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La rue a tranché : le système Bouteflika est fini et la transition c’est maintenant

La rue a tranché : le système Bouteflika est fini et la transition c’est maintenant

Pour le troisième vendredi consécutif, les Algériens sont descendus ce 8 mars dans la rue pour manifester contre le cinquième mandat du président Boutefika et contre tout ce que cette candidature surréaliste peut symboliser.

Ils étaient plusieurs millions à travers les 48 wilayas du pays à avoir participé à cette nouvelle journée de manifestations. Les manifestants ont rivalisé d’imagination, dans le comportement et dans le choix des slogans, pour faire de cette nouvelle journée un exemple de mobilisation pacifique qui fait l’admiration du monde entier.

Il y a un enseignement et une conclusion à tirer de cette nouvelle journée de mobilisation : les manifestations sont pacifiques et les Algériens sont déterminés à faire respecter leur volonté. Il y aura encore des manifestations dans les jours et les semaines à venir, sans doute chaque fois plus impressionnantes, jusqu’à ce que le pouvoir cède et que la parole revienne au peuple souverain.

Les partisans du président peuvent avancer tous les arguments qu’ils souhaitent -personne ne peut empêcher un Algérien d’être candidat à la présidence, le président se porte bien malgré la maladie…- et faire toutes les promesses qu’ils imaginent, y compris les plus surréalistes -l’organisation d’élections anticipées juste après la présidentielle-, ils restent inaudibles. Tellement de promesses ont été faites par le passé, avec toujours le même résultat : elles n’ont jamais été tenues.

Certes, le pouvoir n’a pas réprimé les manifestations de ce vendredi, comme les précédentes. La police a usé de gaz lacrymogènes seulement quand les manifestants ont tenté d’atteindre la présidence de la République. Il n’y a rien de choquant dans cette réaction des forces de l’ordre. Un assaut sur la Présidence est inutile et il risque de donner des arguments à ceux qui n’attendent que le moindre dérapage pour réprimer dans le sang.

Mais l’absence de répression ne constitue pas une réponse durable aux demandes des manifestants. Ces derniers, au regard de leur nombre impressionnant, sont en droit d’attendre des réponses concrètes de la part du pouvoir. Il y a eu la lettre de Bouteflika annonçant des réformes et une élection présidentielle anticipée. Mais elle est déjà dépassée. Les Algériens ont dit non dans la rue. Le pouvoir devra maintenant formuler une nouvelle proposition, plus sérieuse et plus réaliste.

Les partisans du président le savent : tenir l’élection présidentielle dans ces conditions est presque impossible. À moins de courir le risque de provoquer une confrontation entre Algériens dans la rue, l’Alliance présidentielle aura du mal à tenir ses meetings. Les autres candidats ne seront pas mieux accueillis. On l’a vu ce matin : Ali Ghediri a pu mesurer à quel point le maintien de sa candidature était impopulaire. Il a été empêché de participer à la manifestation aux cris de « dégage, dégage… ».

Dans ce contexte, il reste une ultime option : reporter l’élection présidentielle et engager dès maintenant le processus de transition promis par le chef de l’État pour l’après-18 avril. Sur le papier, l’idée est séduisante. Elle permettra de répondre aux attentes de la population et constituera pour le pouvoir une porte de sortie acceptable -il peut revendiquer la paternité de l’idée d’une conférence nationale.

Mais il restera une inconnue : comment sera conduite cette transition ? Les partisans du pouvoir verraient bien un processus mené par l’actuel chef de l’État. Une idée qui a très peu de chances d’être acceptée par la rue. Pour cette dernière, le règne de Bouteflika est déjà terminé. Il doit passer le flambeau et laisser les Algériens gérer leur transition.

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