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L’ascension discrète d’Ismael Bennacer

Mine de rien, il est le meilleur dribbleur d’Europe ! Ismael Bennacer est de la race de ces joueurs qui gravissent les marches sans faire de bruit. En Egypte, en juillet dernier, on attendait, sur le podium des meilleurs joueurs de la CAN, des noms affirmés comme Mohamed Salah qui évoluait de surcroît chez lui, le Sénégalais Sadio Mané ou l’autre Algérien Ryad Mahrez, mais c’est le joueur du très modeste club italien d’Empoli qui mettra tout le monde d’accord par ses prestations.

La concurrence était pourtant rude. Les deux premiers venaient de gagner la Ligue des champions avec Liverpool et le troisième le championnat d’Angleterre avec Manchester. Bennacer, lui, sortait d’une saison ratée sur le plan collectif avec la relégation de son club à l’issue du championnat. Il pouvait même s’estimer chanceux d’être retenu pour la CAN par le coach de l’Algérie, Djamel Belmadi, tant les sélectionneurs précédents n’avaient que très peu misé sur lui.

Pour l’édition précédente en Guinée équatoriale, et alors qu’il jouait pour le club anglais d’Arsenal, il avait été convoqué en catastrophe pour remplacer Saphir Taider, blessé. Il grappillera quelques minutes de jeu, sans plus.

Avant la CAN 2019, il avait à son palmarès une petite dizaine de capes chez les Verts, qu’il a choisis en 2016 au détriment du Maroc qui avait tout fait pour l’avoir (il est né en France de père marocain et de mère algérienne). Lorsqu’il est prêté à Tours, un club français de deuxième division, en janvier 2017, puis vendu à Empoli en septembre, beaucoup avaient conclu à la fin de son passage dans le très haut niveau. Mais même chez le petit club italien, ses prestations sont régulières et son apport au milieu de terrain est impressionnant. Et il a fallu l’œil connaisseur de Djamel Belmadi pour le constater.

Le 23 juin 2019, l’Algérie entame sa CAN face au Kenya. Ismael Bennacer est titulaire et beaucoup font la moue. Mais il sera l’artisan de la victoire des Verts et désigné homme du match. Depuis, il ne sera pas qu’un titulaire à part entière, mais un indispensable. Lors du troisième match face à la Tanzanie, Belmadi a fait reposer tout le groupe, sauf Bennacer. Celui-ci sera d’ailleurs le seul joueur de champ à jouer l’intégralité des sept matchs de la CAN.

A la fin du tournoi, l’Algérie est championne et Bennacer meilleur joueur de la compétition. Son retour dans le haut niveau va se faire plus vite que prévu.

Un « pitbull » qui sait aussi dribbler

Direction le Milan AC, qui n’a rien de l’ogre européen qu’il était, mais qui reste un nom qui force le respect. Mais il ne sera que peu utilisé. La venue en octobre de Stefano Pioli qui, disait-on, admirait beaucoup Bennacer qu’il aurait tenté de recruter lorsqu’il entraînait la Fiorentina, n’arrangera pas les choses pour l’Algérien qui n’a joué que sept matchs depuis le début de la saison, dont le dernier choc face à la Juventus (défaite de Milan 1-0).

Même s’il ne joue pas souvent, les techniciens et journalistes italiens sont unanimes à trouver qu’il passe par l’inévitable « phase d’adaptation » et qu’il est en tout cas « sur la rampe de lancement ». En plus de toutes ses qualités, Bennacer est un bosseur.

«Je n’ai jamais vu un garçon travailler comme lui. J’en ai vu des mecs “carbo” le matin et l’après-midi aller se reposer un peu. Lui, jamais. C’était un fou le petit, un vrai pitbull », témoigne Gilles Grimandi, ancien recruteur d’Arsenal.

Tous sont convaincus que son heure viendra. En attendant, son apport a peut-être échappé au public, mais pas aux statisticiens qui scrutent et comptabilisent les moindres gestes des joueurs sur le terrain. Ils viennent de le créditer de 92% de dribbles réussis, soit le meilleur taux parmi tous les joueurs des grands championnats européens qui tentent plus de vingt dribbles par matchs.

Meilleur, cela signifie qu’il a grillé la politesse aux plus grands spécialistes en la matière, Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Neymar, pour ne citer que les méga-stars du moment.

A seulement 22 ans, le meilleur est sans doute à venir pour le joueur algérien qui progresse avec humilité et discrètement. Si discrètement qu’il ne marque presque jamais. Son compteur avec Milan et l’équipe nationale est encore vierge. Il aurait pu marquer le but du siècle dans les dernières minutes de la demi-finale de la CAN face au Nigeria, mais son tir rageur, après une série de quinze passes successives, s’est écrasé sur la barre.

Il était sans doute écrit que c’est Riyad Mahrez, un habitué des projecteurs, qui qualifiera les Verts en finale sur un coup franc magique à la dernière seconde…

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