Politique

La justice, une question hyper sensible pour l’armée

Le ministère de la Défense nationale (MDN) a réagi promptement aux soupçons exprimés par la presse de l’existence de pressions sur l’appareil judiciaire dans le traitement des affaires de corruption.

Plus précis, le MDN cite les interprétations faites par certains titres, sans les nommer, de l’allocution du chef d’état-major prononcée hier lors de sa visite dans la première région militaire.

« J’ai appelé l’appareil de la justice, dans mes interventions précédentes, à accélérer la cadence des poursuites judiciaires concernant les affaires de corruption et de dilapidation des deniers publics et de juger tous ceux qui ont pillé l’argent du peuple. Dans ce contexte, précisément, je valorise la réponse de la justice quant à cet appel qui représente un volet important des revendications légitimes des Algériens, ce qui permettra de rassurer le peuple que son argent pillé sera récupéré par la force de la loi et avec la rigueur requise », avait déclaré Ahmed Gaïd Salah.

Beaucoup d’analystes de la presse nationale en ont déduit que les dernières poursuites judiciaires engagées à l’encontre de certains hommes d’affaires avaient fait suite à cet appel auquel il fait référence.

Pour le MDN donc, de telles interprétations sont « malintentionnées » et « diffamatoires ». Cela démontre le caractère sensible de la question pour les responsables de l’armée qui se sont retrouvés au-devant de la scène pendant cette période de transition.

Le commandement de l’ANP, qui a tenu à ne pas déborder « le cadre constitutionnel » pour le règlement de la crise et a toujours réaffirmé qu’il ne fait qu’accompagner le processus de transition, se retrouve subitement soupçonné d’une ingérence dans les affaires de la justice, au mépris de la même constitution qui consacre la séparation des pouvoirs.

La réaction prompte de l’armée est de ce point de vue compréhensible, d’autant plus que dans le contexte actuel et vu l’identité de certains personnages poursuivis, de telles conjectures peuvent aisément déborder sur d’autres, plus graves, comme les velléités de règlement de comptes claniques.

Il est donc du droit, voire du devoir de l’armée de récuser de telles lectures qui lui prêtent un débordement de ses prérogatives et une tutelle sur une institution censée être souveraine.

Sauf que, comme le souligne le communiqué même du MDN, il s’agit d’« interprétations ». Des interprétations peut-être hâtives certes, mais qui trouvent leur fondement dans la simultanéité entre l’appel lancé par le chef d’état-major à la justice et l’enclenchement de nombreuses procédures visant des hommes politiques et des chefs d’entreprises, certains proches de l’ancien président, d’autres non.

Même si parler d’injonctions sans preuve formelle est inopportun, un tel appel pouvait être interprété comme une forme de pression indirecte, quand bien même elle serait involontaire, au vu du poids de l’institution militaire sur la scène nationale.

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