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La redistribution de la rente pétrolière prend plusieurs formes

L’industrie automobile en Algérie s’apprête à connaître une véritable bousculade avec l’autorisation d’une quarantaine de concessionnaires à se doter d’usines d’assemblage de véhicules de tourisme, d’autocars, d’engins de travaux publics et même de mobylettes.

Quelle est donc la taille de la demande algérienne pour avoir autant d’intervenants durant les prochains mois ?

Le gouvernement, qui a, dans un premier temps, retenu une liste de 10 opérateurs, n’a pas donné d’explication sur cette subite revue à la hausse du nombre des concessionnaires.

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Sont-ils tous qualifiés à intervenir dans une industrie qui exige un grand savoir-faire, de la maîtrise technique, de la rigueur et qui est soumise à une forte concurrence à l’international ?

A-t-on élaboré une étude prospective pour savoir si le marché algérien a la capacité de contenir la production de 40 intervenants ?

A-t-on pensé aux difficultés de pénétrer les marchés extérieurs à moyen terme ? Qu’en est-il de la sous-traitance ?

La liste des 40 sera, sans doute, validée par le Conseil national d’investissement (CNI). Une institution qui existe depuis 2006 et qui ne fait aucun effort de communication.

« L’action de ce Conseil s’exerce désormais en matière de décisions stratégiques relatives à l’investissement et en matière d’examen des dossiers d’investissement présentant un intérêt pour l’économie nationale », est-il précisé sur le site du ministère de l’Industrie et des Mines .

Marche arrière

La validation ne doit-elle pas être annoncée et motivée publiquement puisqu’il s’agit « d’une décision stratégique » ?

En économie, les décisions administratives prises au niveau du gouvernement ont toujours eu des conséquences désastreuses quand elles sont éloignées des réalités du terrain et qui n’ont pas été étudiées.

Visiblement, la redistribution de la rente prend plusieurs formes alors que les réserves de change fondent comme neige au soleil et que l’économie algérienne, déstabilisée par l’effondrement des cours pétroliers, peine à trouver une direction sereine avec des objectifs précis à moyen terme et des choix clairs à court terme.

Le gouvernement a fait également marche arrière en matière de limitation d’importation après avoir fait campagne pour réduire les achats en extérieur dans un souci d’économie de la devise et d’encouragement de la production nationale.

Il vient, dans la discrétion totale, d’autoriser de nouveau l’importation de la céramique, faisant le bonheur des importateurs et des producteurs espagnols qui, ces derniers mois, n’avaient pas cessé d’exprimer leurs inquiétudes auprès de leurs autorités après la fermeture partielle du marché algérien, rappelant l’épisode de producteurs français de pommes qui avaient fait pression pour continuer à exporter ce fruit vers l’Algérie.

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Plus d’une centaine d’opérateurs algériens ont reçu l’autorisation d’importer de nouveau la céramique. Il n’existe aucune indication sur la quantité qui sera importée ni sur les montants qui seront dégagés pour cette opération de commerce extérieur. Y a-t-il un besoin particulier qui justifie le non-respect des barrières imposées par les pouvoirs publics ?

Appel des céramistes algériens

Parallèlement, l’Association des céramistes algériens (ACA) a lancé un appel, ces derniers jours, au premier ministre Ahmed Ouyahia sur l’interdiction d’importation d’intrants.

Ce qui menace de freiner durablement la production locale. L’ACA a parlé de situation alarmante. « La décision du ministère du Commerce d’inclure des matières premières de la céramique (frites et engobe) dans la liste des produits interdits à l’importation est la cause de cette situation alarmante », a écrit l’ACA dans l’appel publié par les journaux nationaux.

Invité d’Ennahar TV, Lyes Ferroukhi, directeur de cabinet du ministre du Commerce, a indiqué, dernièrement, que la liste globale des produits interdits d’importation n’a pas été établie d’une manière aléatoire.

« Nous avons pris en compte l’avis des producteurs qui nous ont assuré que ces produits sont fabriqués en Algérie en quantité suffisante et en qualité acceptable. Mais, le tarif douanier algérien à dix chiffres peut comporter plusieurs produits de la même famille. Dans cette famille, peuvent se trouver des produits qui ne sont pas fabriqués en Algérie mais qui sont interdits d’importation. Nous appelons cela un dégât collatéral. Actuellement, nous avons reçu des requêtes à propos de dix produits qui posent problème », a-t-il expliqué.

Il n’a pas écarté la possibilité de retirer un produit de la liste d’interdiction d’importation lorsqu’il n’a pas d’existence sur le marché algérien.

La liste des 851 produits sera, selon lui, modifiée en cours d’année (vers la fin mars). Seulement voilà : suspendre l’importation de la matière première nécessaire à la filière nationale de céramique et autoriser, en même temps, l’importation de la céramique espagnole est-il le meilleur moyen d’encourager la production algérienne ?

Quelle économie de la devise ?

Selon Lyes Ferroukhi, l’Algérie va économiser deux milliards de dollars sur une année, après la suspension d’importation de 852 produits.

Or, selon Mohamed Loukal, gouverneur de la Banque d’Algérie, les importations de l’Algérie ont connu une légère baisse en 2017, passant de 49,4 milliards de dollars, en 2016, à 48,7 milliards de dollars, fin 2017.

Autrement dit, les importations, en valeur, n’ont baissé que de 700 millions de dollars, un montant insignifiant comparé au montant global enregistré en 2017. Et quel est donc l’intérêt d’établir une liste de 851 produits interdits d’importation pour ne gagner que 2 milliards de dollars en fin d’année ?

Pourquoi cette liste n’a pas été élargie à d’autres produits, comme les cosmétiques, les confiseries, les parfums et certains produits plastiques par exemple, qui sont toujours présents sur le marché pour limiter efficacement les importations toujours aussi importantes, selon les chiffres de la Banque d’Algérie ?

Ce n’est pas la baisse de 15 euros de l’allocation touristique (qui passe à 100 euros) qui va améliorer le gain de la devise.

Le ministère du Commerce table sur la hausse des droits de douanes pour 129 sous-positions tarifaires (introduite dans la loi de finance 2018) et l’élargissement de la liste des produits soumis à la TIC (Taxe intérieure de consommation) pour freiner le mouvement de l’importation en décourageant l’acte d’achat en extérieur. La surtaxe sur les produits complique la vente sur le marché local. En théorie.

L’organisation du commerce extérieur prendra visiblement beaucoup de temps. Le gouvernement aura-t-il la force politique et opérationnelle de dépasser et de vaincre le poids des lobbys pour limiter la saignée de la devise ? Et comment faire pour rompre avec la culture de la rente ? Questions ouvertes.

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