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La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni était mercredi à Alger et le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares y est attendu ce jeudi. La question du gaz est au cœur de ces visites.
L’économiste Brahim Guendouzi décrypte dans cet entretien à TSA les nouveaux enjeux gaziers liés à la crise au Moyen-Orient, et comment l’Algérie peut en tirer profit.
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Il pointe la mémoire courte de l’Union européenne qui n’a pas hésité à aller à l’arbitrage après un simple différend commercial, oubliant le rôle joué par l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements en énergie après la guerre en Ukraine.
La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a effectué mercredi une visite à Alger principalement pour le gaz, et le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares y est attendu ce jeudi pour le même motif. L’Europe se tourne une nouvelle fois vers l’Algérie pour sécuriser ses approvisionnements en énergie. Comment l’Algérie peut-elle tirer profit de cette situation ?
Le contexte géopolitique actuel exacerbé par la guerre qui se déroule au Moyen-Orient met en évidence la redéfinition profonde des modes d’approvisionnement en gaz naturel.
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Les enjeux de sécurité et de diversification des sources des pays européens sont majeurs en raison de la forte vulnérabilité énergétique de l’Union européenne.
Avant que les tensions géopolitiques ne s’accentuent, particulièrement depuis la crise russo-ukrainienne, l’Algérie a eu à s’assurer des débouchés pour son gaz naturel grâce à la réalisation de trois gazoducs, dont deux sont aujourd’hui opérationnels.
Il s’agit du gazoduc TransMed « Enrico Mattei », qui relie l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, avec une capacité pouvant atteindre jusqu’à 31 milliards de M³ par an.
Le second est le Medgaz qui va directement vers l’Espagne, avec une capacité de 10 milliards de M³ par an.
Le marché gazier ayant fortement évolué, de régionalisé à mondialisé, l’Algérie se doit de redéfinir sa stratégie gazière en tenant compte évidemment du fait que l’Europe demeure un importateur majeur.
Aussi, faudrait-il se contenter des contrats de long terme dans le cadre des gazoducs, ou bien intégrer une forte proportion du gaz naturel liquéfié (GNL) et s’impliquer plus sur les marchés spots européens comme celui du TTF (Title Transfert Facikity) des Pays-Bas.
Il ne faut pas perdre de vue qu’un grand nombre de pays européens se sont déjà dotés de stations de regazéification puisque le GNL américain, qatari (avant la crise du Moyen-Orient), norvégien ou russe, alimentent la demande européenne.
D’où la nécessité pour l’Algérie de consolider sa position de fournisseur stratégique de gaz naturel de l’Europe aussi bien à partir des gazoducs que par des quantités de plus en plus importantes de GNL, pour bénéficier des nouveaux prix rémunérateurs.
La montée en puissance du commerce du GNL met sous pression les mécanismes d’indexation des prix du gaz au prix du pétrole brut applicables sur les contrats de long terme dans le cadre des livraisons par gazoducs.
Au demeurant, les deux principaux clients de l’Algérie que sont l’Italie et l’Espagne veulent surtout se rassurer sur la stabilité des livraisons, notamment la disponibilité de quantités supplémentaires pour satisfaire une demande mise sous tension en raison de l’arrêt momentané des ventes de GNL à partir du Qatar.
L’Europe va-t-elle enfin cesser de regarder l’Algérie comme une simple pompe à gaz qu’elle sollicite quand elle est dans le besoin pour s’engager dans une coopération bénéfique avec des investissements ?
En premier lieu, l’Algérie dispose d’atouts majeurs en tant que pays exportateur de gaz naturel : la proximité géographique avec l’Europe et donc les coûts logistiques, des infrastructures flexibles (gazoducs et GNL) et une réputation de fournisseur fiable.
Dans le contexte actuel de crise géopolitique et de sécurité des approvisionnements en énergie, l’Algérie est en droit de ne plus s’en tenir à la seule dimension commerciale des contrats gaziers, pour intégrer carrément la qualité stratégique et la coopération entre les États.
Cette démarche est déjà enclenchée avec l’Italie puisqu’un partenariat stratégique existe actuellement. Il ouvre la perspective à l’investissement dans divers domaines en Algérie de la part des firmes italiennes (automobile, agro-alimentaire, etc.).
Ce partenariat est appelé à s’approfondir plus du fait de l’existence d’une volonté politique entre les responsables des deux pays ainsi que du partage d’une vision commune depuis de longues années.
Inversement, avec l’Espagne, le caractère commercial est prédominant dans les relations liées à l’approvisionnement énergétique de la péninsule ibérique, sans que des projets stratégiques impliquant les opérateurs économiques des deux pays dans d’autres secteurs d’activités soient à l’ordre du jour.
Il est utile de rappeler que l’Union européenne avait pris l’initiative de recourir à la procédure d’arbitrage portant sur quelques contentieux commerciaux, et a oublié les positions claires et constantes de l’Algérie au moment le plus fort de la crise ukrainienne en 2022, puisqu’elle a montré toute sa disponibilité sur le plan énergétique pour garantir la sécurité des approvisionnements des pays de l’UE en gaz naturel.
La guerre en Ukraine et la crise au Moyen-Orient replacent l’Algérie comme acteur incontournable sur le marché énergétique mondial. Sa production actuelle lui permet-elle d’augmenter considérablement ses livraisons ?
Le dilemme de l’Algérie est au niveau de sa consommation intérieure qui absorbe un peu plus de la moitié de sa production de gaz naturel qui se situe aux alentours de 112 milliards de M³ par an.
L’arbitrage pour augmenter les volumes de gaz naturel vers l’exportation s’avère difficile à faire. D’autre part, l’entreprise publique Sonatrach prévoit un programme ambitieux d’investissements en amont pour mettre en valeur de nouveaux champs gaziers et porter la production à 130 milliards de M³ par an à l’horizon 2030.
L’Algérie investit, par ailleurs, dans un autre créneau, celui de l’hydrogène vert, dans le cadre de la transition énergétique. C’est à ce titre que le projet structurant SoutH2 agréé par l’UE engage en commun l’Algérie avec l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, en vue de développer une capacité exportable d’hydrogène vert destiné au processus de décarbonation des industries européennes. Là également, l’Algérie s’avère être un partenaire énergétique fiable pour l’ensemble des pays partenaires.