
L’Iran a tenu bon dans la guerre que lui ont mené Israël et les États-Unis depuis le 28 février dernier jusqu’au cessez-le-feu conclu entre Téhéran et Washington ce mercredi 8 avril.
Cette capacité de résilience est une surprise pour le monde entier, sauf pour ceux qui connaissaient les capacités scientifiques que ce pays du Moyen-Orient a développées pendant les longues années d’embargo.
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Il se trouve même des analystes qui estiment que c’est précisément la montée scientifique et technologique de l’Iran qui a motivé la guerre.
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Pourquoi l’Iran fait peur à Israël
Israël, estime-t-on, est agacé par la progression continue de la maîtrise iranienne et non par une prétendue menace existentielle que ferait peser Téhéran sur lui, comme soutenu par la communication de Washington et de Tel-Aviv.
Ceux qui ont cette vision du conflit au Moyen-Orient sont confortés par le bombardement qui cible depuis cinq semaines les universités et centres de recherche iraniens.
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“Pourquoi Israël a frappé 21 universités et 154 centres de recherche en un mois”, s’interroge le politologue spécialiste du Moyen-Orient Ahmed Al Hila. Pour lui, la réponse est évidente : l’Iran a pris de l’avance sur les pays de la région, voire sur Israël dans certains domaines, et cela agace Tel-Aviv.
Le ciblage de la capacité scientifique iranienne n’est du reste pas nouveau et n’a pas commencé avec la guerre en cours. Plusieurs scientifiques iraniens de renom, notamment dans le domaine nucléaire, ont été tués ces dernières années par le Mossad israélien dans des attentats ciblés.
La dernière cible des Américains et des Israéliens est un centre de recherche que le ministre des Affaires étrangères iranien a comparé au célèbre MIT, le Massachusetts Institute of Technologies.
“Les agresseurs israélo-américains ont bombardé le MIT de l’Iran. Cette attaque fait suite à d’autres frappes contre des universités”, a tweeté Abbas Araghchi lundi 6 avril.
“Il y a 1 400 ans, le prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) a déclaré que même si le savoir se trouvait dans les lointaines Pléiades, les Iraniens seraient capables de l’atteindre. Les agresseurs vont découvrir notre puissance”, a ajouté le chef de la diplomatie iranienne.
Israeli-U.S. aggressors have bombed the MIT of Iran. This follows attacks on other universities.
1,400 years ago, Prophet Muhammad (PBUH) said that even if knowledge was situated in the distant Pleiades, Iranians would be capable of attaining it.
Aggressors will see our might. pic.twitter.com/Dn3hSCaBNv
— Seyed Abbas Araghchi (@araghchi) April 6, 2026
L’Iran forme autant d’ingénieurs que les États-Unis, plus que la France et l’Allemagne réunies
L’Iran a en effet beaucoup misé sur la science ces dernières décennies. Astreint à un embargo imposé par les Occidentaux, le pays a dû compter sur ses propres ressources et compétences.
L’Iran s’est mis à développer ses autonomies dans plusieurs domaines depuis la fin de la guerre contre l’Irak en 1988, explique Ahmed Al Hila. Un peu à l’image de la Turquie qui a développé seule une industrie de défense performante. Mais ce que fait l’Iran dans le domaine de la recherche, et pas que dans les secteurs de défense, est impressionnant.
“Le pays est classé parmi les 20 premiers au monde en recherche médicale, devant Israël. Il supplante aussi les pays du Moyen-Orient dans la recherche en physique, en chimie et d’autres domaines“, ajoute le politologue.
La force de l’Iran, c’est surtout sa grande capacité à former des ingénieurs dans divers domaines. Ses statistiques sont impressionnantes. Il forme chaque année plus d’ingénieurs que la France et l’Allemagne réunies et autant que les États-Unis et certains n’hésitent même plus à classer la République islamique parmi les leaders mondiaux de la formation scientifique.
Chaque année, des dizaines de milliers d’ingénieurs, parmi “les meilleurs au monde”, viennent renforcer les industries fortes du pays, comme « le missile, le drone, le nucléaire« , mais aussi « la chimie, la biologie, la géologie« , souligne sur BFMTV Emmanuelle Galichet, spécialiste des technologies nucléaires au Conservatoire français des arts et métiers (Cnam).
Les chiffres de l’Unesco sont du reste implacable. Chaque année, l’Iran forme 234.000 ingénieurs toutes spécialités confondues, soit près de la moitié de la Russie, premier mondial avec 500.000 ingénieurs, et presque autant que le deuxième, les États-Unis, qui forment 250.000 nouveaux ingénieurs par an.
Le pays du Moyen-Orient est très loin devant les autres puissances occidentales, comme la France (104.000) ou l’Allemagne (80.000).
Plus inquiétant encore pour ses adversaires, l’Iran excelle particulièrement dans les nanotechnologies qui, selon le média local Teheran Times, ont représenté en 2024 près de 20 % du total des inventions enregistrées dans le pays.
Pour beaucoup, la guerre en cours est aussi, et surtout, destinée à freiner cette expansion scientifique et technologique unique pour un pays du monde musulman. L’Iran n’est pas le pays des Mollahs que certains médias occidentaux décrivent comme obscurantiste et maltraitant les femmes.
C’est surtout un pays qui a investi massivement dans la science et compté sur ses ressources humaines, des choix qui lui ont permis, de développer une industrie de défense capable de tenir pendant 40 jours, contre la plus grande puissance militaire au monde. Grâce à ses scientifiques, l’Iran a pu développer un programme balistique, fabriquer des missiles hypersoniques et des drones en quantité suffisantes.