Économie

L’Algérie serre les vis aux géants pharmaceutiques

En Algérie, certaines grandes firmes pharmaceutiques, qui profitent du marché tout en rechignant à investir dans la production localement, sont dans le collimateur du gouvernement.

Après avoir dénoncé, le 1er mars dernier, un gros scandale de surfacturation de médicaments qui a eu lieu en 2019, le ministre de l’Industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmed, a jeté ce mercredi 27 avril un autre pavé dans la marre des grands laboratoires pharmaceutiques présents en Algérie.

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Il a accusé gravement le géant danois Novo Nordisk de pratiques douteuses dans l’approvisionnement du marché algérien en insuline. Après avoir obtenu fin 2021 des autorités algériennes un programme d’importation pour 2022 de trois millions d’unités pour l’insuline Novorapid , Novo Nordisk a eu un comportement étrange.

« Novo Nordisk a obtenu pour 2022 un programme d’importation de trois millions d’unités fin 2021. Mais, il ramenait de petites quantités, 100.000 à 200.000 boîtes par mois », a révélé le ministre dans un entretien à Santé News. Poursuivant, il a reproché au géant danois de « créer des tensions qui peuvent provoquer une certaine peur chez les patients et les médecins ».

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« Ils vont chez les médecins pour effrayer les malades et leur faire croire qu’il y aura des perturbations sur le marché et qu’ils ne pourront plus trouver leurs produits », a encore accusé le ministre qui a donné une explication au comportement de Novo Nordisk, dont l’Algérie est l’un des plus importants marchés dans la région Mena. « Nous leur avons baissé les prix de 20 % », précise Lotfi Benbahmed dans une déclaration à TSA.

Les services de son ministère ont découvert en effet que Novo Nordisk, ainsi que d’autres laboratoires étrangers, vendent plus cher leurs produits à l’Algérie comparativement aux prix qu’ils pratiquent par exemple  avec la Tunisie, selon Lotfi Benbahmed.

Un projet de loi pour pouvoir sévir

« Les prix de l’insuline de Novo Nordisk en Algérie étaient plus élevés par rapport à ceux pratiqués avec la Tunisie. Nous avons donc baissé les prix (de l’importation) en fonction de ceux de la Tunisie et nous avons réduit la facture d’importation des médicaments en général », a expliqué le ministre, qui propose une disposition dans le cadre de la loi de finances qui permettra au gouvernement de sévir contre les laboratoires pharmaceutiques, coupables de pratiques spéculatives.

Ce genre de sanctions financières ont été mises en place depuis des années en Europe contre les laboratoires pharmaceutiques qui sont défaillants dans leurs engagements à assurer la disponibilité de leurs produits, rappelle-t-il.

« Nous allons introduire la possibilité de sanctionner financièrement les laboratoires pharmaceutiques présents en Algérie. Actuellement, seules les sanctions administratives sont possibles », explique-t-il.

En Algérie, Novo Nordisk n’est pas seulement accusé de pratiques douteuses et de vendre son insuline plus cher qu’en Tunisie, mais il lui est aussi reproché de traîner des pieds depuis des années dans le projet de production de ce produit stratégique, dans le cadre d’une joint-venture avec le groupe public Saidal. Un projet vieux de 20 ans qui tarde à voir le jour.

« L’insuline est un produit stratégique pour l’Algérie. Nous voulons le produire localement afin d’assurer notre indépendance. C’est une question de souveraineté sanitaire », affirme Lotfi Benbahmed.

Mais Novo Nordisk préfère pour le moment importer que de produire de l’insuline en Algérie.

« La production de l’insuline en Algérie nous permettra de faire une économie d’au moins 30 % sur ce produit et permettra de sécuriser l’approvisionnement pour nos malades diabétiques », indique M. Benbahmed pour souligner l’importance du projet de produire l’insuline en Algérie.

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