Le couple d’Algériens souhaite agrandir le restaurant et développer une boutique de produits algériens pour continuer à promouvoir leur culture.
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Installé à New York, dans le quartier de Sunnyside, Queens, Kasbah Café n’est pas qu’un restaurant, c’est un espace qui met en valeur la cuisine, la culture et l’histoire algériennes.

Depuis ce mercredi 19 novembre, l’établissement attire davantage l’attention après la visite du futur maire de New York, Zohran Mamdani, venu déjeuner dans ce lieu qui n’est autre que la référence culinaire algérienne de la ville.

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Derrière Kasbah Café, on retrouve un couple originaire d’Alger et de Jijel : Halim et Amina Fekraoui, respectivement 54 et 48 ans. Lui est ancien journaliste et trader, elle est architecte de formation. Ensemble, ils ont fait de leur restaurant une véritable vitrine de l’Algérie.

Dans un entretien à TSA Algérie, Halim Fekraoui revient sur leur parcours, l’histoire de Kasbah Café, et sur la visite très remarquée du futur maire musulman de New York.

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Des débuts ambitieux en Algérie

Avant d’ouvrir son restaurant, Halim Fekraoui a connu plusieurs vies. Il confie avoir été brièvement journaliste dans les années 1990, avant d’effectuer son service national dans une Algérie en proie au terrorisme.

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« J’étais journaliste en 1994 pendant une année, puis j’ai fait mon service militaire en 1995, une période très difficile, puis j’ai été chef de service commercial dans une entreprise d’aluminium », raconte Halim.

Quelques années plus tard, en 2002, le jeune Halim quitte l’Algérie pour les États-Unis et s’installe d’abord en Virginie, où il va multiplier les petits boulots, « comme beaucoup d’immigrés ».

Comme de nombreux nouveaux arrivants, il reprend des études tout en travaillant. « J’ai fait des études, j’ai commencé par l’anglais, puis j’ai eu une licence d’enseignement et j’ai enseigné la langue arabe, mais ce n’était pas mon truc », dit-il.

Rapidement, il s’oriente vers un domaine aux antipodes de ce qu’il connaissait jusque-là : « Je me suis plutôt branché sur la finance, j’ai fait des études et j’ai eu ma licence. J’ai commencé chez une compagnie d’assurance, puis j’ai intégré la bourse des monnaies (world exchange), comme trader ». Puis Halim s’installe à New York pour « travailler dans la finance ».

C’est en 2015 que son parcours connaît un tournant décisif, lorsque l’entreprise pour laquelle il travaille lui propose un poste à Chypre : il refuse, préférant rester aux États-Unis et se mettre à son compte. C’est le début de l’aventure gastronomique.

L’Algérie absente de la scène internationale : le déclic

Pour Halim, l’idée de créer un restaurant algérien outre-Atlantique germe depuis longtemps dans sa tête, « c’était une évidence » pour ce passionné qui a travaillé de nombreuses années dans la restauration auprès de chefs de différentes nationalités.

Ce qui fut le déclic pour lui, c’est de ne pas trouver un représentant de la culture algérienne dans une ville aussi cosmopolite que New York : « En arrivant aux États-Unis, j’ai croisé toutes les cultures, mais je n’ai pas trouvé la culture algérienne. J’ai toujours voulu y remédier ».

Pour lui, l’absence de visibilité de l’Algérie en Amérique est incompréhensible au vu de la richesse culturelle de notre pays.

« Avec la richesse culturelle et culinaire qu’on a – n’oublions pas que l’Algérie est au carrefour des civilisations méditerranéennes –, j’ai été surpris de voir qu’on est mal représentés, et même pas représentés du tout », regrette-t-il.

Son ambition a alors été d’exporter tout ce qui fait l’unicité de son pays : « J’avais donc le projet d’un restaurant algérien qui serait la vitrine de la culture algérienne aux États-Unis ».

Un attachement profond à l’identité algérienne

En 2010, son épouse Amina le rejoint aux États-Unis, les projets familiaux se mêlent aux ambitions professionnelles, mais toujours en gardant le cap sur la culture algérienne. D’ailleurs, Halim revendique : « Je me considère d’une culture amazighe ».

Architecte de formation en Algérie, Amina obtient son équivalence américaine mais choisit aussi de changer de voie. « Elle a préféré changer de carrière pour être plus présente pour nos trois filles », explique le restaurateur.

Le couple met d’ailleurs un point d’honneur à transmettre à ses enfants une forte identité algérienne : « Les deux mois de vacances annuelles en Algérie sont sacrés ! Une fois, elles ont même pleuré quand je leur ai proposé les Bahamas ou la Floride pour les vacances d’été, elles voulaient aller en Algérie ».

Une transmission qui se vit jusque dans les détails du quotidien, comme lorsque les jeunes filles vont à l’école avec des en-cas 100 % algériens tels que des mhadjebs et des msemens. « Mes filles sont fières de leur algérianité ! ».

La pâtisserie algérienne avant la naissance de Kasbah Café

Pour Halim et Amina, le premier pas dans l’entrepreneuriat culinaire est Hana Sweets, une société qu’ils lancent en 2015 pour la production de pâtisserie et de gâteaux traditionnels algériens.

« C’était quelque chose d’inédit à New York, on est allés loin avec ça. On a travaillé avec l’ONU et avec l’ambassade et le consulat d’Algérie », relate Halim pour TSA.

