Politique

Le gouvernement Bedoui, entre tentation populiste et précipitation

Nommé par Bouteflika à la veille de sa démission, le gouvernement Bedoui fait plus que gérer les affaires courantes. Sa mission ad-hoc devait se limiter à la préparation de l’élection présidentielle mais il multiplie les décisions lourdes sur des questions importantes, voire stratégiques dont le futur gouvernement post-transition devra hériter des conséquences.

La dernière décision du genre en date est celle relative à la répartition de quotas d’importation de collections CKD/SKD aux usines d’assemblage de véhicules.

Une décision aux conséquences extrêmement lourdes sur les sociétés concernées, leurs employés et leurs clients, puisque le plafonnement des quantités importées induira inéluctablement celui de la production, donc de l’activité des usines.

Depuis quelques semaines, le gouvernement multiplie les décisions sur des questions qui peuvent attendre. Le 28 mars, Noureddine Bedoui, nommé le 11 du même mois en remplacement d’Ahmed Ouyahia, décidait de mettre fin à la très impopulaire procédure de retrait immédiat du permis de conduire. D’autres mesures « d’apaisement » sont régulièrement annoncées dans plusieurs secteurs, comme la revalorisation des salaires, la confirmation de travailleurs contractuels…

Dans la première semaine du mois en cours, alors que le mouvement de contestation populaire montait en puissance et le pays se trouvait- et se trouve toujours du reste- dans une impasse politique totale, l’Exécutif avait annoncé une autre mesure d’importance que même les gouvernements qui ont géré le pays durant les années de stabilité politique n’avaient pas prise, soit le retour à l’importation des véhicules d’occasion. La décision n’est pas actée, mais elle a été annoncée par de hauts responsables, dont le ministre du Commerce, et elle a fait grand bruit depuis.

L’interdiction de l’importation des véhicules de moins de trois ans d’âge date de l’année 2005. L’objectif recherché derrière sa levée est, tel qu’annoncé officiellement, de provoquer la baisse des prix des voitures assemblées localement, jugés unanimement excessifs et ne reflétant pas le coût réel de production. Il s’agit donc pour le gouvernement d’une manière d’amener les sociétés de montage à revoir leurs marges bénéficiaires.

Le recours aux véhicules d’occasion pourrait aussi contribuer à amortir la facture trop salée de l’importation des collections destinées à l’industrie locale de montage. Mais beaucoup y ont vu une mesure purement populiste destinée à amadouer des franges entières de ceux qui manifestent chaque vendredi contre le système. Quoi qu’il en soit, la levée d’une interdiction vieille de 14 ans ne peut être du ressort d’un gouvernement dont le mandat se limite à expédier les affaires courantes.

Il en est de même pour cette inattendue décision d’introduire des quotas dans l’activité de l’assemblage automobile. Comme toutes les autres, la question pouvait bien attendre et la précipitation du gouvernement n’est en rien justifiée.

La décision risque d’avoir des conséquences extrêmement lourdes à tous points de vue. Il s’agit d’une remise en cause de toute la stratégie -certes discutable- de l’industrie automobile naissante. Selon des échos, certains constructeurs ont vu leurs quotas divisés par quatre par rapport aux volumes de leurs importations durant l’exercice écoulé. Ils n’iront peut-être pas jusqu’à mettre la clé sous le paillasson, mais une baisse de leur activité est inéluctable avec son corollaire, la mise au chômage technique de contingents d’employés.

Même si, encore fois, cela n’est pas du ressort d’un gouvernement qui gère les affaires courantes, Bedoui et son équipe auraient pu commencer par imposer le respect du cahier des charges auquel certaines sociétés ne se sont pas conformées, comme dans l’obligation qui leur est faite d’atteindre un seuil d’intégration ou celle qui les contraint à compter dans leur capital le constructeur propriétaire de la marque. Quant aux prix des véhicules, ils flamberont inévitablement. Une belle illustration de la navigation à vue du gouvernement qui, en deux semaines seulement, aura pris deux décisions aux conséquences contradictoires : la levée de l’interdiction des véhicules de moins de trois ans est censée ramener les prix à la baisse et le plafonnement des CKD/SKD leur fera atteindre des pics. L’autre raison qui en principe devrait dénier au gouvernement la prérogative d’engager le pays par ses décisions, c’est son impopularité.

Noureddine Bedoui est en bonne place parmi les B dont la rue réclame le départ comme gage d’une transition sérieuse et ses ministres ne peuvent mettre le pied dehors sans créer l’émeute.

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