
La sortie du livre “Mohammed VI, le mystère”, du journaliste français Thierry Oberlé, fait s’agiter les lobbyistes du palais royal de Rabat qui tentent de limiter la résonance et les retombées de l’ouvrage en France.
Le journal français Le Canard enchaîné cite, parmi ceux qui s’activent contre le livre, une ministre française en exercice. Il s’agit de Rachida Dati, lobbyiste assumée de son pays d’origine.
A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens
« Le job secret de Dati : dircom du roi du Maroc ! La ministre de la Culture a mis un sévère coup de pression au journal « La Tribune », qui a eu l’insolence de publier une interview de Thierry Oberlé, journaliste un peu trop critique sur Mohammed VI… », écrit le journal satirique sur X.
A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc
Rachida Dati, « dircom de Mohammed VI » en France
Le livre est compromettant pour la monarchie car il raconte la vie privée dilettante de Mohammed VI et ses graves conséquences sur le destin de tout le pays. Il dévoile aussi l’implication de hauts personnages dans des activités criminelles, comme le trafic de drogue.
Le job secret de Dati : dircom du roi du Maroc ! La ministre de la Culture a mis un sévère coup de pression au journal « La Tribune », qui a eu l’insolence de publier une interview de Thierry Oberlé, journaliste un peu trop critique sur Mohammed VI…https://t.co/m2CWkrpn7Y
A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël
— Le Canard enchaîné (@canardenchaine) February 4, 2026
Le journal satirique rapporte dans sa dernière édition qu’après une interview de l’auteur paru dans La Tribune dimanche le 18 janvier, Rachida Dati a appelé le patron du média pour lui signifier sa désapprobation. « Les Marocains ne sont pas du tout contents de votre papier« , lui a-t-elle reproché.
Le Canard rappelle que la proximité de Dati avec Mohammed VI remonte à 2007, lorsque, en tant que ministre de la Justice, elle a accompagné le président Nicolas Sarkozy en visite au Maroc. Elle a fini par devenir “comme un membre de la famille aux yeux du monarque” qu’elle “appelle directement, sans passer par son entourage” alors que “même le chef de la police ne dispose pas de ce privilège”…
La ministre de la Culture a pris ses devants avant même la parution du livre de Thierry Oberlé, ancien grand reporter au Figaro.
Selon le Canard enchaîné, elle a pris attache avec ses amis du groupe LVMH pour “surveiller les médias dont Bernard Arnault est l’actionnaire”.
France : Rachida Dati confond ses rôles de ministre de la Culture et de lobbyiste du Maroc
Le Parisien a publié un tout premier article sur l’ouvrage le 11 janvier mais il l’a supprimé sur Internet pendant 24 heures, officiellement pour “un bug informatique”.
TV5 Monde a enregistré l’auteur mais ne le diffusera que dans les prochains jours. Probablement, soupçonne le Canard, “pour couper ce qui pourrait déplaire en haut lieu”.
Détail important, le Maroc s’apprête à entrer dans le capital de la chaîne, “tout comme le Gabon, autre champion de la liberté de la presse”, ironise le journal satirique français.
“Donner trop de visibilité à ce livre en ce moment reviendrait à mettre le deal de plusieurs millions par terre”, a indiqué un employé de TV5 Monde qui assure avoir rarement été témoin d’une telle “fébrilité”.
Contactée par le Canard enchaîné, Rachida Dati a nié avoir appelé des journalistes au sujet du livre et a assuré qu’elle ne connaissait pas le roi du Maroc. “C’est pourtant bien elle qui lui avait remis, en main propre, la lettre de Macron sur le Sahara occidental à l’été 2024”, rappelle le journal.
La ministre de la Culture n’est pas seule dans cette campagne visant à rendre invisible un livre compromettant pour le roi.
Patricia Goldman, qui a en charge les relations publiques de Kylian Mbappé et de la CAN 2025 pour le compte du Maroc, est aussi mise à contribution.
Le 18 janvier, elle a invité des journalistes français, tous frais payés, au Maroc pour la finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc (1-0).
La femme connait bien le royaume où elle a monté, il y a deux ans, une boîte de communication “avec l’aide d’un proche d’Emmanuel Macron”. “Quand, au mépris du droit international, la France a reconnu la marocanité du Sahara occidental, elle figurait en bonne place parmi les hôtes de Mohamed VI”, souligne aussi le Canard enchaîné.