Le concept de la pâtisserie algérienne séduit rapidement un public varié, tant auprès de la communauté algérienne que les Américains, et d’autres gourmands de nationalités étrangères.

En 2020, le couple se lance plus franchement dans la restauration avec un premier établissement italien. Sa nouveauté : un plat algérien à découvrir tous les jours, et le constat est vite fait : « J’ai remarqué que les plats algériens étaient très demandés, donc je me suis dit pourquoi ne pas tout miser sur la cuisine traditionnelle algérienne ».

La naissance de Kasbah Café

L’opportunité se concrétise en 2021, lorsque les Fekraoui trouvent un local à Sunnyside (Queens) à quelques minutes de chez eux. Le nom ? Facile : « On l’a nommé Kasbah Café, en référence au quartier de la Casbah, c’est un monument historique ».

Leur objectif n’était pas le profit financier, comme l’affirme Halim, mais « faire connaître la culture algérienne et montrer qu’on peut exporter la cuisine algérienne et la présenter au monde entier ».

Et pour cela, New York est le lieu idéal ! Dans la ville la plus cosmopolite au monde, il est possible de partager sa gastronomie, transmettre sa culture et son histoire au plus grand nombre.

Très vite, Kasbah Café attire une clientèle qui dépasse largement la communauté algérienne. Les clients affluent de partout, de New York, mais aussi des villes limitrophes, « Long Island et Boston », cite Halim.

Sa grande fierté est de faire de la cuisine algérienne un pan de la culture locale, comme avec ces « Américains qui ne connaissaient pas l’Algérie et qui viennent désormais trois fois par semaine pour demander du kalb el louz ».

Un décor qui raconte l’histoire et la mémoire du pays

La notoriété de Kasbah Café se fait également via les médias, avec des articles dans la presse locale, ou encore un passage sur la chaîne TV ABC11. « Et on a été distingués parmi les 5 meilleurs restaurants du Queens », souligne Halim.

Au-delà de la variété et de la qualité des plats et des desserts, le lieu est pensé comme un espace culturel. L’ambiance est y particulièrement conviviale, et les hôtes prennent plaisir à discuter avec les clients et leur faire découvrir des bouts d’Algérie.

De la musique chaâbi, tergui, gnaoua ou kabyle, un décor marqué par des objets traditionnels, des photos de héros de la Révolution algérienne… L’identité visuelle du restaurant est assurément très marquée.

« La décoration des lieux est un autre point important. On a eu quelques clients Américains et d’autres d’Europe de l’Est qui ont reconnu les Héros de la Révolution, nos héros algériens. C’est une grande partie de l’identité et le caractère de ce restaurant algérien à New York », se targue Halim.

Le restaurant devient même un point de départ vers l’Algérie : des clients ayant particulièrement été touchés ont décidé de visiter notre pays. L’une d’elles est revenue à Kasbah Café avec toute sa famille pour leur faire découvrir le restaurant.

Halim Fekraoui ajoute : « Elle nous a montré des photos de son voyage à Alger, Annaba, Béjaïa, Oran et Ghardaïa ».

Le restaurant accueille le futur maire de New York, Zohran Mamdani

Parmi les moments marquants de l’histoire du restaurant, il est impossible de passer à côté de la visite de Zohran Mamdani, futur maire de New York et premier élu musulman à cette fonction dans la plus grande ville des Etats-Unis.

Comment le maire de New York s’est retrouvé dans ce restaurant algérien ? D’après Halim Fekraoui, l’adresse lui a été recommandée par sa femme, Rama Duwaji, cliente récurrente de Kasbah Café.

« C’est une artiste d’origine syrienne, elle connaît bien l’Algérie et notre culture », confie Halim. C’est donc sur sa recommandation que le futur maire va déjeuner incognito, avec un ami, dans le restaurant algérien.

Halim précise concernant cette visite : « Visiblement, il connaît l’Algérie. Il n’est pas venu pour le travail mais dans un cadre personnel, comme quelqu’un qui admire la culture algérienne ».

Le futur maire de New York a opté pour un couscous traditionnel à l’agneau, de la galette et du hmiss, la célèbre salade de poivrons grillés. Un repas 100 % algérien qui le conquiert !

« Ma femme est l’une de vos clientes. Il y a bien longtemps que je voulais venir. J’ai bien aimé, ce que vous faites est très bon. Je reviendrai »,aurait alors exprimé Zohran Mamdani.

Des projets ambitieux pour l’avenir

En parallèle de ce succès fortuit, le couple souhaite désormais s’étendre dans un local plus grand. « L’objectif est de conserver la partie restaurant et de rajouter une sorte de boutique pour vendre des produits algériens ».

Kasbah Café est effectivement déjà un lieu de découverte des produits du pays. L’enseigne n’hésite pas à offrir de petits présents, comme l’huile d’olive algérienne, pour faire découvrir l’Algérie. Certains clients reviennent spécialement pour ça.

Pour Halim, son objectif de membre actif de la diaspora est clair : « Ma mission est de participer à la création d’un véritable marché des produits algériens à New York, des produits qui n’intéresseront pas que la communauté algérienne ».

Une intention qu’il espère commune à tous les Algériens de l’étranger avec un dernier message. « Donnez une bonne image de l’Algérie, vous portez un peuple, une culture, un pays entier. Et il est possible de faire connaître nos produits algériens partout dans le monde, il suffit de travailler », conclut-il.

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