Politique

La promesse de l’armée

Il faut lire jusqu’au bout le communiqué de l’armée publié hier, avant la « reddition » de Bouteflika. Tout en adressant l’ultime sommation au chef de l’État encore accroché à des chimères, le général Ahmed Gaïd-Salah qui se présente comme un « enfant du peuple » fait une promesse : « Nous soutiendrons le peuple jusqu’à ce que ses revendications soient entièrement et totalement satisfaites ».

En fait, il y a une revendication majeure résumée par le slogan « système, dégage ». Bouteflika est la vitrine de ce système qu’il a largement contribué à façonner depuis Oujda. Personnellement dégagé, le système ne va pas se laisser démanteler aisément malgré cette communion sans précédent entre le peuple et l’armée.

En attendant le démantèlement du système, le général Gaïd-Salah peut déjà s’atteler à défaire l’héritage du président démis. Bouteflika a verrouillé la succession de sorte que la transition ne peut se faire que sous la forme qu’il a lui-même prévue : sous la conduite d’Abdelkader Bensalah, du gouvernement de Nouredine Bedoui et sous la supervision du président du Conseil constitutionnel Tayeb Bélaïz.

Or ces trois pôles du pouvoir font l’objet de contestation. Bensalah, en raison de ses origines marocaines qu’il conteste sans éteindre la polémique, mais aussi de sa grande implication dans la gestion de toute la période Bouteflika. Le gouvernement de Bédoui, en raison de sa nomination après les doutes exprimés par Gaïd-Salah sur la vacance du pouvoir et la séquestration du sceau de la République par les forces « anti-constitutionnelles ». Bélaiz en raison de son illégitimité. En fait, il n’aurait jamais dû succéder à Mourad Medelci puisqu’il avait déjà présidé la plus haute juridiction. Un poste qu’on n’occupe qu’une seule fois. Mais avec Bouteflika le fait du prince vaut tous les textes.

L’article 102 aura été utilisé en partie à obtenir le départ du président de la République. Le chef de l’état-major a évoqué aussi l’article 7 qui fait du peuple la source du pouvoir. Mais à situation exceptionnelle réponse exceptionnelle. Celle-ci pourrait se trouver en dehors de la loi fondamentale.

En 1992, après la vacance de l’Assemblée nationale, la démission de Chadli Bendjedid et le refus d’Abdelmalek Benhabyles, président du Conseil constitutionnel, il y eut la création de l’HCE. Sauf qu’à l’époque le gouvernement de Sid Ghozali était resté en place. Si les « 3 B » (Besalah, Bedoui et Belaiz) devaient pour une raison ou une autre renoncer à leurs fonctions le vide constitutionnel mettra le général Gaïd-Salah en première ligne. Il s’appuiera sur une présidence collégiale ou un gouvernement d’union nationale.

Écoutons-le encore : « Nous réitérons encore une fois que notre démarche pour trouver une solution à cette crise émane exclusivement et strictement de notre allégeance envers la Patrie et uniquement la Patrie, car nous croyons fermement en la capacité du peuple algérien à surpasser les crises aussi graves qu’elles puissent être grâce à ses référents historiques et civilisationnels ainsi qu’à ses ressources humaines imprégnées de patriotisme et parce que nous sommes convaincus qu’aussi longtemps qu’une personne vive, elle est appelée à disparaître un jour, mais la patrie vivra éternellement ».

Il y a là comme un serment de ne pas s’accrocher au pouvoir, à l’instar de Bouteflika qui vient d’être éjecté par une lucarne. Il doit maintenant tenir sa promesse.

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