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La natalité en Algérie, une « singularité internationale » porteuse de risques

La croissance de la natalité en Algérie, qui s’est établie à 1,1 million de naissances en 2016 contre 580.000 au début des années 2000, constitue une « singularité internationale », affirme Laurent Chalard, géographe-consultant et membre du Think Tank European Centre for International Affairs dans un entretien accordé, ce mardi 21 novembre, à Atlantico.

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Selon lui, « le pays semble déroger au schéma de la transition démographique, qui repose sur le passage progressif d’une forte natalité et mortalité à une faible natalité et mortalité ». Si l’Algérie suit bien le modèle dans l’évolution de la mortalité, « pour la natalité, ce n’est pas le cas », indique M. Chalard.

« Après une chute accélérée dans les années 1980-1990, faisant passer la fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990 à 2,4 enfants par femme en 2000, la fécondité s’est mise à remonter brusquement, progressant régulièrement et dépassant les 3 enfants par femme depuis 2012 », explique le géographe qui affirme qu’il s’agit d’une « évolution qui ne se constate nulle part ailleurs, si ce n’est dans le cas très particulier d’Israël dans un contexte géopolitique de ‘’guerre démographique’’ avec les Palestiniens ».

Laurent Chalard explique cette singularité algérienne par le fait qu’elle soit « le produit d’un événement conjoncturel », à savoir « la guerre civile (1991-2002) et ses conséquences démographiques » : « S’il n’y avait pas eu de guerre civile, la fécondité ne serait probablement jamais descendue aussi bas (2,4 enfants par femme en 2000), restant constamment au-dessus de 3 enfants par femme », estime le spécialiste.

Conséquences potentiellement négatives

L’évolution démographique singulière en Algérie pourrait potentiellement avoir des conséquences « qui peuvent s’avérer positives ou négatives, même si ces dernières semblent largement l’emporter », estime M. Chalard.

La poursuite d’une croissance démographique soutenue permettra à l’Algérie de probablement « devenir plus peuplée que la France à terme et à en faire la puissance démographique dominante du Maghreb », renforçant son poids géopolitique, et de disposer d’une population jeune qui, « lorsqu’elle est bien canalisée, est source d’innovations, en particulier sur le plan économique ».

Néanmoins, la poursuite d’une croissance démographique soutenue entraîne plusieurs éléments négatifs, en premier ordre le risque sur les ressources alimentaires. « Si la nature algérienne devrait potentiellement permettre de nourrir les quelques dizaines de millions d’habitants supplémentaires prévus, en l’état actuel du niveau de développement de l’agriculture algérienne, cela risque d’être compliqué, étant donné les difficultés à atteindre l’auto-suffisance », estime Laurent Chalard, qui considère en outre qu’une telle croissance générera des tensions sur le marché de l’emploi.

« Dans un contexte de chômage de masse endémique, qui n’apparaît pas dans les statistiques officielles, et de faible création d’emplois, en particulier dans le secteur privé, les perspectives de trouver un emploi dans le futur aux générations pléthoriques est mal engagé », affirme le géographe pour qui, par ailleurs, « jeunesse pléthorique » rime avec « instincts révolutionnaires au moment de l’entrée de l’âge adulte, qui plus est si la situation économique et/ou politique n’est pas à la hauteur des ambitions des jeunes générations », estime-t-il

Avant de conclure : « Les années 2030 risquent d’être assez mouvementées si l’Algérie ne décolle pas enfin économiquement d’ici là ».

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