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Le « 19 mars » ravive les rancœurs en France à l’égard de l’Algérie

Soixante ans sont passés depuis la signature des accords d’Évian, le 19 mars 1962, ouvrant la voie à l’indépendance de l’Algérie après 132 ans de colonisation française.

La commémoration de l’événement ravives passions et rancœurs en France, particulièrement en cette année d’une élection présidentielle marquée par la prédominance des thèmes liés à l’immigration, l’histoire, l’Islam…

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Une élection qui marque aussi la fin d’un mandat présidentiel au cours duquel plusieurs pas ont été faits sur le chemin de « la réconciliation des mémoires », chère au président sortant Emmanuel Macron mais loin d’être partagée par toute la classe politique française.

En Algérie, la date est consacrée légitimement « fête de la victoire » et en France, elle est décrétée depuis 2012 « journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc ».

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Pour l’Algérie et pour la France, le 19 mars 1962 est la date officielle de la fin de la guerre. Ce que conteste une partie de la classe politique française, particulièrement à droite et dans l’extrême-droite, dont les candidats à l’élection présidentielle estiment que la guerre a continué après cette date, mettant en avant les prétendus massacres de harkis et de civils européens.

Le président Macron, dans la continuité de la politique qui a marqué son mandat sur la question de la mémoire, a présidé une cérémonie à l’Élysée au cours de laquelle il a de nouveau plaidé, devant 200 invités représentant toutes les franges de la guerre d’Algérie, pour un « apaisement des mémoires ».

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Dans son discours, Macron a assumé les déclarations et les gestes qui lui valent aujourd’hui les attaques de certains des autres candidats.

« Aujourd’hui, c’est une étape, c’est un cheminement aussi très imparfait, mais c’est un parcours de reconnaissance qui a consisté à mettre fin à des dénis, à des silences (…) J’assume mes gestes, j’assume cette main tendue, le jour viendra où l’Algérie fera ce chemin. C’est sans doute plus difficile pour le peuple et les dirigeants algériens », a déclaré le président français.

Zemmour, Le Pen et Pécresse aux avant-lignes

Pour Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (extrême-droite), parti qui a fédéré pendant longtemps les nostalgiques de l’Algérie française, le 19 mars ne doit pas être commémoré car, selon, elle, des victimes sont tombées après cette date.

« Nous contestons depuis longtemps cette date choisie parce que cette date, qui a été imposée comme la fin de la guerre d’Algérie, n’a pas été la fin de la guerre d’Algérie, car il y a eu des dizaines de milliers de harkis qui ont été sauvagement assassinés », a-t-elle déclaré.

Valérie Pécresse, candidate des Républicains (droite traditionnelle), a abondé dans le même sens, avançant même le chiffre de 80 000 personnes tuées après le cessez-le-feu, s’engageant à « trouver une autre date ».

« On ne peut plus continuer à opposer la mémoire de ceux qui sont morts pour la France durant les combats d’Algérie et d’Afrique du Nord et le souvenir de ceux qui sont tombés ou qui ont disparu, dans des circonstances parfois atroces, après le cessez-le-feu », a-t-elle dit.

Sans surprise, Éric Zemmour s’en est de nouveau pris à Emmanuel Macron pour avoir qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. « Qu’elle impudence. Quelle honte », s’est écrié le candidat dans un meeting électoral, s’engageant à « mettre fin à la repentance ».

Zemmour a évoqué une « guerre atroce, dont nous continuons de subir les effets sur notre sol, à cause de la rancœur que les Algériens portent encore contre nous ».

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